Ultra-au-féminin

L'été rêvé 2006


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Marathon des Sables 1999 : 225 Km dans le désert marocain

Dès que l’idée de participer au Marathon des Sables a surgi dans mon esprit un jour du printemps 1998, je n’ai eu de cesse d’y penser, et n’ai pas passé un seul jour sans Mds2001250x174 y songer. C’est en octobre en évoquant ce projet avec Alain Philip, un coureur normand qui envisageait une 4ème participation, que celui-ci m’a spontanément proposé de constituer une équipe avec lui et son frère. L’affaire était conclue.

J’étais complètement ébahie  de cette offre immédiate, avant même qu’il s’enquiert de mes potentialités. J’étais admirative devant ses trois participations précédentes, et je découvrais que lui, à l’inverse, était curieux de mes expériences sur 100 Km sur route, type d’épreuve qu’il n’avait lui-même jamais affrontées.

Les conseils de mes coéquipiers m’ont été d’une grande utilité, et nous avons formé une équipe respectueuse de la course de chacun.

Le Marathon des Sables se court en autosuffisance alimentaire, ce qui signifie que chaque concurrent doit transporter sur lui durant les 7 jours de l’épreuve toute sa subsistance et le nécessaire pour bivouaquer, hormis l’eau fournie par l’organisation.

Au programme de cette 14ème édition qui s’est déroulée du 2 au 12 avril 2001, six étapes de 30, 32,5, 37, 74, 42 et 9,5 km entre Irhs et Erfoud, dont l’ascension des plus hautes dunes du Maroc à Merzouga, soit un total de 225 km. La température en course était comprise entre 25 et 58°C.

Les participants étaient au nombre de 595, dont 65 femmes, représentant plus de 30 nationalités.Marathondessables222x59

Selon les organisateurs de la course, le degré de difficulté de cette 14ème édition était plus élevé que d’habitude avec les 7 km de dunes imposés dès le premier jour, et les 40 % de terrains sablonneux traversés au total.

Mes coéquipiers :

- Alain Philip, 39 ans,  4ème participation ;

- Eric Philippe, 36 ans, 2ème participation.

Classement de l’équipe : 15ème sur 53 équipes engagées et 49 équipes classées

Classements individuels :

- Eric, 124ème   en 28 h 30 mn 43 s ;

- Alain, 125ème en 28 h 31 mn 01 s ;

- Annick, 257ème en 34 h 18 mn 25 s, 14ème féminine et 4ème française.

Lire le récit de cette course dans les notes suivantes.

07 mai 2006 dans Marathon des Sables 1999 | Lien permanent | Commentaires (0)

Marathon des Sables 1999 : quelques mois de préparation méthodique

L'histoire débute réellement un jour du printemps 1998. Pendant un entraînement, alors que défilent dans ma tête les projets de course éventuelles à venir, une idée surgit soudainement : et si j'allais courir le Marathon des Sables ? La question se transforme immédiatement en décision, et à partir de cet instant, une longue période de préparation commence.

Pièces d’un puzzle

Certains de mes amis coureurs ont déjà participé à différentes éditions du Marathon des Sables. Tous en sont revenus enchantés et ont décrit cette épreuve comme exceptionnelle. J'ai lu des reportages dans des magazines spécialisés en course à pied, vu des images dans ces mêmes magazines ou dans des reportages télévisés. La beauté du désert marocain n'a d'égale que la souffrance qui en est souvent rapportée par les concurrents qui ont parcouru les 220/230 km du Marathon des Sables.

Autant j'aime courir, autant je déteste souffrir. La course à pied rime pour moi avec plaisir : il en sera de même pour le Marathon des Sables ! C'est dans cet état d'esprit que j'aborde la chose. Je prends immédiatement conscience que pour vivre une telle course avec bonheur, seule une préparation sérieuse me permettra d'aboutir.

Le Marathon des Sables est réputé être l'un des plus durs au monde. Il se court en 6 étapes, durant 7 jours, en autosuffisance alimentaire, dans des conditions de chaleur et d'ensoleillement extrêmes, sur des terrains très instables, sans confort aucun. Tous les ingrédients sont réunis pour que douleur physique, souffrance morale, fatigue, lassitude, coup de chaleur, alimentation inadaptée à l'effort demandé, sommeil difficile, déshydratation se conjuguent pour mener au doute, aux incertitudes et peut-être à l'abandon.

J'ai l'expérience du Marathon : celui de 42,195 km que j'ai couru à Rouen, à Paris, à Londres, à New-York...15 marathons déjà. En ce printemps 1998, une expérience unique de 100 km.

Le Maroc, ses paysages et son désert, je les ai découverts 2 ans plus tôt, en touriste. Ce sont mes atouts ôh combien précieux.

Le reste est à construire, comme les pièces d'un puzzle, pour faire de ce Marathon des Sables une aventure que je veux heureuse.

Trois éléments vont participer de cette construction.

Autosuffisance alimentaire

L'une des difficultés souvent évoquée à propos du Marathon des Sables a trait à sa particularité : il se court en autosuffisance alimentaire. Cela signifie concrètement que chaque concurrent doit se munir et transporter pendant les 7 jours de l'épreuve l'ensemble de son équipement : nourriture, réchaud, vêtements, duvet, affaires de toilettes, petite pharmacie et tout effet personnel souhaité. Certains éléments sont obligatoires : outre le sac à dos et le duvet, sont exigés par l'organisation une boussole, un briquet, un sifflet, un couteau, 10 épingles à nourrice, une lampe de poche, une couverture de survie, des pastilles de sel et une fusée de détresse, ces 3 dernières étant fournies sur place par l'organisation la veille du début de l'épreuve.

L'autosuffisance alimentaire signifie également que chaque concurrent doit lui-même préparer ses repas. Pour cela, il est nécessaire de se doter d'un petit réchaud. Le réchaud à gaz étant interdit, il faut se munir d'un réchaud à pastilles d 'alcool. J'ai eu beaucoup de mal à trouver cet ustensile, si bien que j'ai cru un moment que mes recherches s'avéreraient vaines. Cette question m'a tellement préoccupée qu'elle était présente à mon esprit dès le réveil et parfois même avant, allant jusqu'à m'éveiller en pleine nuit. A peine deux semaines avant le départ j'ai fini par tomber sur l'objet tant rêvé qui ne se présentait pas du tout comme je l'imaginais, ce qui explique en grande partie pourquoi il m'avait échappé si longtemps.

La préparation matérielle, c'est aussi décider de ce que l'on va emmener. Tout l'enjeu consiste en effet à trouver le meilleur compromis entre le poids du sac et la quantité d'éléments à emporter, pour satisfaire un confort minimum. Il n'était pas question pour moi de prévoir une tenue quotidienne différente. J'ai choisi l'option minimum côté tee-shirts : un pour courir, un pour le bivouac, un troisième un peu plus chaud pour la nuit. Leur état était simplement désastreux au terme de l'épreuve. Je n'ai pas négligé le côté petite pharmacie personnelle, afin de procéder à des soins élémentaires en cas d'ampoules notamment : un peu d'éosine, de bétadine, quelques pansements. Jusqu'à la dernière minute, j'ai hésité sur des éléments plus personnels. Mais je n'ai rien regretté, ni de ce que j'avais pris, ni de ce que j'avais laissé. Rien ne m'a manqué : il est bon d'un point de vue psychologique de sentir que le sac contient tout ce qui à titre personnel paraît indispensable.

