Ultra-au-féminin

L'été rêvé 2006


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Transe Gaule 2002 : 1 145 Km en 18 jours de Roscoff à Narbonne Plage

Pourquoi la Transe Gaule ? Un vrai coup de foudre ! Quand je découvre l’existence de cette course en février 2001, je fonce tête baissée pour en savoir plus. Tout me plaît, l’idée, le nom…une trans, une traversée, c’est tout un monde qui s’ouvre que je voudrais bien m’approprier. Je suis bercée par le récit « La grande course de Flanagan » qui relate la traversée des Etats-Unis en courant, emportée par les récits des traversées de Serge Girard, adepte du fond de l’âme de ces perditions dans d’autres dimensions.

Tgcarte230x245 Transe gaule en 2001 ? J’ai déjà programmé  beaucoup de courses pour l’année, et la Transe Gaule s’intègre mal dans le calendrier prévu. Je décide alors d’attendre l’édition suivante. Je suis néanmoins avidement l’évènement, puis le reportage relaté dans un magazine de course à pied. Plus qu’un reportage, une poésie de la Transe Gaule qui achève, si ce n’était déjà fait, de me convaincre que cette course « est bien faite pour moi ».

Les organisateurs qui ont eu cette idée folle de Transe Gaule :

- Jean-Benoît Jaouen ;

- Christophe Rochotte.

La Transe Gaule : une course de 1 145 Km de la Manche (Roscoff) à la Méditerranée (Narbonne Plage) en 18 étapes sur 18 jours consécutifs, soit une moyenne quotidienne de 63 km. Etape la  plus courte : 49 km,  étape la plus longue : 78 km.

La Transe Gaule 2002 : du 28 août au 14 septembre 2002

Les 26 participants de la Transe Gaule 2002 :

- Philippe Favreau, 34 ans, France ;

- Jean-Claude Le Gargasson, 47 ans, France ;

- Rémy Normand, 41 ans, Guyane ;

- Don Winkley, 64 ans, USA ;

- Guus Smit , 37 ans, Pays-Bas ;

- Rainer Koch, 21 ans, Allemagne ;

- Jan Ondrus, 47 ans, Tchéquie ;

- Bernard Grojean, 50 ans, France (handisport) ;

- Luc Dumont-Saint-Priest, 37 ans, France ;

- Karlheinz Kobus, 36 ans, Allemagne ;

- Eric Kréa, 39 ans, France ;

- Bernard Roy, 48 ans, France ;

- Philippe Dieumegard, 46 ans, France ;

- Daniel Muller, 50 ans, France ;

- Jean-Claude Réant, 43 ans, France ;

- Hervé Goarant, 31 ans, France ;

- Peter Bakwin, 40 ans, USA ;

- Stéphanie Erhet, 39 ans, USA ;

- Jacques Martin, 49 ans, France ;

- Jean-Bernard Paillissier, 50 ans, France ;

- Philippe Grizard, 49 ans, France ;

- Marianne Blangy, 39 ans, France ;

- Ria Buiten, 47 ans, Pays-Bas ;

- Trond Sjaavik, Norvège ;

- Serge Girard, France ;

- et moi-même, 46 ans au départ de cette folle aventure.

26 partants et 23 « finisseurs »

Les vainqueurs :

- le 1er homme : Rainer W.Koch en 94 h 04 mn ;

- la 1ère femme : Ria Buiten en 124 h ;

            

Les bénévoles permanents de la Transe Gaule :

- Jeff  Tixier ;

- Jaquemine Blanc.

Lire le récit de la course dans les notes suivantes.

04 mai 2006 dans Transe Gaule 2002 | Lien permanent | Commentaires (0)

Transe Gaule 2002 : bonjour Roscoff, bonjour les transe gaulois

Mardi 27 août 2002. Roscoff (Finistère). J’ai donné rendez-vous à midi à mes accompagnateurs Nicole et Jean-Didier. Nous nous retrouvons sans problème à l’heure prévue. Leur voiture est extrêmement chargée, et comme convenu, Nicole a emmené un vélo accroché à l’arrière de la voiture. Il est envisagé qu’elle l’utilise pour m’accompagner sur les portions de parcours qui n’afficheront pas de fort dénivelé.

Le pari que nous avons pris ensemble

Tg27aoutbis250x173 C’est seulement notre troisième rencontre, mais celle-ci a ceci de particulier qu’elle est engagée pour durer quelque 20 jours. Durant notre déjeuner, je mesure bien toute l’inquiétude de Nicole qui ne parvient pas à s’imaginer comment les choses vont se passer. Nous évoquons le rythme des ravitaillements que je souhaite, l’organisation du rangement à rendre le plus adéquat possible dans la voiture, la nécessité de disposer à tout moment de l’indispensable, ce qu’il conviendra de préparer chaque matin, ce qu’il faudra laisser dans la voiture pendant la durée des étapes, des compléments de course à faire, etc. C’est aussi compliqué que ça a l’air simple !

Nicole a des questions, et moi, je n’ai pas encore toutes les réponses. J’ai comme seule expérience celle de la France en Courant durant l’été 2000 : je connais donc l’organisation des nuits en gymnase, ce qu’est une course par étapes sur plusieurs jours, l’importance du rôle des accompagnateurs et tout le bénéfice qu’ils peuvent apporter aux coureurs. La tâche des uns et des autres est ardue. Elle le sera d’autant plus que cette fois, tout se joue uniquement entre eux et moi. Ce n’est plus, comme pour La France en Courant, une équipe de 8 coureurs qui affrontent 3000 km en 15 jours (soit une moyenne individuelle 25 km/jour) et qui se répartissent les tâches et les problèmes au quotidien. Je suis seule face à mes accompagnateurs. Je suis leur seule guide, et l’unique responsable si les choses venaient à devenir difficiles. Je ne peux pas me le permettre. J’ai besoin d’eux, ils ont besoin de moi. C’est bien comme cela que les choses ont été entendues entre nous. C’est le pari que nous avons pris ensemble. Il ne nous reste qu’à en faire une belle expérience.

Bonjour, Guus Smit, dossard n°5

Tg27aout250x170 « Rendez-vous au pied du phare de Roscoff , grand parking en face ». Tel était le message laissé dans l’un des derniers e-mails des organisateurs.

Alors, presque instinctivement, nous nous rendons au pied du phare dès après le déjeuner. Il n’y a pas âme qui vive. J’essaie de joindre Jean-Benoît Jaouen, son portable ne répond pas, je laisse un message. Je réussis à joindre Christophe Rochotte (que j’appelle Philippe, allez savoir pourquoi), et j’obtiens les informations nécessaires pour rejoindre le gymnase. Christophe quant à lui, me demande si j’ai des nouvelles de Serge Girard. Il ne semble pas avoir eu la confirmation de son inscription. Je lui fais part de l’appel de Laure reçu la veille.

Nous nous dirigeons sur les indications de Christophe vers le gymnase. Dès l’entrée dans le hall, je suis accueillie par l’un des concurrents : « Bonjour, Guus Smit, dossard n°5 ». Guus tient à la main la liste de tous les coureurs et relève ainsi mon nom affublé du numéro de dossard 14.

Le gymnase est encore peu peuplé à cette heure de l’après-midi, et je repère aisément un couple accompagné d’un jeune enfant. Sans aucun doute, il s’agit du jeune Casimir et de ses parents, Luc Dumont et Alix. Je m’approche pour les saluer. J’avais adressé un e-mail à différents concurrents de l’édition précédente pour solliciter leurs conseils et Alix m’avait longuement répondu. Je l’avais jointe également au téléphone, et j’avais fortement apprécié toutes les informations qu’elle m’avait apportées. Luc a couru la première édition de la Transe Gaule, et Alix l’avait  accompagné.

Le gymnase est suffisamment vaste et vide pour choisir le lieu de notre installation. J’évite d’emblée la proximité des vestiaires, de crainte des allées et venues qui risquent d’être gênantes, et afin d’éviter l’éventuel dérangement du bruit des portes.

Arrive alors Jean-Benoît Jaouen qui (oh, surprise) me fait la bise en guise d’accueil, suivi bientôt de Christophe Rochotte.  Ils me délivrent  quelques mots  de bienvenue avant que chacun vaque à ses occupations multiples.

