Mardi 27 août 2002. Roscoff (Finistère). J’ai donné rendez-vous à midi à mes accompagnateurs Nicole et Jean-Didier. Nous nous retrouvons sans problème à l’heure prévue. Leur voiture est extrêmement chargée, et comme convenu, Nicole a emmené un vélo accroché à l’arrière de la voiture. Il est envisagé qu’elle l’utilise pour m’accompagner sur les portions de parcours qui n’afficheront pas de fort dénivelé.
Le pari que nous avons pris ensemble
C’est seulement notre troisième rencontre, mais celle-ci a ceci de particulier qu’elle est engagée pour durer quelque 20 jours. Durant notre déjeuner, je mesure bien toute l’inquiétude de Nicole qui ne parvient pas à s’imaginer comment les choses vont se passer. Nous évoquons le rythme des ravitaillements que je souhaite, l’organisation du rangement à rendre le plus adéquat possible dans la voiture, la nécessité de disposer à tout moment de l’indispensable, ce qu’il conviendra de préparer chaque matin, ce qu’il faudra laisser dans la voiture pendant la durée des étapes, des compléments de course à faire, etc. C’est aussi compliqué que ça a l’air simple !
Nicole a des questions, et moi, je n’ai pas encore toutes les réponses. J’ai comme seule expérience celle de la France en Courant durant l’été 2000 : je connais donc l’organisation des nuits en gymnase, ce qu’est une course par étapes sur plusieurs jours, l’importance du rôle des accompagnateurs et tout le bénéfice qu’ils peuvent apporter aux coureurs. La tâche des uns et des autres est ardue. Elle le sera d’autant plus que cette fois, tout se joue uniquement entre eux et moi. Ce n’est plus, comme pour La France en Courant, une équipe de 8 coureurs qui affrontent 3000 km en 15 jours (soit une moyenne individuelle 25 km/jour) et qui se répartissent les tâches et les problèmes au quotidien. Je suis seule face à mes accompagnateurs. Je suis leur seule guide, et l’unique responsable si les choses venaient à devenir difficiles. Je ne peux pas me le permettre. J’ai besoin d’eux, ils ont besoin de moi. C’est bien comme cela que les choses ont été entendues entre nous. C’est le pari que nous avons pris ensemble. Il ne nous reste qu’à en faire une belle expérience.
Bonjour, Guus Smit, dossard n°5
« Rendez-vous au pied du phare de Roscoff , grand parking en face ». Tel était le message laissé dans l’un des derniers e-mails des organisateurs.
Alors, presque instinctivement, nous nous rendons au pied du phare dès après le déjeuner. Il n’y a pas âme qui vive. J’essaie de joindre Jean-Benoît Jaouen, son portable ne répond pas, je laisse un message. Je réussis à joindre Christophe Rochotte (que j’appelle Philippe, allez savoir pourquoi), et j’obtiens les informations nécessaires pour rejoindre le gymnase. Christophe quant à lui, me demande si j’ai des nouvelles de Serge Girard. Il ne semble pas avoir eu la confirmation de son inscription. Je lui fais part de l’appel de Laure reçu la veille.
Nous nous dirigeons sur les indications de Christophe vers le gymnase. Dès l’entrée dans le hall, je suis accueillie par l’un des concurrents : « Bonjour, Guus Smit, dossard n°5 ». Guus tient à la main la liste de tous les coureurs et relève ainsi mon nom affublé du numéro de dossard 14.
Le gymnase est encore peu peuplé à cette heure de l’après-midi, et je repère aisément un couple accompagné d’un jeune enfant. Sans aucun doute, il s’agit du jeune Casimir et de ses parents, Luc Dumont et Alix. Je m’approche pour les saluer. J’avais adressé un e-mail à différents concurrents de l’édition précédente pour solliciter leurs conseils et Alix m’avait longuement répondu. Je l’avais jointe également au téléphone, et j’avais fortement apprécié toutes les informations qu’elle m’avait apportées. Luc a couru la première édition de la Transe Gaule, et Alix l’avait accompagné.
Le gymnase est suffisamment vaste et vide pour choisir le lieu de notre installation. J’évite d’emblée la proximité des vestiaires, de crainte des allées et venues qui risquent d’être gênantes, et afin d’éviter l’éventuel dérangement du bruit des portes.