Cette préparation matérielle participe en réalité de la préparation physique et de la préparation psychologique.

Charge maximum

Il me faut reconstruire le "fond", c'est-à-dire réacquérir une capacité à courir longtemps et en endurance sur de grandes distances, sans générer de fatigue. C'est ce qui me semble le plus facile, le plus abordable. Je décide immédiatement de recourir un 100 km dans les mois qui précèdent pour retrouver ce potentiel, et de me lancer sur un trail de longue distance. Le trail présente l'avantage d'affronter des terrains très instables et/ou caillouteux et des dénivelés importants, caractéristiques également du Marathon des Sables.

Ce seront les 100 km de Cléder (en Bretagne) le 23 août 1998 et la Grande Course des Templiers dans le Larzac, trail de 65 km avec 2 200 m de dénivelé le 25 octobre 1998.

Dès le mois de novembre, j'endosse le sac lors de mes entraînements. D'abord très léger, 2 kg puis 3 kg puis 4 kg. Quand j'essaie de monter la charge à 5 ou 6 kg, je commence à souffrir de tiraillements dans les épaules. J'avais espéré pour des raisons affectives pouvoir partir avec un sac appartenant à ma fille. Celui-ci me semble finalement assez mal adapté : je retrouve tout le poids de la charge amassé en bas du dos et un grand inconfort. Sur conseils expérimentés de mes futurs coéquipiers, je décide de rechercher un équipement plus adapté, et dès janvier, j'adopte celui que je porterai pendant toute l'épreuve. Il épouse parfaitement le dos et bientôt fait corps avec moi. J'augmente chaque semaine la charge de 0,5 kg, selon un calcul qui me permet d'atteindre le poids de 10,5 kg à la fin de toute la période de préparation. Je me suis fixé la limite de 10 kg comme charge maximum durant l'épreuve.

Pour rendre plus facile le port du sac, j'ai entrepris de faire quelques séances de musculation qui complètent les exercices hebdomadaires de stretching. Je travaille surtout le renforcement des lombaires, qui sont extrêmement et doublement sollicitées, sous l'effet conjugué de la course à pied et du poids du sac.

Je ne cours que deux entraînements par semaine avec le sac, afin d'éviter toute fatigue inutile. Ceci me permet de maintenir des séances où je peux facilement conserver un rythme plus habituel.

Autre élément primordial de la préparation physique : le soin des pieds. Le risque de blessure aux pieds, très fréquent chez les coureurs, est redoublé pour qui s'apprête à courir le Marathon des Sables. En effet, les fortes chaleurs qui font gonfler les pieds, le sable qui pénètre les chaussures rendent les blessures quasi inévitables. Or, l’on oublie souvent que si l’on court avec sa tête et ses jambes, les pieds constituent la partie du corps qui sera elle aussi fortement mise à contribution.

J'ai la chance de disposer d'un protocole de préparation des pieds que m'a soigneusement préparé un podologue de ma connaissance. Le traitement est établi sur une durée de 6 semaines. Il démarre avec un bain de pied quotidien pendant 8 jours dans une solution Formolée à 5% et se poursuit par un tannage quotidien des pieds durant 5 semaines avec une préparation à base d'acide picrique à 1%, accompagné d'une application de crème anti-échauffement. J'ai suivi le traitement à la lettre, ce qui m'a paru très contraignant au quotidien, mais ôh combien efficace.

Meilleure sérénité

J'ai choisi de préparer et de courir les deux épreuves préparatoires en solitaire, afin d'être capable d'affronter la solitude et l'immensité du désert, sans craindre de me retrouver face à moi-même et afin d'aborder mes éventuels états d'âme avec la meilleure sérénité qui soit. Chaque jour, le Marathon des Sables est présent à mon esprit. Je m'endors avec lui, je m'éveille avec lui. Il envahit mon quotidien et me berce déjà.

Je repense souvent au roman de J M.G. Le Clézio "Désert" que j'ai lu il y a quelques mois, et je m'imprègne de ces cailloux brûlants de soleil. Je vois le désert de cailloux, les plateaux interminables, la lumière brûlante, le poids de la chaleur, l'immensité du temps. Arpenter le désert, son aridité et se suffire à soi-même...

Questions en suspens

Les mois et les semaines passent qui me rapprochent inlassablement du moment tant attendu et préparé. Je suis sereine, sans appréhension, ni craintes. Il y a pourtant trois choses que je ne maîtrise pas du tout et qui restent des questions en suspens :

Comment vais-je réagir à la chaleur ? Les températures peuvent dépasser les 50°C dans le désert marocain et l'hiver normand ne peut en aucun cas offrir les conditions de chaleur identiques. De ce côté-là, il n'y a vraiment rien à faire.

Ne vais-je pas avoir froid la nuit ? Les températures nocturnes sous le ciel étoilé du sud marocain se situent autour de 5°C. Il est prudent de se munir d'un duvet adapté, mais qui cependant ne soit pas très lourd. Il est impensable de souffrir de froid, tant le besoin d'une qualité de sommeil est à préserver. J'ai longtemps recherché le duvet qui m'offrirait toutes les qualités recherchées, en doutant jusqu'à la phase d'utilisation.

Aurais-je assez de nourriture ? Je suis une bonne mangeuse et l'idée m'a préoccupée longtemps. J'avais prévu de faire des essais alimentaires durant le mois de mars avec des produits lyophilisés et déshydratés, de façon à choisir à coup sûr des produits que j'aurais plaisir à manger. J'ai finalement supprimer la phase test et me suis contentée d'emmener des aliments déshydratés très simples, auxquels j'avais eu loisir de goûter par ailleurs. Un de mes coéquipiers m'a expliqué comment il procédait et quinze jours avant le départ m'a montré la manière de conditionner ses repas. Sa méthode consiste à transvaser les aliments en quantité souhaitée dans des sachets plastique sur le principe d'un sachet = un repas. J'ai adopté le même principe en ajoutant sur chaque sachet une petite étiquette où j'ai indiqué la quantité d'eau nécessaire pour la cuisson et le temps d'absorption de l'eau. Les sachets de petit déjeuner contenaient chacun environ 90 g de céréales, du lait en poudre et du cacao énergétique. Les sachets pour le déjeuner représentaient l'équivalent de 2 portions-repas, et ceux du dîner l'équivalent d'une portion et demie. J'ajoutais à chaque repas du pain d'épices ou une barre de céréales. Tout ceci a été parfait. J'ai tout de même eu une préférence pour le couscous et le hachis-parmentier qui m'ont régalée !!!