Des concurrents attentifs

Nous commençons à décharger les véhicules pour débuter notre première installation et préparer notre première nuit. C’est l’occasion de faire le point sur notre matériel, ce qu’il convient encore de compléter. Nous établissons une liste de courses à faire en prévision du petit déjeuner du lendemain, le dîner du soir étant prévu par l’organisation. Nicole et Jean-Didier, d’un commun accord, iront faire les derniers achats, pendant que je continuerai à installer notre campement.

A 17 h, c’est l’heure du briefing : Jean-Benoît et Christophe ont le sens de l’accueil. Une présentation rapide des coureurs permet de mettre les noms sur les visages qui me sont tous inconnus, si ce n’est celui de Serge. Seul manque à l’appel Philippe Favreau, dont on apprend que son arrivée est un peu retardée en raison d’un accident. Les coureurs ont aussi l’occasion de présenter leurs accompagnateurs, et ainsi chacun finit par savoir qui est là, et le rôle qu’il remplit.

Les concurrents, installés sur les gradins du gymnase, sont attentifs aux conseils dispensés. Jean-Benoît se charge des coureurs français pendant que Christophe entreprend en anglais d’informer les concurrents étrangers. J’ai en tête de poser la question sur le problème du dévers de la route qui peut occasionner des blessures (j’ai glané ça en suivant la Transe Gaule 2001), mais je me retiens, peut-être par simple timidité, et parce que je n’ai pas trop envie d’aborder des sujets…douloureux. Après tout, on verra bien. Jean-Benoît parle également du suivi de la Transe Gaule sur différents sites, et là encore, je n’ose pas évoquer le suivi prévu de ma course sur Ultrafondus. Ce n’est peut-être pas le moment opportun, me dis-je. Chacun se retrouve avec des  cadeaux inattendus : un bol breton personnalisé avec son prénom, quatre tee-shirts et diverses petites choses. Ceux qui ont participé à la première édition ont des tee-shirts distinctifs marqués d’une étoile, emblème d’une première traversée de la Manche à la Méditerranée.

Rendez-vous est pris pour se retrouver vers 19h pour aller dîner ensemble au restaurant « Chez Gaston ».

Je compte uniquement sur eux

D’ici là, je continue à préparer mes affaires pour le lendemain, à mettre de côté ce dont j’aurais besoin  pour la nuit d’une part, et dès le lever du lendemain d’autre part. Il se trouve que par un heureux hasard, mon rangement séparé dans deux sacs différents est tout à fait approprié. L’un renferme toutes les affaires qui me seront utiles à l’arrivée de chaque étape : duvet, oreiller, affaires de toilette, vêtement pour le soir et la nuit, et divers ustensiles telle que lampe de poche, que je peux avoir à utiliser la nuit. Dans l’autre sac, j’ai accumulé tout mon équipement vestimentaire de coureuse. Je dispose en plus d’une valisette avec toute la pharmacie et les produits indispensables et nécessaires pour les soins et/ou les réparations quotidiens, sans oublier les boules Quiès, indispensables pour les nuits en collectivité.

Nous déplions également les cartes, et avec Jean-Didier, commençons à repérer le parcours du lendemain, et à étudier le road-book. Nicole conduira la voiture, et Jean-Didier assurera le co-pilotage en suivant les indications du road-book. Nous prévoyons que les ravitaillements seront distants d’environ 5 km. Je n’emmène rien sur moi, et je compte uniquement sur eux. On adaptera si nécessaire les jours suivants. La première étape va nécessairement servir de test. On tâtonne un peu, c’est normal.

Nous sommes en plein exercice pratique : séparer le nécessaire pour le petit déjeuner, préparer les ravitaillements du lendemain, regrouper tout ce qui pourra être utile et devra être facilement accessible dans la voiture pendant l’étape, etc. Je fais les premières découvertes des petites habitudes de Nicole et Jean-Didier, pendant qu’eux demeurent attentifs et attentionnés. Comme chaque soir à venir, nous préparons, avec sans doute le plus d’incertitudes quant à cette première, l’étape du lendemain.

04 mai 2006 dans Transe Gaule 2002 | Lien permanent | Commentaires (0)

Transe Gaule 2002 : Roscoff - Huelgoat (1ère étape : 57 Km)

Mercredi 28 août 2002. La Transe Gaule commence avec cinq jours pour traverser la Bretagne. Ce sont cinq étapes qui sont annoncées comme les plus difficiles. Pour les organisateurs, si nous passons la Bretagne, alors c’est gagné pour toucher la Méditerranée. Ils tirent leurs réflexions de l’expérience de l’année antérieure, où les abandons se sont joués dans cette première portion. Alors, dans ma tête, je ne vise pour l’instant que ces cinq journées pour vaincre ce premier défi. Sortir de cette Bretagne vallonnée avec laquelle j’ai quelques liens, pour gagner le droit de poursuivre vers d’autres horizons. Apprendre ici mes premières foulées de transe gauloise, ne pas penser plus loin, comme si la suite n’existait pas pour l’instant. Le futur se conjuguera ultérieurement.

Une mise en jambe de 57 kilomètres

Tg28aout103x250 L’étape est présentée dans le road-book comme une « étape de mise en jambes ». 

Ce matin du 28 août, Roscoff  s’éveille sous le soleil. Le départ est prévu à 9 h au pied du phare, et s’effectue dans la plus grande indifférence, si ce n’est la présence de quelques journalistes et reporters locaux et régionaux, et pour ce qui me concerne directement, celle de mon mari et ma fille. Certains concurrents remplissent une fiole d’eau de mer qu’ils projettent de déverser le jour venu dans la Méditerranée. Je me contente de tremper les doigts dans la Manche, escomptant aussi toucher la Méditerranée dans 18 jours. Mais pour l’instant, cette pensée ne me préoccupe pas. Il y a tant d’interrogations et cette longue route à effectuer, dont je ne sais quelles surprises elle me réserve.

Aujourd’hui, je me promets simplement de courir doucement. Il nous est demandé de rester groupés jusqu’à Saint-Pol de Léon, pour les besoins de FR3 Bretagne qui prend quelques images. Je déroule mes foulées durant cette première étape aux côtés de différents coureurs, avec qui je peux échanger quelques mots. Je ne ressens pas d’angoisse particulière, je sais simplement que je suis là, et ne me projette pas plus loin que ne peut le faire chacune de mes foulées.

Quand nous traversons Morlaix (Km 27), un homme me demande jusqu’où je cours comme ça. Quand je lui réponds, joyeuse, jusqu’à Narbonne, je comprends à son air médusé que ma réplique équivaut à ses yeux à un énorme mensonge, joint à une   audacieuse plaisanterie.

Réglages des ravitaillements

Tg28aoutbis250x143 Le soleil n’est pas avare de ses rayons, et les ravitaillements sont les bienvenus. Nicole et Jean-Didier m’attendent auprès de leur voiture, et me proposent boissons, bananes, gâteaux de riz, etc. L’alimentation est un vrai casse-tête pour moi : autant j’ai assez bien défini les choses au niveau des boissons, autant tout ce qui ressort du solide me pose problème. Il faut dire que j’ai les intestins quelque peu dérangés depuis plusieurs jours, et que je n’éprouve aucun plaisir à avaler quoi que ce soit. Seule la nécessité me contraint à me nourrir, et les imprécations de Jean-Didier qui parvient à me convaincre d’avaler quelques morceaux.

Les ravitaillements étaient prévus tous les 5 Km,  mais certains se trouvent finalement beaucoup plus éloignés, jusqu’à 7 km parfois. Alors, la soif devient impérieuse. J’avais signalé à mes accompagnateurs que la distance de 5 km était un ordre de grandeur, et que je n’étais pas à 100 ou 200 mètres près, d’autant qu’il convient pour eux de trouver l’endroit adéquat pour positionner la voiture. Nicole et Jean-Didier n’ont pas encore, au premier jour de la Transe Gaule, une conscience très nette des besoins hydriques des coureurs. Nicole, soucieuse de me rendre les meilleurs services s’inquiète à différentes reprises de savoir si leur manière de faire me satisfait. Parcourir 7 Km sous le soleil ardent et dans la chaleur me cause de réelles difficultés, et me vaut de devoir apporter les premiers correctifs à notre organisation mutuelle. J’ai en réalité la crainte que Nicole et Jean-Didier ne considèrent ma requête comme pur caprice ou exigence démesurée, d’autant que certains concurrents se jouent la Transe Gaule sans accompagnateurs. Mais ils se plient sans difficulté apparente à ma demande de rapprocher les ravitaillements.