Arrive alors Jean-Benoît Jaouen qui (oh, surprise) me fait la bise en guise d’accueil, suivi bientôt de Christophe Rochotte. Ils me délivrent quelques mots de bienvenue avant que chacun vaque à ses occupations multiples.
Des concurrents attentifs
Nous commençons à décharger les véhicules pour débuter notre première installation et préparer notre première nuit. C’est l’occasion de faire le point sur notre matériel, ce qu’il convient encore de compléter. Nous établissons une liste de courses à faire en prévision du petit déjeuner du lendemain, le dîner du soir étant prévu par l’organisation. Nicole et Jean-Didier, d’un commun accord, iront faire les derniers achats, pendant que je continuerai à installer notre campement.
A 17 h, c’est l’heure du briefing : Jean-Benoît et Christophe ont le sens de l’accueil. Une présentation rapide des coureurs permet de mettre les noms sur les visages qui me sont tous inconnus, si ce n’est celui de Serge. Seul manque à l’appel Philippe Favreau, dont on apprend que son arrivée est un peu retardée en raison d’un accident. Les coureurs ont aussi l’occasion de présenter leurs accompagnateurs, et ainsi chacun finit par savoir qui est là, et le rôle qu’il remplit.
Les concurrents, installés sur les gradins du gymnase, sont attentifs aux conseils dispensés. Jean-Benoît se charge des coureurs français pendant que Christophe entreprend en anglais d’informer les concurrents étrangers. J’ai en tête de poser la question sur le problème du dévers de la route qui peut occasionner des blessures (j’ai glané ça en suivant la Transe Gaule 2001), mais je me retiens, peut-être par simple timidité, et parce que je n’ai pas trop envie d’aborder des sujets…douloureux. Après tout, on verra bien. Jean-Benoît parle également du suivi de la Transe Gaule sur différents sites, et là encore, je n’ose pas évoquer le suivi prévu de ma course sur Ultrafondus. Ce n’est peut-être pas le moment opportun, me dis-je. Chacun se retrouve avec des cadeaux inattendus : un bol breton personnalisé avec son prénom, quatre tee-shirts et diverses petites choses. Ceux qui ont participé à la première édition ont des tee-shirts distinctifs marqués d’une étoile, emblème d’une première traversée de la Manche à la Méditerranée.
Rendez-vous est pris pour se retrouver vers 19h pour aller dîner ensemble au restaurant « Chez Gaston ».
Je compte uniquement sur eux
D’ici là, je continue à préparer mes affaires pour le lendemain, à mettre de côté ce dont j’aurais besoin pour la nuit d’une part, et dès le lever du lendemain d’autre part. Il se trouve que par un heureux hasard, mon rangement séparé dans deux sacs différents est tout à fait approprié. L’un renferme toutes les affaires qui me seront utiles à l’arrivée de chaque étape : duvet, oreiller, affaires de toilette, vêtement pour le soir et la nuit, et divers ustensiles telle que lampe de poche, que je peux avoir à utiliser la nuit. Dans l’autre sac, j’ai accumulé tout mon équipement vestimentaire de coureuse. Je dispose en plus d’une valisette avec toute la pharmacie et les produits indispensables et nécessaires pour les soins et/ou les réparations quotidiens, sans oublier les boules Quiès, indispensables pour les nuits en collectivité.
Nous déplions également les cartes, et avec Jean-Didier, commençons à repérer le parcours du lendemain, et à étudier le road-book. Nicole conduira la voiture, et Jean-Didier assurera le co-pilotage en suivant les indications du road-book. Nous prévoyons que les ravitaillements seront distants d’environ 5 km. Je n’emmène rien sur moi, et je compte uniquement sur eux. On adaptera si nécessaire les jours suivants. La première étape va nécessairement servir de test. On tâtonne un peu, c’est normal.
Nous sommes en plein exercice pratique : séparer le nécessaire pour le petit déjeuner, préparer les ravitaillements du lendemain, regrouper tout ce qui pourra être utile et devra être facilement accessible dans la voiture pendant l’étape, etc. Je fais les premières découvertes des petites habitudes de Nicole et Jean-Didier, pendant qu’eux demeurent attentifs et attentionnés. Comme chaque soir à venir, nous préparons, avec sans doute le plus d’incertitudes quant à cette première, l’étape du lendemain.
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