07 mai 2006 dans Marathon des Sables 1999 | Lien permanent | Commentaires (0)

Marathon des Sables 1999 : voyage vers le désert marocain

Vendredi 2 avril 1999. Le rendez-vous est donné à l'ensemble des concurrents à Roissy à 6 h 30 pour s'envoler vers le désert. Presque tous les participants sont là, et nombreux sont les étrangers. Au total, ce 14ème Marathon des Sables regroupe 595 coureurs, dont 65 femmes. A côté des 178 français, on compte 106 anglais, une centaine d'italiens, une quarantaine d'allemands, une trentaine d'américains, 17 espagnols, 6 chinois, 1 polonais, 1 tchèque,... soit plus de 30 nationalités représentées.

Kilomètres de sable

Dès l'arrivée à l'aéroport, l'organisation remet à chaque concurrent le road-book tant attendu qui dévoile enfin l'itinéraire qui a été tenu secret jusque-là. Je découvre alors le parcours que nous allons emprunter : une sorte de boucle qui nous mènera en 6 étapes du Jebel Irhs à Erfoud. Je me sens extrêmement émue : je connais pour partie cet endroit, de Merzouga à Erfoud que j'ai parcouru deux ans auparavant, et des images me reviennent... A mes côtés, les coureurs commentent abondamment les indications du road-book sur la longueur des différentes étapes, la nature du terrain... Ceux qui ont déjà participé à de précédentes éditions du Marathon des Sables appréhendent les difficultés à venir : "ils nous ont gâtés cette année, il y a vachement de dunes, tu as vu tous ces kilomètres de sable,...". Je frémis quelque peu en entendant ces propos qui laissent supposer que cette 14ème édition sera particulièrement ardue. Je ne peux moi-même, à partir des informations qui sont données traduire à leur hauteur réelle les difficultés à venir. Je comprends que durant les prochains jours, j'aurai probablement à lutter plus fortement que je ne l'avais imaginé jusque-là. La dure réalité du Marathon des Sables s'impose, mais je refuse cependant de m'abandonner à quelque angoisse superflue. Je compte sur la beauté des paysages, l'immensité aride du désert pour oublier les efforts et vaincre d'éventuelles souffrances.

Massifs caillouteux

Le soleil accueille les concurrents à Ouarzazate. Immédiatement, les habitués du Mds2avr250x159 Marathon des Sables troquent leurs vêtements de voyage contre short, baskets et tee-shirt afin d'avoir une tenue plus adaptée au contexte. Des cars attendent les coureurs, et le transfert vers le bivouac démarre sans attendre. Après 1 h 1/2 de trajet, l’un des cars s'immobilise en raison d'une crevaison. La halte obligée est mise à profit comme pause repas, avec comme consigne de laisser le désert propre. L'endroit où s'opère la réparation m'est presque familier. Nous sommes arrêtés sur la route qui mène à Agdz, dans un site majestueux à l'endroit précis où j'avais fait une halte deux ans auparavant pour admirer les lieux. Les mêmes couleurs, la même rocaille, la beauté immuable. Ici, semble émerger la force de la terre, dans un chaos où resplendit la lumière, des corniches majestueuses surplombant des ravins profonds.

Plus loin, les palmeraies qui longent les vallées illuminent de verdure les massifs caillouteux. C'est la richesse du travail minutieux des hommes qui vivent ci. Le vert des cultures tranche avec l'ocre et le rouge de la terre et du roc. Puis les montagnes deviennent verdâtres : les quelques épineux qui y poussent lui donnent cette teinte inattendue.

Agdz, Tazzarine,... Jebel Irhs. Plus de 5 h de paysages majestueux, très changeants, et... 3 l d'eau avalés non sans soif. Les cars déversent alors les concurrents au bord de la route, là où s'opère le va et vient de camions qui prennent le relais pour transporter les coureurs à travers la piste jusqu'au bivouac que l'on aperçoit au loin Mds2avrbis250x157 dès la descente du car. Le confort du transport est très aléatoire : debout, enjambant valises et sacs, il faut se cramponner comme on peut, pour éviter de se cogner aux battants métalliques du camion qui crapahute à travers les cailloux et prend des changements de direction vifs et inattendus... L'ambiance est plutôt aux rires et à l'amusement pour ce dernier voyage inédit qui mène au bivouac.

Là, les coureurs s'installent sous les tentes berbères qui dessinent ce jour un grand cercle. Constituées de carrés de laine assemblés, elles reposent uniquement sur des pieux de bois croisés, et n'atteignent le sol que par les côtés. Les coureurs sont répartis sous les tentes par nationalité, en moyenne 9 coureurs par tente. Outre mes deux coéquipiers, Alain et Eric, notre tente héberge Cyril, Gilles, Yann et  Pascal.

Ce 2 avril finit de s'étirer et s'endort avec la fatigue du voyage.

07 mai 2006 dans Marathon des Sables 1999 | Lien permanent | Commentaires (0)

Marathon des Sables 1999 : journée d’acclimatation dans le désert

Samedi 3 avril 1999. "Alors, Annick, toujours pas peur ?" La question revient souvent dans la bouche d'Alain, l'un de mes deux coéquipiers avec qui je forme l'équipe des "Vikings".

J'aborde cette nouvelle journée avec la même tranquille sérénité. J'ai testé mon duvet et me voilà à peu près rassurée sur ses qualités thermiques. J'ai ressenti et même apprécié la fraîcheur de la nuit sans pour autant avoir froid. Si les températures restent identiques les prochains jours, je n'ai plus aucune raison de craindre de souffrir du froid.

Infraction au règlement

Le bivouac porte ce jour une ambiance de camp de vacances. Bavardages, plaisanteries, impressions des uns et des autres, échanges sur les courses à faire à tout prix.

Mds3avr250x157 Le bivouac est installé au pied du Jebel Irhs, contre lequel est venu buter le sable apporté par le vent, qui semble avoir glissé de son sommet. A 11 h, il fait  déjà chaud, même à l'ombre des tentes berbères. Je discerne mieux qu'à notre arrivée hier à la nuit tombante, l'organisation de ce campement du désert. Les tentes blanches de l'organisation sont installées à distance respectable de celles des coureurs. Il est même interdit de s'en approcher sous peine de pénalités. Le règlement du Marathon des Sables est strict et le moindre manquement donne lieu à des pénalités : absence de documents administratifs (certificat médical par exemple) ou d'éléments obligatoires (boussole, couteau,...) ou toute autre infraction au règlement entraînent des pénalités d'1/2 h à 1h selon les cas, qui s'ajoutant au temps réel de course, peuvent s'accumuler et modifier sensiblement le classement des concurrents.

Il s'agit autant d'une journée d'acclimatation que de préparation. Ce jour sans course est destiné à vérifier que chaque concurrent s'est bien conformé au règlement et qu'il dispose de tous les éléments nécessaires pour affronter le Marathon des Sables.