Parmi les « géants » de l’ultra marathon

Cette journée me sert à apprivoiser la Transe Gaule, et à approcher encore timidement ceux que je considère comme des « géants », et que je range en 2 catégories dans laquelle je ne me retrouve pas encore : ceux qui ont déjà l’expérience d’une traversée d’envergure (Serge, Jacques, Don, …), et les autres dont les palmarès de coureurs à pied m’impressionnent tout autant. Ils ont tous fait quelque chose que je n’ai pas moi-même expérimentée. Je m’étonne encore d’être à leurs côtés, mêlée à cette épopée commune.

J’ai évidemment beaucoup entendu parler de Don Winkley, et suivi, via le web, sa traversée des Etats-Unis pendant l’été. Je me retrouve très vite dans sa foulée, et m’étonne de son système de marche-course alternée. Je le double quand il marche. Il me redouble à l’occasion d’un arrêt pour ravitaillement. Est-ce bien normal que je parvienne globalement à tenir à peu près le même rythme que lui ? Je ne sais pourquoi, mais je me dis que non. Et pourtant, j’ai le sentiment de courir doucement, de ne pas brûler les étapes avant l’heure. Je ne trouve pour l’instant pas de réponse à mes questionnements.

Dans l’après-midi, je cours aux côtés d’Eric Kréa. Nous sommes à mi-route entre Morlaix et Huelgoat et trouvons du réconfort à avancer sous une portion un peu plus ombragée. Deux jeunes automobilistes arrêtées sur le bas-côté de la route nous demandent où vont tous ces coureurs :

- D’où venez-vous ?

- Morlaix

Elles poussent un cri d’étonnement admiratif en guise de réponse.

- Où allez-vous ? 

- Huelgoat.

Cette réponse nous vaut une nouvelle exclamation joyeuse de leur part, et quand nous complétons notre réplique par «  Narbonne »,  elles se regardent et font redoubler leurs cris. Elles nous doubleront plus tard, à grand renfort de coups de  klaxon comme signes d’encouragement.

Ainsi, La Transe Gaule laisse indifférent ou force l’admiration, c’est selon.

Bien se connaître

Eric me signale à un certain moment que nous courons à une vitesse approximative de 10 km/h. Je me dis alors que je vais trop vite, mais je me sens bien, et je suis dans l’incapacité de ralentir ma foulée qui ne me demande pas d’effort particulier. Durant la matinée, Jaques Martin à qui j’ai exprimé le doute de courir à une vitesse supérieure à celle que je devrais tenir me répond : tu te connais, non ?

J’en étais restée muette, car n’ayant justement pas le sentiment de bien me connaître à cet instant précis. Je suis lancée dans une aventure nouvelle et ne possède aucune référence qui me permettrait de savoir quelle serait pour moi la vitesse à tenir la plus appropriée. Jacques a traversé l’Afrique, et affronte en grand connaisseur cette traversée, et moi, je suis totalement néophyte.

En fin d’étape, je me retrouve à hauteur de Ria. Je ne comprends pas et m’étonne de cette situation, tant il me semblait évident qu’elle devait être largement en avance sur moi. Elle m’explique qu’elle vient de vomir, ce que me confirment Nicole et Jean-Didier. Je fais un bout de chemin avec elle en trottinant, et lui demande l’autorisation de la quitter, ce qu’elle m’accorde sans le moindre problème.

Ceci me vaut de terminer 2ème féminine de l’étape, en 6 h 31mn pour 57 km. Je ne sais ce que cela représente par rapport à ce qu’il convient de faire vu mon potentiel habituel.

Cette première journée aura été une somme incalculable d’interrogations, dont les réponses sont encore à venir.

Kilomètres parcourus ce jour : 57

Kilomètres parcourus depuis le départ : 57

04 mai 2006 dans Transe Gaule 2002 | Lien permanent | Commentaires (0)

Transe Gaule 2002 : Huelgoat - Pontivy (2ème étape : 78 Km)

Jeudi 29 août 2002. Avec l’étape la plus longue de la Transe Gaule, c’est l’intérieur de la Bretagne qui se conquiert aujourd’hui : une contrée vallonnée où se profilent de longues montées.

La journée débute dans la précipitation. Je ne sais comment je me suis laissée aller à prendre trop de temps, mais quand arrive le moment où les coureurs sont invités à rejoindre la ligne de départ, je ne suis pas prête. Tous les coureurs sont déjà partis pour se rassembler, et j’aperçois Serge qui grimpe dans sa voiture conduite par son suiveur. Le frère de Laure, la compagne de Serge, assure le rôle de suiveur jusqu’à samedi, jour programmé pour l’arrivée de Laure qui n’a pu prendre les dispositions nécessaires en raison de l’inscription tardive de Serge.

Pontivy, une terre bien connue

Tg29aout250x164 Je leur demande de me véhiculer, car la voiture de Nicole est encore en plein dérangement. Le gymnase est encore encombré d’une partie de nos affaires de la nuit et du petit déjeuner. C’est pire qu’un branle-bas de combat que ce départ précipité. Nicole s’affole, s’inquiète des possibilités pour me rejoindre ensuite. En 3 mots rapidement échangés, je lui dis qu’elle et Jean-Didier auront le temps de me retrouver avant le 5ème Km. J’ai encore une chaussure à la main, la crème chauffante dans l’autre, quand je me serre contre Serge,  à l’avant du véhicule. Finalement, Nicole et Jean-Didier parviennent à assister au départ avant que les coureurs ne soient lâchés.

Aujourd’hui est un jour un peu particulier. L’arrivée à Pontivy (Morbihan), en terre bien connue, me dope le moral, et crée dans mon esprit une certaine excitation. Il m’est d’autant plus difficile de réguler ma foulée que je suis inextricablement attirée tel un aimant vers l’arrivée. La difficulté du parcours du jour avec les longues montées (et descentes), le fait de suivre pendant 16 Km une nationale à 4 voies avec le bruit et le danger de la circulation, tout cela n’entame pas mon moral. La grande surprise de la journée, c’est de trouver le marquage sur la chaussée du franchissement des 100 km. Que cela me paraît petit voire ridicule comparé à la distance qui reste encore à parcourir, et pourtant pour Jean-Didier, c’est grandiose. J’ai droit à la bise de Jean-Didier en guise de félicitation : geste vraiment touchant que je reçois avec un étonnement amusé. 

Aujourd’hui encore, je suis à la recherche de l’allure idéale. Il ne me semble pas courir trop vite, j’essaie de régler une allure douce, et cependant j’ai un drôle de sentiment qui me fait dire que peut-être, mon rythme est trop rapide. Je regarde comment fonctionnent les autres concurrents, et vu leur palmarès et l’allure qu’ils adoptent ici, je suis de plus en plus convaincue que je n’ai pas intégré la vitesse qui devrait être la mienne. Mais comment apprendre à se caler sur une allure, et sur laquelle exactement pour moi ?

Je ne sais pas, je ne sais pas encore. Tant pis pour moi, j’essaie au moins d’être bien, régulière et de réduire malgré tout ma foulée. Pas facile. Tout cela m’est confirmé par le fait que Stéphanie se trouve derrière moi pendant plus de la moitié de l’étape. J’ai en réalité hâte que nous nous retrouvions à même hauteur, pour pouvoir la laisser filer.

Silo-cathédrale dans la plaine

J’ai rejoint un concurrent en train de marcher. C’est Rémy Normand qui a mal aux jambes, me dit-il, car pas habitué aux dénivelés. Aux dires des transe gaulois de l’année 2001, cette étape dépasse en difficulté celles des montagnes. Nous échangeons quelques mots, peut-être même les premiers depuis Roscoff.

C’est peu avant la traversée du canal de Nantes à Brest que Stéphanie me rejoint. Nous sommes alors sur une petite route agréable où les voitures se font plutôt rares. Nous faisons 3 à 4 kilomètres ensemble, et c’est avec grand plaisir que je cours à ses côtés, avant que Jean-Didier ne nous prenne en photo au niveau du franchissement du canal, au 47ème km de course. Plus nous avançons, plus je sens qu’elle accélère. L’occasion est donc idéale pour la laisser prendre le large comme je le souhaitais. Les choses rentrent ainsi dans l’ordre, la place de Stéphanie à l’avant me rassure. 