Forme d’initiation

Je m'affaire, comme les autres coureurs à la préparation de mon sac afin de me présenter au contrôle. Moments de doute parfois. "Ai-je finalement pris assez de nourriture, ai-je besoin d'autant de paires de chaussettes?...".Chaque décision doit être soupesée et mûrement réfléchie. L'instant est crucial et le choix irréversible. Il faut conserver ce qui va être utile et nécessaire pendant les 7 jours de l'épreuve et sera contenu dans le sac à dos, et confier les autres bagages à l'organisation qui se chargera de les transférer au lieu de rassemblement des concurrents après course. Après une première nuit au bivouac, il est plus facile de choisir parmi les vêtements ceux qui conviendront le mieux aux températures diurnes et nocturnes. Je reprends EXACTEMENT ce que j'avais préparé en testant le contenu de mon sac à Rouen, sans me créer d'angoisses inutiles. J'opte cependant pour conserver une banane ventrale, ce qui devrait me permettre d'avoir à portée de main barres de céréales, petite pharmacie, etc.

Le contrôle de mon sac interviendra en milieu d'après-midi, après 1 h d'attente au soleil, ce qui me semble constituer une forme d'initiation pour les jours  suivants. Verdict de la pesée : 8 kg pour le sac dont 4 kg de nourriture, et 0,7 kg pour la banane ventrale. Très raisonnable pour une 1ère fois, ce qui me vaut même les compliments de mes contrôleurs. Merci Alain et Eric pour vos précieux conseils !

J'utilise aussi cette journée pour réviser l'usage de la boussole, que j'enseigne par la même occasion à quelques non-initiés. Demain cap à 141° nord, autrement dit direction S-SE.

07 mai 2006 dans Marathon des Sables 1999 | Lien permanent | Commentaires (0)

Marathon des Sables 1999 : Irhs – Khermou (1ère étape : 30 Km)

Dimanche 4 avril 1999. La soirée d'hier et la nuit ont été particulièrement douces. Je me suis éveillée vers 4h  et me suis levée. C'était un temps de pleine lune qui éclairait avec douceur et  rendait toute chose tranquille.

Journée initiatique

Jour J et le premier repas préparé par les coureurs. Le bivouac a commencé à s'animer dès 5 h, et les premiers feux du petit déjeuner ½ h plus tard. Alain et Eric sont allés "au bois" la veille au soir : ils ont ramassé quelques brindilles desséchées qui serviront à alimenter le feu de ce matin. Je récupère des cailloux qui serviront de support pour la gamelle d'eau.

Je découpe une bouteille d'eau minérale vide qui me sert de récipient pour préparer ce premier repas en autonomie, dans laquelle je verse le contenu du sachet  de petit déjeuner. Celui-ci me semble finalement bien léger même en y adjoignant une tranche de pain d'épices...

Jusqu'au moment du départ prévu à 9 h, le bivouac ressemble à n'importe quel départ de course. Sauf que les coureurs passent un temps beaucoup plus long à protéger les parties du corps qui seront le plus sollicitées au cours de l'épreuve. Je ne ménage ni la crème solaire protectrice dont je m'enduis les bras, les jambes et le visage en n'oubliant pas le lobe des oreilles, ni la crème anti-frottement que je répartis sur les pieds et même sur les chaussettes comme me l'a conseillé mon podologue.

Mds4avr250x177 9h30 sous la banderole de départ... Celui-ci se fait attendre... Je prépare une barre de céréales...Toujours pas de stress. Quelques photos...Et c'est vraiment parti.

C'est une sorte de journée initiatique d'approche du désert. Il convient, selon les mots de l'organisateur de se familiariser avec l'épreuve. J'entends derrière ces propos, des conseils de prudence et je décide d'appréhender cette journée avec mesure, d'apprivoiser le désert en douceur. Aujourd'hui, nous devons affronter tous les types de terrain que nous devons rencontrer par la suite : reliefs, cailloux, dunettes, sable, terre battue. Toutefois, le sable s'est déplacé sous l'effet du vent et les 4,5 km de dunettes annoncées dans le road-book entre le 9ème et le 16ème km s'avéreront de véritables dunes. 

Distances trompeuses

Les reliefs annoncés me paraissent faciles. Par contre, le sable, le sable... Le sable s'engouffre très rapidement dans les chaussures et impose la nécessité impérieuse de les vider de leur hôte qui occupe en un espace de temps ridicule tout l'espace disponible. Le pied se trouve alors comprimé et il est impossible de poursuivre sauf à contracter les orteils, ce qui rend la foulée difficile, voire douloureuse. J'entends alors les paroles et conseils de Jean-Jacques (un ami qui avait participé à la 7ème édition) qui m'avait précisément décrit le phénomène en m'expliquant l'inutilité de vouloir courir avec les chaussures pleines à craquer. J'ai vidé cinq fois mes chaussures : cela me prend un temps désespérément long. Il y a heureusement des passages plus plats qui permettent un repos relatif. Je rejoins le 1er contrôle à 12 km du départ après 1h25 mn de course. Le 2ème contrôle est à 11 km du précédent . Entre ces  deux points, je sens que je n'ai pas beaucoup de "jus". C'est le moment le plus chaud de la journée et j'adapte mon rythme aux sensations éprouvées. Là, je prends le temps de me ravitailler en boisson énergétique et de manger. J'essaie d'être à l'écoute permanente de mon corps pour éviter  de le brusquer et de lui imposer ce qu'il ne saurait supporter. Je me surprends à boire très régulièrement, comme conseillé, car j'avais  imaginé initialement que je ressentirai cette nécessité comme une contrainte. Or cela me devient  un geste tout naturel.

Je suis rejointe par  Didier de l'équipe des Fennecs, autre équipe normande. Je me retape très bien et repars pour 7,5 km pour atteindre Khermou. Je me sens très bien dans cette 3ème portion et j'aperçois alors le bivouac que je crois très proche. J'apprends ainsi que les distances sont trompeuses, car il me reste 2 à 3 km avant de l'atteindre.

Mds4avrbis172x250 Après 4 h 31mn de course, je suis accueillie à l'arrivée par mes deux coéquipiers transformés en reporters photographes pour l'occasion. Quel bonheur !!!

Je suis heureuse de terminer sans grande fatigue cette étape de reconnaissance. Je crois avoir bien géré boisson, chaleur, effort... J'apprends que la température a dépassé les 55°C..., ce qui me semble expliquer mes difficultés "relatives" entre les deux points de contrôle.

En fin d'après-midi, arrive dans la tente d'en face une concurrente très éprouvée. Quelques minutes après, elle est transportée pour une transfusion. Je saurais le lendemain qu'elle avait sous-estimée ses besoins en hydratation...

J'ai appris dans cette première journée tout ce qui me permettra d'affronter la suite sans encombre.

Kilomètres parcourus ce jour : 30

Kilomètres parcourus depuis le départ : 30

07 mai 2006 dans Marathon des Sables 1999 | Lien permanent | Commentaires (0)

Marathon des Sables 1999 : Khermou - El Oftal (2ème étape : 32,5 Km)

Lundi 5 avril 1999. Dormir fait perdre des places... Classée 262ème au classement général la veille au soir, me voici reléguée ce matin 301ème, sans aucune explication !!!

Cela ne change rien à l'affaire : 6,62 km/h en vitesse moyenne sur l'étape d'hier. Ici, les temps  réalisés sur les étapes s'allongent terriblement et les vitesses de course habituelles n'ont aucune valeur. Aucune comparaison n'est possible et aucun repère disponible. Seul l'état général de chaque coureur permet de situer le niveau de fatigue et l'intensité de l'effort accompli.

Etape de bonheur

Aujourd'hui, l'étape s'annonce plutôt montagneuse. Je décide d'accélérer le rythme, Mds5avr169x250 d'autant que l'étape de demain se déroule dans le sable et que j'en mesure déjà les conséquences... Avant le départ, Alain me laisse entendre que je peux prendre plus de risques que la veille.

Le départ est de nouveau donné avec retard : 40 mn cette fois. Le directeur de course explique qu'il rencontre des problèmes de logistique car un camion qui transportait du matériel a été accidenté.

L'étape est splendide, roulante. Le désert présente aujourd’hui les paysages que je lui préfère. Peu après le départ, il faut franchir un jebel. La descente est un moment extrêmement ludique où en se relâchant totalement, on peut prendre de la vitesse et se faire vraiment plaisir. Le risque existe pourtant bel et bien de buter sur un roc et de chuter. Lors de la 13ème édition, une concurrente s'est cassée le bras et quoique sérieusement handicapée, a terminé l'épreuve !!!

C'est caillouteux à souhait et splendide. De merveilleux paysages. Je m'arrête pour prendre des photos du sommet du 1er jebel d'où l'on aperçoit le long filet des coureurs Mds5avrbis250x171 qui redescendent, puis grimpent le 2ème jebel. Je suis émerveillée de cette nature si austère et pourtant si chaude,  aux couleurs rouges...

Vers 11 h 30, il commence, comme la veille, à faire vraiment chaud. C'est le moment le plus difficile de la course. J'ai filé les 10 premiers km à toute allure : 1 h 10mn. Un énorme plaisir. Plaisir de courir, et dans une nature si belle. Je rejoins le 2ème point de contrôle situé à 18 km à midi après 2 h 20mn de course. Là, je prends grand soin de me ravitailler  avec tout le temps nécessaire pour absorber boisson glucidique et barre de céréales. Et ça repart super... A chaque point de contrôle, je retrouve Yann qui partage notre tente au bivouac. Je le doublerai finalement avant l'arrivée.

4 h 07mn pour 32,5 km. Une étape de bonheur. Classée 221ème sur l'étape avec une vitesse de 7,89 km/h, ce qui me permet de remonter 253ème au classement général.

Kilomètres parcourus ce jour : 32,5

Kilomètres parcourus depuis le départ : 62,5

07 mai 2006 dans Marathon des Sables 1999 | Lien permanent | Commentaires (0)

Marathon des Sables 1999 : El Oftal – Tazout Nou Zina (3ème étape : 37 Km)

Mardi 6 avril 1999. Ce jour, il me faut être prudente.  Hier, je me suis bien fait plaisir, mais nous sommes à la veille de l'étape des 74 km.  Il s'agit en plus d'une étape essentiellement sableuse, qui  comprend 9 km de dunes, et je sais maintenant que je ne suis pas très habile dans ce genre de terrain. J'ai amené des bas que je pourrai enfiler sur les chaussures et qui, peut-être, limiteront l'entrée en force du sable dans les baskets. Certains concurrents portent en permanence des guêtres, mais qui le plus souvent ne couvrent que la partie supérieure de la chaussure. Je me  demande si elles sont vraiment efficaces, étant donné qu'en ce qui me concerne, le sable pénètre également en grande quantité par l'extrémité avant de la chaussure.

Somptueuse surprise

J'aborde donc cette 3ème étape en douceur... La 1ère partie est assez roulante  jusqu'au 1er contrôle situé au bas des ruines de Ba Hallou, dans un cadre fort joli. L'entrée dans la portion de dunes véritables se fait au 19,5ème km, et se poursuit jusqu'au 29ème km, où est positionné le 3ème point de contrôle. Et là, c'est vraiment Mds6avr250x165 la récompense. Une vraie révélation avec vue plongeante du haut d'un jebel sur un lac séché. Une somptueuse surprise que les organisateurs ont eu soin de dénicher dans l'immensité du désert pour l'offrir à la vue émerveillée des concurrents. Cette découverte visuelle vient à point nommé et me redonne instantanément des ailes.

Je ressens néanmoins une certaine fatigue. Je n'ai pas très bien dormi, et peut-être parce que je n'ai pas pris aujourd'hui de boisson glucosée, je n'ai pas un rythme effréné. Je rencontre à nouveau Yann au 3ème point de contrôle. Il repart avant moi, mais je le rejoins 3 à 4 km plus loin. Il marche. Je l'encourage et il finira 4 mn après moi, en ayant repris le rythme de sa course.

Bilan : 5 h 38 mn. Au classement général féminin après 3 étapes, je me situe à  la 23ème place, et l'équipe des Vikings à la 17ème place.

Le bivouac présente à l'arrivée une physionomie surprenante : il ressemble à un campement en chantier. Et pour cause. On nous prévient dès le passage sous la banderole d'arrivée qu'un camion transportant les tentes a rencontré des problèmes, si bien que le bivouac n'est que partiellement installé. Les concurrents dont la tente n'est pas encore montée sont invités à se regrouper sous une ou deux tentes d'accueil  prévues pour pallier la défection de celles manquantes. La tente numérotée 18 qui abrite entre autres l'équipe des Vikings fait partie du convoi accidenté.

Après chaque étape, j'aspire à un repos tranquille et je souhaite avant tout repérer mes coéquipiers qui, plus rapides que moi, sont forcément sur les lieux. Je les retrouve installés en plein soleil, et un peu amers de cette déconvenue. L'attente  durera au total 3 heures, et l'arrivée du camion retardataire  sera saluée avec joie. Les coureurs, pressés de retrouver leurs abris vont jusqu'à participer avec les berbères à l'installation du campement.

Douillette nuit

Aujourd'hui, le terrain d'accueil du bivouac est extrêmement dur : une sorte de lac séché,  situé en bordure immédiate de dunes. Les soirs précédents, le campement Mds6avrbis250x165 était toujours installé au pied d'un jebel sur un sol plutôt caillouteux. Le confort du marathonien des Sables devient alors tout à fait aléatoire, suspendu  à la probabilité que l'endroit précis où il s'allongera pour dormir ne concentrera qu'un minimum de cailloux indésirables. Bien entendu, les précautions qui peuvent être prises pour déloger au préalable ces éléments de torture nocturne n'aboutissent qu'à limiter leur nombre, sans les éliminer totalement. J'ai passé les premières nuits à me retourner maintes fois pour rechercher la position idéale qui m'éviterait d'être transpercée, sans jamais réellement parvenir à ne pas ressentir à un endroit ou un autre la pointe de  ces intrus du sommeil.