Pontivy se rapproche toujours un peu plus. Dans l’après-midi, je suis doublée par une voiture dont les deux occupants me regardent attentivement. Je ne reconnais pas de suite Jean-Paul avec qui j’avais fait un bout de « route » dans le désert de Jordanie, à l’occasion de la Desert Cup. Jean-Paul vit à Quimper et m’avait prévenu qu’il souhaitait venir à ma rencontre en Bretagne. Sa présence ici confirme son intention. Jean-Paul décide d’aller déposer sa voiture à l’arrivée, puis de venir me chercher en courant. C’est ainsi que je termine les 8 derniers km de l’étape en  heureuse compagnie. 

J’oublie alors les règles de prudence pour me laisser aller aux bavardages et à une foulée que je ne cherche plus à maîtriser. J’aperçois le silo à grain de la plaine des environs de Pontivy, perché sur les hauteurs et aussi fier qu’une cathédrale dans cette campagne remembrée. Cela me semble assez irréel de parcourir cette contrée dans de telles conditions. L’arrivée dans Pontivy se profile, le franchissement du pont au-dessus du Blavet indique que le final est maintenant tout proche. Jean-Benoît est bientôt là pour me signaler que je suis attendue, je passe un dernier virage et atteint la place centrale pour un finish sous le regard admiratif de trois paires d’yeux familiaux.

Une grande journée un peu folle

Je reste un bon moment sur le site d’arrivée à discuter tout en me ravitaillant. Ria qui est arrivée depuis plus d’une heure est encore présente, et n’a de cesse de boire et manger : bière, Bolino. Bolino, bière. Bière Bolino. Elle a une capacité d’absorption qui dépasse mon entendement et celui des quelques personnes présentes. Tout simplement effarant. 

Bilan : une grande journée un peu folle, agrémentée de surprises prévues ou non, prévisibles ou pas. Celles-ci m’ont mise dans un état d’excitation incroyable. C’est un peu la fête dans ma tête. Alors, je me surprends même à emprunter le vélo étonnant de Mike, l’accompagnateur de Stéphanie et Peter, pour tester le fonctionnement de ce drôle d’engin. Evidemment, je ne suis pas experte, et me retrouve tel un clown en déséquilibre, créant l’hilarité générale. Jean-Benoît me conseille gentiment d’aller me reposer. Je perçois bien son message, mais ne souhaite pas vraiment l’entendre. Je sais qu’il a profondément raison, mais j’aurai bien envie de prolonger cette fin d’après-midi un peu exceptionnelle. Le temps aidant, je finis par rejoindre le gymnase.

Le gymnase qui nous accueille pour la nuit n’est pas, semble-t-il, celui initialement prévu. L’accès immédiat en est difficile, et il n’est pas possible d’approcher les véhicules à proximité des  portes pour faciliter le déchargement des bagages. Si pour les accompagnateurs et leurs suiveurs, cela crée quelques nombreuses allées et venues, cela devient un véritable problème insurmontable pour Bernard. Il lui est tout à fait impossible d’accéder avec son fauteuil, si bien qu’il doit renoncer et quitter le groupe pour aller dormir à l’hôtel.

C’est avec le repos de la soirée que je constate que j’ai les chevilles un peu enflées et douloureuses. Je goûte pour la première fois à la pose de glace sur les chevilles. Sur les conseils et avec l’aide de Christophe, je découpe aussi la languette de mes chaussures et ouvre mes chaussettes sur l’avant afin que le pied se trouve le plus libre possible dans ses mouvements, créant ainsi un minimum de contraintes quand la flexion est maximum. Je viens d’hériter de la maladie du transe gaulois, et l’inaugure pour la Transe Gaule 2002. J’étais prévenue sur le sujet, mais ne m’attendais pas à ce qu’elle me surprenne si vite : deux à trois jours de patience, ou plus, me dit-on, pour espérer un début de guérison.

Ce handicap me donne bizarrement le sentiment de pouvoir être apparentée à la famille des transe gaulois. Je le considère alors comme une sorte de mal nécessaire, de baptême indispensable pour entrer pleinement dans la réalité, la difficulté et l’histoire de la course.

Kilomètres parcourus ce jour : 78

Kilomètres parcourus depuis le départ : 135

04 mai 2006 dans Transe Gaule 2002 | Lien permanent | Commentaires (0)

Transe Gaule 2002 : Pontivy - Guer (3ème étape : 75 Km)

Vendredi 30 août 2002. Nous quittons Pontivy dans une légère brume de laquelle émerge à la sortie de la ville le silo à grain. Le paysage matinal est magnifique. J’ai le sentiment de quitter déjà la Bretagne, impression liée au fait sans doute que je laisse derrière moi quelques lieux-dits connus.

C’est vraiment à partir d’aujourd’hui que le test commence. Courir sans souffrir, quoi de plus facile ? Mais avec l’installation d’une douleur, les choses  deviennent différentes. Quelle expérience similaire ai-je déjà connue ? Aucune. J’ai bien sûr vécu comme tout coureur des moments de course où le corps faiblit, où la machine s’essouffle, où le moteur ralentit. Passages éphémères et vite oubliés quand l’énergie retrouvée redonne des ailes, quand les foulées reprennent leur cadence, quand tout le corps se propulse dans un seul élan vers l’arrivée. C’est donc un nouvel apprentissage qui s’ouvre à moi. Faire en sorte que cette douleur à la cheville gauche devienne en quelque sorte un compagnon de route, et ce pendant un minimum de deux à trois jours. 

Concurrents en situation difficile

Tg30aout250x166 A ce premier malaise de nature physique, s’en ajoute un second. Très vite dans la matinée, j’aperçois Jean-Bernard dans l’un des véhicules d’assistance. Je ne comprends pas, sans chercher vraiment de réponse. Quand Nicole et Jean-Didier me confirment son abandon un peu plus tard, j’ai du mal à appréhender la nouvelle, et elle me met terriblement mal à l’aise. Je suis partagée entre la pitié et l’incompréhension. Je ne pourrai m’imaginer dans la situation de Jean-Bernard, contrainte à l’abandon quand tout reste encore à faire. Je n’en connais pas encore exactement les raisons : cela me rend perplexe et insidieusement me renvoie à mes propres doutes et interrogations.   Comment est-ce possible d’abandonner ? Pourquoi  abandonner si vite ? Dès la troisième étape ? Je ne me suis pas engagée à la légère, j’ai cherché à comprendre comment cette course allait se dérouler, essayé de la préparer au mieux, alors j’imagine qu’il en est de même pour tous. C’est une décision grave et irrémédiable que de choisir de cesser la course, qui ne peut donc pas être prise sur un simple coup de tête. Ce choix pèse  lourd face à l’effort et l’investissement fournis en temps et en préparation pendant toute la phase précédente. Je ne sais pourquoi, mais je me sens touchée directement, comme si la Transe Gaule elle-même était blessée.

Jean-Bernard n’est malheureusement pas le seul en situation difficile. Bernard Roy, qui souffre d’une fracture de fatigue, est contraint lui aussi à l’abandon. A vrai dire, il n’a vraiment pas de chance : il était présent lors de l’édition précédente et avait dû arrêter après s’être foulé  la cheville. C’est vraiment une catastrophe pour lui.

Trois jours à peine et déjà deux abandons, signe que rien n’est jamais gagné d’avance, et qu’il convient de rester prudent et vigilant. La fatigue que je ressens m’y invite également, d’autant que j’ai un peu conscience d’avoir entamé des forces les deux jours précédents.

Chevilles douloureuses

C’est donc sans grande sérénité que se déroule cette journée. Néanmoins, je suis dans la course, et c’est tant mieux, c’est ce que je souhaitais depuis plusieurs mois. Je crois même être vraiment entrée dans le vif de l’épreuve, avec ses aléas et son lot de petites misères. La nuit n’a pas été très bonne, et de surcroît s’ajoutent quelques problèmes intestinaux. Je n’ai pas l’allant des deux jours précédents. Il me reste à composer le mieux possible pour continuer à avancer.