Aussi, l'état du terrain de ce jour, quoique moins aiguisé, me laisse peu d'espoir d'une nuit sans interruption et retournement. Mais la proximité du sable à portée de main a fait naître une idée de génie. Tandis que les dernières tentes sont en passe d'être montées, les coureurs avec qui je  partage la tente, à l'instar des occupants de la tente voisine, s'emparent de pelles récupérées dans le camion des berbères, en remplissent des tapis, les glissent jusqu'à l'endroit où sera montée la tente, et y déversent là leur contenu. En recommençant plusieurs fois l'opération, nous nous retrouvons installés sur un lit de sable de plusieurs centimètres d'épaisseur dans un confort tout à fait imprévu mais tout à fait salutaire. Ce sera sans nul doute ma plus douillette nuit passée dans le désert.

Kilomètres parcourus ce jour : 37

Kilomètres parcourus depuis le départ : 99,5

07 mai 2006 dans Marathon des Sables 1999 | Lien permanent | Commentaires (0)

Marathon des Sables 1999 : Tazout Nou Zina – Erg Chebbi (4ème étape : 74 Km)

Mercredi 7 avril 1999. Comment aborder une telle étape ? La question m'a trotté dans la tête toute la nuit. On dit que la grande étape du Marathon des Sables, quoique inférieure en distance, équivaut à l'effort déployé pour un 100 km. Je me suis relativement "économisée" l'étape précédente  afin de vivre au mieux cette journée. Alain me dit : "C'est ton étape, tape dedans". Il m'encourage et j'apprécie. Alain en est à sa 4ème participation du Marathon des Sables, mais n'a jamais disputé un "100 bornes". J'ai beau avoir l'expérience du 100 km, je sens qu'aujourd'hui, c'est extrêmement différent. Quand je prépare un 100 km, je me réserve un repos complet durant la semaine qui précède...

Sûre de ne manquer de rien

J'ai malgré tout passé une nuit excellente, sur un confortable lit de sable. Voilà un bon atout pour la journée. Cette journée se passera en totalité à courir, et je décide en conséquence de préparer à l'avance tout ce qui m'aidera dans l'effort. Je charge mes deux bidons en boisson glucosée, il va sans dire que c'est l'étape où ce sera le plus utile. Je prépare également, non sans susciter les railleries de mes coéquipiers, un repas à base de couscous. Je transvase le contenu de 2 sachets repas dans une bouteille d'eau vide. Il en est en effet prévu qu'au 2ème point de contrôle, les concurrents se verront  remettre 3 litres d'eau (à la place des 1,5 litres habituels). Plutôt que de  transporter la bouteille supplémentaire pendant les 13 km qui séparent le point de contrôle suivant, j'utiliserai  son contenu comme eau de cuisson pour mon repas. J'estime que la chaleur et l'ensoleillement seront suffisants pour permettre la cuisson du couscous, tandis que je courrai. Je  dispose  également  dans ma banane ventrale, c'est-à-dire à portée de main 8 barres de céréales. Avec tout ça, je suis sûre de ne manquer de rien et de parer à toutes les situations.

Le départ est donné à nouveau avec du retard, et s'effectue à 9 h 20 mn. Une équipe de France 3 Normandie Rouen (Abdel Benzaïr et François Verli) est arrivée sur les lieux depuis hier et filme les Haut-Normands durant le briefing de départ. Patrick Bauer, le directeur de course est en colère, et manifeste sa désapprobation à l'encontre de certains concurrents qui selon lui se plaignent de certains désagréments. Si j'approuve globalement son propos qui rappelle que le Marathon des Sables est une course en autosuffisance alimentaire et que les concurrents n'ont pas à exiger un dû quelconque, je regrette néanmoins les dysfonctionnements constatés : les retards systématiques au départ ( l'attente de 40 mn en plein soleil avant le départ de la 2ème étape, quoique  justifié, a obligé les concurrents à une extrême rigueur dans la gestion de leur eau), l'attente de près d'1 h pour la distribution de l'eau à l'arrivée de la 2ème étape, l'absence de tentes à l'arrivée de la 3ème étape, les classements non fiables et fournis toujours avec un grand décalage par rapport à ce qui était annoncé. Toutes ces difficultés ont été expliquées et justifiées par des contretemps rencontrés par l'organisation, et sont donc excusables. J'ai moi-même un peu honte de l'attitude très revendicatrice de certains concurrents.  Après avoir rappelé les grands principes de cette course, Patrick Bauer remercie les participants pour les efforts entrepris pour préserver le site : chaque tente est munie de 2 sacs poubelles que les coureurs rassemblent chaque matin dans un trou creusé à cet effet par les berbères au centre du bivouac, où ils sont brûlés. J'apprécie ces propos qui marquent une grande générosité et un grand respect pour les concurrents.

Coureurs gastronomes

L'épreuve démarre par une traversée de 3,5 km à travers dunes. A l'image de Mds7avr250x169 nombreux concurrents, je vide les chaussures aussitôt ce cap franchi. J'éprouve une bonne sensation de course jusqu'au 1er point de contrôle où je rencontre Jean-Pierre. C'est un coureur de la région parisienne que j'ai croisé sur une course en Normandie deux semaines plus tôt. Nous faisons bientôt route ensemble et nous atteignons ainsi un village juste avant le 2ème point de contrôle. Là, nous sommes arrêtés par les reporters de France 3 Normandie qui nous interviewent  et nous filment. Jean-Pierre court avec un drapeau en bannière où est représentée la photo de son fils et il est tout heureux de le déployer à la vue de la caméra.

Nous avons le même rythme, apprécions réciproquement la présence de l'autre et décidons alors, dans toute la mesure du possible, de faire la course ensemble. Au 2ème point de contrôle, j'imbibe d'eau comme prévu mon couscous afin qu'il cuise jusqu'au point de contrôle suivant, situé 13,5 km plus loin. Nous  longeons un immense lac séché à la terre battue accidentée, sablonneuse ou caillouteuse selon les endroits. La chaleur est intense et le paysage invariable jusqu'au 3ème point de contrôle. Quand je l'atteins, Jean-Pierre est toujours là et le couscous a réellement  absorbé toute l'eau : il est cuit à point ! J'en offre à mon nouveau compagnon de course qui me promet en contrepartie un dessert à la semoule et au chocolat pour le dîner. Nous sommes coureurs et... gastronomes.

Ce 3ème point de contrôle est un véritable lieu de rencontre. Je l'ai atteint en 5 h 06 mn, après 35,5 km de course et j'y croise à ma grande surprise Yves Legendre, de l'équipe normande des Fennecs, qui a des prétentions pour se classer 1er vétéran 3 (catégorie des plus de 60 ans) de cette 14ème édition du Marathon des Sables et qui, sur les  jours précédents, avait toujours une grande avance sur moi. Il y a   également Yves Seri, lui aussi de l'équipe des Fennecs, un garçon d'une grande gentillesse et d'un grand courage. Ses pieds sont dans un état épouvantable, et le font énormément souffrir. Nous nous étions retrouvés à la sortie des dunes au début de l'épreuve à vider nos chaussures en même temps. Et puis Yann, qui arrive tandis que je me soigne deux grosses ampoules. Je les perce, et introduit sous la peau une bonne dose d'éosine qui provoque les picotements attendus et redoutés, et je protège la zone blessée avec des pansements "double peau".

Sens de la pesanteur

Après cette pause régénératrice, nous repartons cette fois à trois, Yann se joignant à Jean-Pierre et moi. J'ai un peu mal aux pieds, là où la chair est à vif, pendant environ 1km. Le terrain est caillouteux et toujours instable, et je sens la douleur quand les pieds basculent sur les pierres. Nous courons doucement, mais nous courons. Le vent souffle, et nous devons lutter contre lui, dans un face à face quasi-permanent. Yann se met tout à coup à marcher, las de fatigue. Je l'encourage à  se remettre à courir, même doucement, mais courir. Il faut impérativement tenir en courant jusqu'à la nuit. C'est le parti que j'ai pris : avancer au maximum avant la fin du jour, car après ce sera totalement l'inconnu, et je ne sais encore comment je réagirai. Yann se glisse alors dans le rythme de nos foulées et nous parvenons ainsi jusqu'au 5ème point de contrôle. Yann est réellement fatigué. Nous voulons repartir très vite, mais Yann tarde. De hautes dunes se profilent, très raides : l'erg Znaïgui se dresse face à nous après 52 km de course. Du haut de la première dune, nous appelons Yann pour qu'il nous rejoigne et Jean-Pierre revient sur ses pas pour le convaincre de faire route avec nous. Le soleil décline et la lumière est dorée à souhait. Nous espérons arriver au 6ème point de contrôle, placé au 63ème km avant la nuit. Alors pour nous, la partie sera peut-être gagnée... En tout cas, le moral est toujours là...

Nous affrontons à trois les hautes dunes de l'erg Znaïgui : de vraies dunes, très hautes et surtout très raides. Yann et Jean-Pierre sont plus à l'aise que moi sur ce terrain et je perds de la distance. Je m'efforce de les suivre, et je crains quelquefois qu'ils ne poursuivent  sans attendre. Je tente de regagner dans les descentes ce que je perds dans les montées, mais je suis malgré tout de plus en plus distancée. Je perds quelques instants confiance en moi-même, tant mes deux compagnons me semblent légers, légers... Je reste accrochée au sol, ayant du mal à m'extirper de ces amas de sable dans lesquels le sens de la pesanteur me devient tout à coup extrêmement concret.

Mds7avrbis250x172 La sortie des dunes, 3 km plus loin, est une véritable bénédiction. J'ai du sable plein les chaussures, mais le moral est reconstitué, ainsi que notre trio avec mes deux compagnons. Nous vidons nos chaussures et sommes rejoints par des enfants marocains sortis d'on ne sait où, qui à leur manière, essaient de nous vendre quelques pierres arrachées au désert. Nous souhaitons toujours arriver avant la nuit au prochain contrôle. Mais celle-ci tombe très vite et nous rattrape malgré nous. Nous distinguons nettement la lumière du point de contrôle qui guide nos foulées ralenties.

Comme des gosses

Nous mettons à profit cette 6ème halte pour finir le couscous et partager le dessert promis. Voilà un sérieux reconstituant pour aborder les derniers 11 km.

Je sais maintenant que nous irons jusqu'au bout, que nous passerons la nuit au bivouac, et cela me rend délicieusement heureuse. J'ai en tête de me laver dès mon arrivée au bivouac, et c'est même mon 2ème but après le souci de terminer l'épreuve. Une infirmière nous signale que nous pouvons prendre de la bétadine à la tente des "Doc"(médecins) pour se faire un bain de pied à notre arrivée. Je me sens très sale. Mes préparations de boisson glucosée ont débordé de mes gourdes sérieusement éprouvées elles aussi, et j'ai du sucre collé sur les mains, les bras, les jambes...

Nous nous remettons en route. Nous essayons de courir, mais la lumière de nos lampes est insuffisante pour bien nous éclairer et éviter les cailloux, dans lesquels nous butons sans cesse. Nous risquons de chuter à tout moment et peut-être de nous blesser sérieusement. Nous décidons alors d'adopter plutôt un rythme de marche rapide, afin d'éviter une entorse ou autre blessure qui pourrait mettre fin définitivement à notre Marathon des Sables. Trop heureux d'être arrivés là, nous ne supportons pas l'idée de compromettre la suite de l'épreuve. Nous devisons beaucoup tout en marchant. Yann est avec nous, mais perd peu à peu de la distance. Les balises lumineuses qui doivent nous servir de repères sont à peine visibles, et Jean-Pierre les aperçoit toujours bien avant moi.

Nous finissons par discerner les lumières du bivouac, et je ne peux m'empêcher d'exprimer ma joie tout en sachant que plusieurs kilomètres nous séparent encore de l'arrivée. Le terrain semble moins hasardeux et je sens renaître une force insoupçonnée. Je propose à Jean-Pierre de se remettre à courir. J'ai alors le sentiment de voler au-dessus des cailloux. La fatigue est reléguée en arrière-plan, et seule compte la lumière qui se rapproche, se rapproche. Nos derniers kilomètres de cette grande épreuve sont pleins d'allégresse. Nous nous faisons une arrivée joyeuse, joyeuse... Et passons sous la banderole d'arrivée  en riant  comme des gosses, comme si nous venions de faire une bonne farce. Nous sommes remplis du bonheur d'avoir terminé si bellement. Alain m'avait dit ce matin : "Si tu fais 12h, ce sera bien".

Moment difficile

12 h 38 mn pour cette longue étape. Alors je savoure le bonheur d'être là, celui de Jean-Pierre aussi, qui l'an dernier avait mis plus de 16 h pour en finir. Nous attendons  pour accueillir Yann qui arrive 1/4 h plus tard et nous dit merci. Tout est merveilleux pour chacun, et pour nous trois.

Je ne sens nullement la fatigue. Je prends la bétadine diluée à la tente des "Doc". Je me fais un bain de pieds et me lave tout le corps, tranquillement, comme un rituel que je m'étais promis. Je plonge "propre" dans mon duvet, m'empare de mes boules "Quiès", avale mes granules homéopathiques de Persiflora et prépare ma nuit.

Pascal, Alain et Eric sont sous la tente. Eric me dit que la journée s'est bien passée pour lui, mais pas pour Alain. Je crains le pire et  demande s'il a dû abandonner. Il me dit qu'il a eu un moment difficile au 40ème km. Eric termine l'étape en 9h52mn et Alain en 10h20mn. Bon, alors, tout va bien. Alain se retourne dans son duvet et doucement, je lui demande  si ça va bien. Il me répond  dans un souffle léger, plongé dans un demi-sommeil.

Je suis sereine et m'endors.