J’ai demandé à Nicole et Jean-Didier de prévoir un ravitaillement plus conséquent après le passage de la mi-étape, et ce quelle que soit l’heure à laquelle je la franchirai. Aujourd’hui, Nicole et Jean-Didier ont arrêté la voiture à l’ombre d’une ancienne école. C’est là que j’ai droit à un vrai repas. Ils m’ont installé la chaise, préparé la veste polaire, et je peux même surélever mes pieds. Ils sont vraiment aux petits soins. Je ne peux que recevoir avec bonheur leurs multiples attentions. C’est donc une halte réconfortante physiquement qu’ils m’offrent ainsi, même si l’appétit reste limité. Manger demeure une simple nécessité, mais ne relève pas encore ce jour d’un réel plaisir. Mais pour le corps qui doit se relancer, cet arrêt prolongé est-il la bonne solution ? Je n’éprouve pas de grande difficulté à repartir, et le corps retrouve rapidement son rythme, malgré les chevilles douloureuses, ce qui me vaut de marcher sur la fin de l’étape. Je m’étais bien juré de ne pas le faire. Pour moi, c’était courir la Transe Gaule et rien d’autre, mais devant l’évidence, il faut parfois se rendre. Je suis en train de perdre un pari, celui de parcourir les 1 145 Km uniquement en courant, et je vais apprendre un peu plus l’humilité.

Je termine l’étape en compagnie d’une amie du couple Réant, qui passe les premiers jours sur la course comme accompagnatrice, et qui vient à ma rencontre pour me soutenir dans la fin de l’étape, tout en s’adonnant à son propre entraînement. Son rythme serait bien plus alerte si je ne la ralentissais pas en alternant course et marche. Elle s’accorde à mon allure et visiblement, tient avant tout à ne pas me troubler, et à m’aider en tant que de besoin. Pourtant, je dois avouer que cette sollicitude me gêne un peu. J’ai en réalité une grande habitude de courir seule, et ne sais apprécier à sa juste mesure cette manifestation généreuse. 

Kilomètres parcourus ce jour : 75

Kilomètres parcourus depuis le départ : 210

04 mai 2006 dans Transe Gaule 2002 | Lien permanent | Commentaires (0)

Transe Gaule 2002 : Guer - Chateaubriand (4ème étape : 68 Km)

Samedi 31 août 2002. Qui dit que les journées se suivent et ne se ressemblent pas ? Elles se ressemblent parfois, en pire !

La fatigue est bien installée : je dors mal, et si j’ai pu dormir deux heures sans interruption, ce doit être tout. Le reste de la nuit, je me tourne et me retourne…bref, je ne me repose pas. 

L’envie de dormir

Tg31aout154x250 Ce matin, Jaquemine, l’accompagnatrice de Don, m’a fait remarquer que j’avais l’air fatigué. Ah, si c’était seulement l’air. J’ai un réel besoin de sommeil, et dans l’après-midi, il me prend vraiment l’envie de dormir. Comment concilier dormir tout en continuant à avancer ? J’opte pour le dormir debout : je ferme les yeux tout en continuant à mettre un pied devant l’autre. J’ai choisi un endroit où la circulation est faible, et je repère au préalable le dessin de la route pour faire un maximum de pas sans rouvrir les yeux. Expérience périlleuse qui me renvoie vite sur le bas-côté de la route : impossible de conserver une trajectoire rectiligne, et cela malgré plusieurs essais successifs. J’abandonne, en ayant gagné une faible parcelle de répit, mais le plaisir d’avoir essayé, et donc sans  trop de regret.

Il me reste à trouver d’autres moyens pour dormir plus. Compte tenu de mes horaires d’arrivée en fin d’après-midi, il m’est difficile d’envisager de réserver du temps à une petite sieste, seul moyen qui me permettrait d’engranger un surplus de sommeil. C’est sans compter que je suis condamnée à devoir marcher plus que je ne l’avais prévu, et peut-être à franchir cette fin d’étape encore plus tardivement. Ce n’est pas non plus demain après-midi que je pourrai me ménager un somme, avec une étape de 70 km. Et pourtant, je sens bien que c’est la seule façon possible pour compenser le défaut de sommeil. Je n’ai plus qu’à prendre mon mal en patience. Il me faut attendre les étapes ultérieures plus courtes qui devraient me permettre d’organiser ce temps de récupération qui devient indispensable.

D’une cheville douloureuse, je suis passée à deux, et beaucoup plus qu’hier, j’ai recouru à la marche. Finalement, j’utilise, mais sous la contrainte, la même démarche que Don, l’alternance course-marche. Je n’ai guère le choix, et je veux absolument passer le cap des cinq premiers jours. Passer la Bretagne, c’est l’espoir, sinon l’assurance de rejoindre la Méditerranée. Pour le reste, on verra après.

Une entrée interminable

La chaleur qui nous accompagne depuis le premier jour devient parfois difficile à supporter. Une brise apaisante est venue apporter un peu de fraîcheur aujourd’hui, mais globalement il fait chaud et pour moi, trop chaud. Chaleur, fatigue, manque de sommeil, chevilles douloureuses, cela devient un cocktail lourd et frustrant que je manie avec la plus grande prudence pour ne pas le rendre explosif.

Sur la fin de l’après-midi, alors que je suis en train de me ravitailler auprès de Nicole et Jean-Didier, un véhicule nous croise. C’est tout simplement Laure, la compagne de Serge qui vient à ma rencontre, s’inquiétant de mes problèmes de cheville. Elle inspecte mes jambes, diagnostique plutôt un problème d’œdème, et décide de se rendre dans une pharmacie pour m’acheter des bas de contention. C’est ainsi qu’en pleine nature, elle sort le mètre de couturière, prend mes mensurations pour faire l’achat à la taille qui me conviendra. Arrivée aujourd’hui, Laure a pris le relais de son frère comme accompagnatrice de Serge. Elle profite de ce moment pour me proposer quelques éléments des ravitaillements que Serge ne consomme pas : des noisettes et autres fruits secs.

L’approche puis l’entrée dans Chateaubriand (Loire-Atlantique) me semblent interminables, et c’est en marchant que je parcours les derniers kilomètres, avec le seul souci d’en finir pour aujourd’hui. A quelques centaines de mètres de l’arrivée, je passe devant un bar où sont installés quelques transe gaulois qui m’encouragent pour cette fin de parcours laborieuse. La banderole d’arrivée a été déplacée. Prévue à proximité immédiate d’un   monument au mort, elle a suscité quelques polémiques du côté des élus locaux, et a dû être avancée. Jean-Benoît m’explique la situation, tout en me demandant de réellement parcourir la distance prévue de l’étape et d’avancer jusqu’au monument. Je ne suis plus à quelques mètres près : un peu plus ou un peu moins, ce n’est pas cela qui va fondamentalement changer le cours des choses.

Collants de contention

Ce soir, nous sommes hébergés dans le parc des expositions de Chateaubriand. L’endroit est éloigné, difficile d’accès et les douches qui étaient prévues sont maintenant fermées. Bref, la galère continue. Je me contente d’une toilette devant les lavabos, nettement moins réconfortante et apaisante qu’une bonne douche.

La seule note positive de cette journée viendra du prêt du matelas de Serge, qui n’en a pas l’utilité aujourd’hui, puisqu’il a choisi ce soir de dormir à l’hôtel. Je m’y installe dès que possible, et aux dires de mes voisins immédiats, il paraît que je ne tarde pas à ronfler allègrement. Je suis morte de fatigue. C’est à ce moment que Laure, qui avait envisagé de me masser, me rend visite. Elle choisit de me laisser à mon sommeil, et décide de repasser plus tard pour me remettre les collants de contention qui devraient sinon m’apporter quelques soulagements, éviter que la situation ne s’aggrave. Laure  m’applique également un pansement sur les chevilles, qui contient un décongestionnant et qui devrait me soulager. Ce rectangle blanc me procure immédiatement une sensation de fraîcheur, très appréciable.

Le hall reste illuminé toute la nuit, et je perçois quelques mouvements nocturnes, certains coureurs cherchant à échapper à la proximité des ronfleurs les plus méritants de cette Transe Gaule.

Kilomètres parcourus ce jour : 68

Kilomètres parcourus depuis le départ : 278

04 mai 2006 dans Transe Gaule 2002 | Lien permanent | Commentaires (0)

Transe Gaule 2002 : Chateaubriand – Saint-Georges-sur-Loire (5ème étape : 70 Km)

Dimanche 1er septembre 2002. C’est la der, enfin presque. Je me dois de gérer l’étape comme hier pour que je puisse passer ce terme. C’est l’objectif de la journée pour pouvoir gagner le sud, tant est imprimé dans ma tête que si les transe gaulois passent le cap de cette cinquième journée, alors il y a fort à parier qu’ils en verront le bout, et atteindront la Méditerranée. C’est du moins la conviction de Jean-Benoît et Christophe. Je veux bien les croire.

La journée débute avec amusement. C’est Philippe Dieumegard qui en est l’auteur. Il se présente au départ avec une serviette sur le dos à l’effigie de Batman qu’il porte comme une cape, et avec à la main son inséparable Bart Simpson qu’il brandit comme un trophée. Un moment de franche rigolade pour tous qui m’apporte, sans que je m’en rende vraiment compte sur l’instant, une bouffée de décontraction.

Un dimanche à la campagne

Tg1sept250x166 Ce cinquième départ est aussi l’occasion pour Jean-Benoît de présenter de nouveaux accompagnateurs. Ce matin, les parents d’Eric Kréa remplacent Virginie, sa femme, partie retrouver ses activités professionnelles. L’arrivée de Laure, compagne de Serge est également signalée. Cet accueil  permet à chacun d’identifier les nouveaux, qui  ainsi « intronisés » deviennent  membres à part entière de la caravane transe gauloise.

Aujourd’hui, c’est dimanche, et c’est un peu comme un dimanche à la campagne. La majeure partie du parcours emprunte de petites routes, si petites parfois que nous sommes amenés à traverser des corps de ferme. Du coup, je ne rencontre que peu de véhicules et l’étape est presque plate, en comparaison de celles des jours précédents. En somme, c’est déjà presque une journée de repos, du moins psychologiquement parlant. Même les douleurs aux chevilles, encore très congestionnées ce matin, se sont progressivement atténuées jusqu’à se faire totalement oubliées au fil des heures. C’est donc presque une belle journée pour moi, avec une arrivée au pied du château de Saint-Georges-sur-Loire.

Ce n’est pas le cas pour tous. Rémy qui souffre de plus en plus de jour en jour, a terminé l’étape avec ses jambes harnachées à des morceaux de bois, qu’il soulève selon un système de levier qu’il a lui-même installé. C’est tout simplement une scène incroyable que l’arrivée de Rémy ce soir-là, qui en l’absence d’accompagnateur, ne peut compter que sur ses propres forces pour garder le moral pendant ces longues heures passées sur la route. 

Dégustation de Coteaux du Layon

Ce soir, comme tous les deux soirs, nous n’avons pas à préparer de repas. Il est offert par la municipalité d’accueil et se présente sous forme d’un buffet froid. Je n’ai toujours que peu d’appétit et me nourrir relève encore d’une obligation forcée. Les problèmes intestinaux n’ont pas disparu, et vraisemblablement, tout ceci joue sur mes forces.

Le repas démarre avec une dégustation de Coteaux du Layon, et Jean-Didier vient me proposer un verre tandis que je suis installée sur la table de massage de Serge où Laure s’occupe agréablement de mes gambettes. J’y trempe à peine les lèvres, sachant que le vin blanc fait mauvais ménage avec mes intestins. Pourtant quelle douceur.

Je reçois, pendant que je me fais masser, l’appel téléphonique quotidien de Philippe  Billard qui chaque soir vient aux nouvelles. Je sens que j’ai, tout comme la veille, la voix rauque. C’est chez moi un signe infaillible de fatigue. Cet appel quotidien est désormais inscrit dans ma journée de transe gauloise comme un rituel que je ne veux absolument pas rater. Sorte d’exécutoire à mes joies et mes souffrances, il me libère chaque soir des mots enfermés et retenus.

Le premier soir, cet appel était venu trop tôt, et je m’étais contrainte à ne pas somnoler pour y répondre. Nous avons ensuite essayé de trouver le moment le plus approprié pour cet échange quotidien et avons convenu que 19h semblait l’horaire idéal. J’ai normalement le temps de prendre la douche et d’être prête pour le repas qui survient à 19 h 30 dans la plupart des cas. Je passe ainsi chaque étape à engranger des faits, des impressions qui viendront alimenter cette chronique journalière. 

Kilomètres parcourus ce jour : 70

Kilomètres parcourus depuis le départ : 348

04 mai 2006 dans Transe Gaule 2002 | Lien permanent | Commentaires (0)

Transe Gaule 2002 : Saint-Georges-sur-Loire – Doué-la-Fontaine (6ème étape : 53 Km)

Lundi 2 septembre 2002. Est-ce de savoir que l’étape du jour était plus courte, ou que le cap de la Bretagne était passé ?

Le fait est que j’ai pu reprendre un rythme qui me redevenait agréable, et ce durant 35 Km. Dès le départ, Jaquemine m’a signalé que j’avais l’air en meilleure forme, et c’était vrai. Et de savoir que cela transparaissait me donnait d’autant plus de plaisir. Je me sentais bien, comme délivrée d’un fardeau, celui d’avoir porté la Bretagne à bout de …douleurs ?

Carottes crues

Je me retrouve du coup à trottiner en présence de quelques transe gaulois qui les jours précédents prenaient rapidement le large. Ah, enfin. Je fais l’accordéon avec Daniel Muller qui choisit de ralentir fortement dans les montées, ce que je n’arrive pas encore à intégrer parfaitement. Courir, et non pas marcher : ma fierté n’a pas complètement disparu, et comme je peux trottiner aujourd’hui, j’en profite un maximum.

La première portion nous amène à rejoindre après une longue ligne droite la Loire, et passé le fleuve, le paysage est complètement différent de celui des jours précédents, c’est comme une nouvelle contrée à découvrir. La douceur angevine m’accompagne, et c’est en toute quiétude que je peux dérouler un peu plus librement mes foulées. C’est un grand plaisir que cette aisance retrouvée, qui me permet pendant cette première partie de journée de fonder de nouveaux espoirs de bonheur pour les heures et les jours qui vont suivre.

Je n’ai pourtant pas encore retrouvé complètement l’appétit, et les problèmes digestifs ne sont pas résolus. Après avoir fréquenté assidûment les champs de maïs les jours précédents, ce sont les vignes qui reçoivent maintenant mes visites. En vue de tenter de régler ces menus soucis, j’avais suggéré la  veille à mes accompagnateurs  que je devrais manger des carottes crues, idée qui leur était apparue quelque peu saugrenue. Durant la « France en Courant », un des accompagnateurs avait amusé toute l’équipe en proposant des carottes crues aux ravitaillements. Et le souvenir a resurgi. Alors sans m’en avertir au préalable, mais toujours soucieux de répondre à mes souhaits, Nicole et Jean-Didier  se sont procuré des carottes, et non sans quelque malice et fierté taquine, Jean-Didier est apparu sur la route la carotte à la main. Jean-Didier a pris l’habitude de marcher avec moi lorsque je me ravitaille ce qui m’évite de m’arrêter tous les 5 km à la voiture. Je marche le temps d’avaler la nourriture et de boire, je ne perds pas de temps, et mes jambes continuent à avancer. C’est un bon système que nous ne quitterons plus jusqu’à la fin. 

Bouquet de fleurs des champsTg2sept250x169

Le seul inconvénient, avec la carotte, c’est le temps…il faut prendre le temps de la croquer, et c’est beaucoup moins rapide qu’avaler une banane par exemple. Du coup, Jean-Didier passe plus de temps à mes côtés. J’essaie tout en marchant de ne pas lambiner, et le rythme est parfois difficile à soutenir pour lui, d’autant qu’il reste auprès de moi pour pouvoir ensuite me donner à boire. C’est parfait pour moi, grâce aux bons soins de mes accompagnateurs.

Une fois les 35 km franchis, je commence à perdre l’allant du matin. Je faiblis incontestablement. Je me retrouve confrontée sans aucun signe annonciateur, à une sorte de mur, freinée dans ce nouvel élan sans que rien n’ait pu m’en avertir au préalable. Nécessité oblige, je ralentis l’allure, à moins que ce ne soit l’allure qui se soit ralentie d’elle-même. Je reçois pourtant, durant cette phase pénible pour moi, les encouragements de Gérard Poirot qui est venu retrouver ses compagnons de la première  édition de la Transe Gaule. Mais ceux-ci ne seront pas suffisants pour m’aider à retrouver la fraîcheur du matin. Franche déception après cet intermède heureux de la première moitié d’étape. J’étais repartie, et je croyais naïvement, sans pour autant l’avoir clairement formulé, que cela allait durer jusqu’au bout. C’était  devenu une évidence.

Ainsi, la Transe Gaule amène son lot quotidien de surprises, bonnes ou mauvaises, et nul ne saurait dire à l’avance ce qu’il va advenir de chaque jour, ou même de l’heure qui suit. J’apprends une nouvelle fois à mes dépens qu’il est bien illusoire de prétendre tenir sans coup férir tel ou tel rythme, ou n’être victime d’aucune faiblesse ultérieure.

Est-ce pour me consoler que Jean-Didier m’accueille à l’entrée de la ville étape avec un bouquet de fleurs des champs ? Non, c’est pour me féliciter d’avoir dépassé les 400 km. Du moins est-ce la justification qu’il accorde à son geste. Cette attention me redonne le sourire pour franchir la ligne d’arrivée de la cité de la rose.

Occupations domestiques

L’arrivée est située devant un bar, et c’est l’occasion pour moi d’échanger quelques mots avec Hervé, alors que je me désaltère et que j’applique de la glace sur mes chevilles. Je ne sais comment nous en sommes venus à parler de mes accompagnateurs, mais j’ai fidèlement gardé en mémoire la réflexion qu’il a eue, alors que je lui expliquais que c’était par l’intermédiaire d’un appel lancé dans la presse locale que je les avais trouvés. « Alors, toi, t’es gonflée ! ». Il me disait là combien mon entreprise était audacieuse et osée. Et à chaque fois que j’aurai à répéter cette histoire, je susciterais les mêmes étonnements empreints d’un peu d’admiration, je crois. Du moins, c’est ainsi que j’ai perçu les choses.

L’étape plus courte me laisse le temps de vaquer à quelques occupations « domestiques ». Nicole a repéré, à ma demande, une laverie, et  je l’accompagne plutôt que de m’accorder le temps de me reposer. J’ai trop de scrupules à lui laisser tout prendre en charge. Pour la première fois, nous avons le temps d’échanger plus longuement, et Nicole me livre de douloureux souvenirs. Je ressors de cette conversation  éprouvée par le malaise de Nicole, et porteuse à mon tour de ses meurtrissures. J’aurai désormais un autre regard sur mes accompagnateurs.

Aujourd’hui, comme toutes les étapes paires, le repas du soir est normalement à la charge des participants. Mais ce soir, nous avons droit à un extra. Jean-Benoît a proposé à ceux qui le souhaitaient de se rassembler dans un restaurant  qui cuisine des spécialités locales. Comme à mon habitude, je rejoins le groupe avec un retard qui deviendra désormais un rituel. Ce soir, en plus de l’appel quotidien d’Ultrafondus, j’avais un autre rendez-vous téléphonique avec une radio locale de Normandie qui retranscrit sur les ondes mon périple à travers la France. 

Les fougasses qui constituent l’essentiel du repas ne parviendront pas à me faire saliver, tant la nourriture me laisse encore indifférente.

Kilomètres parcourus ce jour : 53

Kilomètres parcourus depuis le départ : 401

04 mai 2006 dans Transe Gaule 2002 | Lien permanent | Commentaires (0)

Transe Gaule 2002 : Doué-la-Fontaine – Monts-sur-Guesnes (7ème étape : 52 Km)

Mardi 3 septembre 2002. Mais où est donc passée la France des petites routes, celle qui m’a attirée, entre autres, dans cette aventure ? Nous sommes prévenus, le road book l’indique, c’est une journée noire qui se dessine.

La journée commence effectivement dans l’horreur la plus totale : 30 Km de route à très grosse circulation. Le bruit assourdissant des véhicules, le danger permanent, le Tg3sept250x166 stress, et  la peur au ventre qui croît au fur et à mesure que les kilomètres et les camions défilent. Quand le paysage s’éclaircit et que je n’aperçois que de très loin les véhicules, j’en profite pour me déporter légèrement sur ma droite, et je commets là l’erreur à ne pas faire. Le danger ne vient pas en réalité de face, mais de l’arrière : en effet, c’est le moment attendu et choisi par les véhicules pour doubler. Je le comprends quand j’entends siffler dans mes oreilles et perçois le souffle du véhicule qui me frôle. Sauvée pour cette fois, mais pas pour autant rassurée. J’en tire la leçon. Et j’essaie de rester sur le bas-côté à chaque fois que la situation se répète, en proie à la frayeur de me faire heurter ou happer par un automobiliste. Je suis extrêmement tendue, je rêve d’en finir avec ce tumulte, ces sifflements, ce vacarme assourdissant. Je me carapace pour oublier cet environnement hostile. Je consomme une énergie folle pour redoubler d’attention. C’est usant, fatigant, éprouvant. Et j’essaie de m’imaginer en tant qu’automobiliste : à coup sûr, je jurerais alors que ces coureurs sont fous de choisir cet endroit pour  s’exercer à leur passion favorite, et je serais aussi terrorisée que les coureurs si j’étais en ces instants au volant. J’aurais la trouille de ma vie d’en percuter un, je n’ai aucun doute là-dessus.

Cet endroit ne m’est pas tout à fait inconnu, et le passage de Montreuil-en-Bellay (Maine-et-Loire) m’évoque la route des vacances pour rejoindre ma famille et mes racines. Ce souvenir fugace ne parvient pas à m’apporter la moindre décontraction, dans cette lutte infernale avec le danger. Je redoute à chaque instant un danger que je n’aurais su anticiper, ou imaginer. J’attends dans une frayeur mêlée d’impatience l’entrée dans Loudun, qui devrait me délivrer de cet enfer qu’il me faut supporter. 

Je vis l’entrée dans la ville comme un refuge, un havre de paix. La disparition, ou tout au moins l’éloignement et l’atténuation du bruit de la circulation m’apportent une vraie délivrance, qui n’arrive pas à être totale, tant j’ai accumulé de tensions.

Parcours maudit, journée sans relief. Les coureurs du club de Loudun qui devaient accompagner les transe gaulois durant cette journée ont été retenus par l’inhumation d’un des leurs, et seuls quelques-uns sont présents à l’arrivée. Oui, c’était bien une journée noire.

Kilomètres parcourus ce jour : 52

Kilomètres parcourus depuis le départ : 453

04 mai 2006 dans Transe Gaule 2002 | Lien permanent | Commentaires (0)

Transe Gaule 2002 : Monts-sur-Guesnes – Angles-sur-l’Anglin (8ème étape : 64 Km)

Mercredi 4 septembre 2002. C’est devenu une habitude. Je cours à peine 3 Km que je dois me réfugier chez dame nature pour me délester les intestins.

Je me retrouve ainsi très vite en queue de peloton. Cela ne m’inquiète pas, le chrono n’a pas de prise sur moi, et la solitude de ces longues journées ne me pèse aucunement. Pourtant, à différentes reprises, Nicole s’inquiète de savoir si je ne m’ennuie pas. Non, jamais. J’ai la tête qui vagabonde, il y a des bribes de chansons qui me reviennent en mémoire, des phrases qui m’accompagnent, des souvenirs qui refont surface, mille petites choses qui font mon quotidien et alimentent mon esprit.

Mots étouffés de sanglotsTg4sept250x167

Après ce premier et désormais rituel arrêt matinal, je rejoins la route et aperçois ce matin à ma grande surprise Stéphanie qui passe en marchant, visiblement l’air très accablé. Elle avance, tête baissée. Sa place n’est pas là, elle devrait être largement en avance sur moi. Je me retrouve rapidement à sa hauteur et mesure alors l’ampleur de sa tristesse. Sa mine défaite, son regard perdu en disent long sur sa détresse. Je ne me souviens pas à cet instant avoir connu visage plus défait et silhouette plus abattue. Je la sens fragile et démunie, abandonnée à son seul chagrin et à une grande lassitude. Je n’ai pas le temps de prononcer quelques mots, que les larmes qu’elles retenaient au bord de ses paupières affluent sur ses joues, dans des rictus douloureux. Je la prends instinctivement dans mes bras, et je crois bien que je mêle quelques larmes aux siennes. La tristesse des autres m’est totalement insupportable, et je ne sais la partager sans m’y abandonner quelque peu. En quelques mots étouffés de sanglots, elle me livre son désarroi. La cause en est Peter, qui est au plus mal, contraint à la marche. La Transe Gaule est depuis deux jours devenu un calvaire physique pour lui. C’est un rêve et une aventure commencés sous les meilleurs auspices pour eux deux qu’une affreuse blessure est venue entacher. Stéphanie vit très mal cette situation.

Nous entamons aujourd’hui le huitième jour, et peut-être subissons-nous aussi les effets de la journée très éprouvante de la veille. J’ai la sensation que nous devenons peu à peu des automates. Pas question de se demander la raison de notre présence ici : le seul souci est celui d’avancer, quoiqu’il arrive. Cahin-caha, avec plus ou moins de bonheur pour les uns ou les autres, il n’est question que de dérouler sa foulée, en suivant au mieux les repères que distille chaque jour Jean-Benoît pour nous aider à emprunter les bonnes voies.

Crainte de faire fausse route

Le système employé est très simple : des flèches de farine ont été dessinées aux seuls endroits où des changements de direction sont à opérer et quelques bouts de rubans placés sur les portions en ligne droite permettent de s’assurer que la route suivie est la bonne. Ces petits morceaux de ruban sont un peu comme un fil d’Ariane qui relie les concurrents de la Transe Gaule. C’est souvent pour moi un signe attendu, qui me rassure si nécessaire. Ce système rudimentaire est suffisant et permet de ne pas de se tromper de trajet. En cas de doute, il suffit d’avoir sur soi la feuille d’itinéraire du jour que l’on tire du road-book. C’est ce que j’ai fait les deux premiers jours, et depuis, faisant totalement confiance au balisage et à mes accompagnateurs, j‘ai négligé de remplacer la feuille du jour précédent et je conserve encore sur moi la feuille de route de la troisième étape. Trop fainéante ou fatiguée le soir pour la changer.

Les traversées de ville constituent cependant les passages qui demandent la plus grande vigilance pour ne pas rater les marquages. Aujourd’hui, lors de la traversée de Châtellerault (Vienne), j’hésite à plusieurs reprises et mon regard recherche avidement ces petits signes. A la sortie de la ville, il me semble parcourir une grande distance sans apercevoir  d’indication. Je crains réellement d’avoir fait fausse route, et ce n’est qu’en retrouvant mes accompagnateurs que je reprends confiance. Je n’ai pas été la seule à avoir eu un moment de doute, car Nicole et Jean-Didier ont récupéré Stéphanie en pleurs qui se croyait perdue. Ils sont encore sous le choc de l’émotion causée par la détresse de Stéphanie quand je les rejoins dans les faubourgs de la ville.

Vaincue par la douleur

Ce doute passager me crée un stress supplémentaire dont je me serais bien passée. Je continue néanmoins mon petit bonhomme de chemin. Oh, l’allure n’est pas fameuse, mais je cours et les chevilles commencent à se faire oublier. Douloureuses au réveil, elles acceptent de mieux en mieux d’être mises à contribution chaque jour. Néanmoins, persistent la fatigue, le manque d’appétit, les problèmes intestinaux, cocktail somme toute pas très réjouissant qui limite fortement le plaisir. L’important reste d’avancer, quoiqu’il arrive. Et en continuant à mettre un pied devant l’autre, je me rapproche à petites foulées du sud. Presque 500 kilomètres parcourus, je n’en ai jamais fait autant. Ca fait du bien de se le dire et répéter de temps à autre.

Je trottine gentiment, quand tout à coup, je me surprends à pousser de hauts cris. Une douleur aiguë au genou droit vient me sortir de ma torpeur et de ma foulée lancinantes, stoppant net mon avancée. Je ne mesure pas sur l’instant ce qui m’arrive, et tente de me remettre à courir. Impossible. Ce mal inattendu m’en empêche totalement Je fais une seconde tentative, qui s’avère tout aussi  vaine que la précédente, comme pour conjurer le sort. Je suis prise au dépourvu et effarée, sans remède devant cette situation. Alors privée de toute éventualité de redonner un semblant d’allure à ma foulée, refusant les limites qui s’imposent une nouvelle fois à mon avancée, je lance aux cieux tel un animal blessé et traqué une longue plainte rauque, et je déverse sans retenue mes premières larmes de transe gauloise. Je me sens vaincue par la douleur, soumise et impuissante. J’ai des sanglots rageurs où se noie une colère trop longtemps contenue. Je pensais en avoir pratiquement fini avec les douleurs et les blessures. J’ai beau essayé de dépasser l’inconcevable en tentant de me remettre à courir, il faut me soumettre à la réalité. Prise au piège de la douleur, il me devient impossible d’envisager de courir. Trop, c’est trop, et je me laisse aller à des pleurs que je jette pitoyablement dans cette errance quotidienne où je ne maîtrise plus rien.

Le plus insoutenable reste la pensée que peut-être, je ne vais pas pouvoir franchir ce soir la ligne dans les temps impartis. Je crains de ne pas arriver avant l’heure de clôture de l’étape si je dois marcher tout le restant de la journée. J’ai peur de tout perdre en cet instant à cause de ce genou que je maudis comme la peste. Je fais des calculs hâtifs sur l’allure que je dois tenir pour arriver avant l’heure fatidique. Je me sens humiliée par tant d’imprévoyance, et je vis ce moment comme une sorte de rétrogradation. Je n’ai pas le choix. Accepter et faire avec puisque c’est la seule solution envisageable. Et autant que faire se peut, faire bonne figure, puisque tout cela fait finalement partie du jeu. Jusqu’au moment où je suis rejointe par Rémy, Marianne et Philipe, je garde l’œil rivé sur la montre, mesurant sans cesse le temps restant qui je l’espère me permettra de demeurer dans le classement. Mon inquiétude doit être perceptible et communicative, car je devine mes accompagnateurs, à qui pourtant j’ai caché mes pleurs, très soucieux pour moi en raison de ce nouvel incident.

Sentiment de faire semblant

L’arrivée de Rémy, Marianne et Philipe redonne un peu de gaieté à cette journée que je veux conjuguer avec des lendemains. Eux ne semblent pas s’affoler du temps qui s’égrène. Ils ont à leur actifs une meilleure appréhension de la gestion du temps, et semblent chaque jour en vaincre tous les pièges. Ils essaient de me regonfler le moral, m’encouragent à courir alors que je prétends ne pas pouvoir. Suis-je moins endurante à la souffrance, trop douillette ? Le fait est que je ne supporte plus d’avoir mal, et d’être à la merci d’un corps qui se rebelle. Ils essaient de me faire courir, et je persiste à marcher, évitant toute souffrance supplémentaire à endurer. Ils me disent que je dois terminer, et je leur tiens alors le langage le plus idiot qui soit, en leur répondant que je n’aime pas les arrivées. C’est vrai, je déteste de manière assez générale les arrivées. Elles signifient toujours une fin, et quelle que soit la manière dont l’épreuve a été vécue, je les redoute toujours parce qu’elles clôturent de manière définitive et sans espoir de retour une histoire qu’il n’est plus possible de réécrire. Ils redoublent alors leurs récriminations et réussissent à me faire courir tant bien que mal, ne me lâchant pas, et ne m’autorisant aucun échappatoire. J’essaie de jouer au mieux cette drôle de farce, avec le sentiment de faire semblant. Je ne peux y mettre du cœur, tout me semble aller si mal. Je ne cesse de les ralentir, c’est évident, et je préfèrerais parfois qu’ils m’abandonnent et me laissent me débrouiller. Craignent-ils que je ne fasse quelque sottise ? Nous parcourons ensemble les derniers kilomètres que le road-book avait décrits comme constitutifs d’« une très belle fin d’étape ». Ah vraiment ? 

Il était dit que Angles-sur-l’Anglin (Vienne) est un des plus beaux villages de France. La soirée est un peu courte pour me permettre d’apprécier tout le charme de cette ville-étape que j’ai déjà eue par ailleurs le loisir de visiter. Don, qui redécouvre pour la deuxième année consécutive les merveilles que révèle notre contrée, n’a de cesse d’admirer le site. Il s’arrête tous les deux pas, alors que nous revenons ensemble du camping où les douches ont été mises à notre disposition, et pensif, tout en lançant des regards perdus tout alentour, répète inlassablement : « France is beautiful ».

Il me semble alors que j’ai négligé les jours précédents de profiter des paysages offerts, et que mes soucis m’ont trop accaparée pour me donner du plaisir à voir. 

Kilomètres parcourus ce jour : 64

Kilomètres parcourus depuis le départ : 517

04 mai 2006 dans Transe Gaule 2002 | Lien permanent | Commentaires (0)

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