Kilomètres parcourus ce jour : 74

Kilomètres parcourus depuis le départ : 173,5

07 mai 2006 dans Marathon des Sables 1999 | Lien permanent | Commentaires (0)

Marathon des Sables 1999 : journée de repos à Erg Chebbi

Jeudi 8 avril 1999. Aujourd'hui, je n'ai pas envie de sortir de mon duvet. Nous nous réveillons plus tardivement qu'à l'habitude. Je reste allongée longtemps éveillée dans mon duvet, c'est un doux matin.

Le lieu où nous sommes installés me ramène deux ans en arrière. J'avais frôlé les dunes de l'Erg Chebbi, et dormi à leurs portes dans un hôtel tenu par des Bretons tombés amoureux du site.

Franche générosité

Nous ne sommes toujours que cinq sous la tente, et pensons fortement aux autres. Cyril est le premier à faire son apparition, vers 11 h 30, et nous raconte ses difficultés, et Gilles manque encore à l'appel à midi. 

Les concurrents continuent à arriver durant toute la journée, certains très abîmés. L'étape a été très sélective, et plus la journée avance, plus le bivouac ressemble à un camp de blessés. Le spectacle est hallucinant et désarmant. Certains ont des brûlures dues au soleil, mais la plupart ont les pieds bandés, complètement enveloppés. Ils avancent à grand peine et on voit, à les regarder, que chaque pas leur coûte de gros efforts. Ils sont tous extrêmement courageux.

J'apprends avec plus de détail comment mes deux coéquipiers ont vécu l'étape de la veille. Ils ont fait route ensemble très longtemps, mais Alain n'a rien pu avaler de la journée, si bien qu'il a eu du mal  à trouver les ressources pour courir. Il fait le bilan des 4 étapes passées, et sait maintenant qu'il n'atteindra pas ses objectifs : finir dans les 50 premiers. Positionné 103ème à l'issue des 3 premières étapes au classement général, il risque d'avoir rétrogradé après la grande étape. Eric, quant à lui, se rapproche doucement et chaque jour un peu plus de du but qu'il s'était assigné, à savoir terminer dans les 100 premiers. Sa 91ème place sur l'étape d'hier doit lui faire remonter le classement général où il était compté 137ème après 3 étapes.

Mds8avr250x168 Eric est en passe de rattraper  Alain et  les deux frères s'amusent à ce jeu, sans que jamais aucun ressentiment ne vienne ternir leurs relations. Mes deux coéquipiers s'entendent très bien et sont d'une extrême gentillesse. Dès que j'avais annoncé à Alain, au mois d'octobre précédent, de participer au Marathon des Sables, il m'avait immédiatement proposé de faire partie de son équipe. Cela m'avait paru  très irréel qu'il m'accepte ainsi, sans s'enquérir plus avant de mes potentialités. Nous nous connaissions finalement assez peu. Nous avions eu  de rares occasions de nous retrouver sur les mêmes  routes. Je lui avais raconté mes expériences en 100 km, et lui parlait de la grande Course de la Réunion et de l'Egypte. Nous avions eu des approches différentes du monde de l'ultra-marathon. Je suis toujours restée étonnée de cette franche générosité.

Ainsi sont mes deux coéquipiers, et aucune perturbation ne viendra altérer une relation très simple et très lisse entre eux. Notre équipe fonctionne très bien, sans aucun problème, ni anicroche. Ils me laissent mener ma course, avec juste quelques conseils toujours donnés au bon moment. Les encouragements d'Alain à mon égard pour les 2ème et 4ème étapes m'ont été précieux et profitables. Ils testent  mes réactions ou mon humour sur quelques plaisanteries ou "jokes", comme les nomment Alain. Nous sommes solidaires dans le respect des autres. C'est une situation qui me convient bien.

Journée à bavarder

Pour nous, c'est une journée d'attente et de repos, comme un temps suspendu dans l'immensité du désert et l'activité des jours précédents, d'autant que l'absence de vent Mds8avrbis250x167 rend toutes choses immobiles. C'est aussi un jour exceptionnel, car Alain  a passé la veille le cap de 1 000 km cumulés de course dans le désert  et comme je le lui avais promis, je lui ai apporté pour cette occasion une petite fiole de vin de noix "fabrication maison" pour saluer l'événement. Nous partageons à trois les 120 cl de ce doux breuvage qui nous change de notre boisson quotidienne : l'eau Sidi Ali.

Nous recevons la visite de France 3 Normandie l'après-midi, et François Verli le journaliste, nous explique le montage qu'il a réalisé des images de la veille et qui sera diffusé le soir même pendant le journal télévisé régional. Nous sommes forcément émus à l'idée que nos proches pourront ainsi visionner les images du Marathon des Sables. Accompagné du cameraman Abdel Benzaïr, il poursuit son reportage sur les Normands (Vikings et Fennecs) présents à la 14ème édition du Marathon des Sables : le matin, quand nous allumons le feu, l'après-midi, pendant un moment de repos voué à la lecture ou à la somnolence, et le soir, tandis que nous préparons notre repas.

Nous avons décidé dès le matin d'aller faire ensemble des photos dans les dunes toutes proches de l'erg Chebbi. Nous nous familiarisons facilement de leur présence, qui est suffisamment  légère pour ne pas être gênante. Il est question également qu'un membre de l'équipe des Vikings soit dépositaire d'une caméra portable qu'ils nous prêteraient, afin de se filmer durant l'une des étapes restantes. Nous soupesons les uns après les autres la caméra, mais celle-ci apparaît trop lourde (au moins 1,5 kg) pour être portée à bout de bras durant toute l'étape du marathon du lendemain, d'autant que le parcours s'annonce particulièrement difficile avec un long trajet dans les dunes de l'erg Chebbi, réputées les plus hautes du Maroc, culminant à 900 mètres.

Nous passons ainsi une grande partie de la journée à bavarder. Le centre de nos conversations tournent autour des étapes passées ou à venir, que nous commentons abondamment, y mêlant nos impressions, sensations, doutes ou craintes.

Mes pieds ont été à l'air toute la journée, ce qui a permis à mes blessures de bien sécher. Toutefois, et contrairement aux jours précédents, mes pieds sont extrêmement gonflés et me font sérieusement douter pour l'épreuve marathon du lendemain. Quand j'enfile mes chaussures en fin d'après-midi pour aller marcher dans les dunes prendre quelques clichés, mes pieds se trouvent pris comme dans un étau. J'ai peine à avancer, ce qui redouble mes craintes pour le lendemain. Nous marchons un long moment dans les dunettes qui bordent l'erg Chebbi, avant d'atteindre les plus hautes dunes. Nous prenons en même temps la mesure  de la difficulté de l'étape du lendemain.

Kilomètres parcourus ce jour : 0

Kilomètres parcourus depuis le départ : 173,5

07 mai 2006 dans Marathon des Sables 1999 | Lien permanent | Commentaires (0)

Marathon des Sables 1999 : Erg Chebbi – Bou Tchrafine (5ème étape : 42 Km)

Vendredi 9 avril 1999. Mon premier souci au réveil est de vérifier l'état de mes pieds. Je les agite doucement du fond de mon duvet et perçoit immédiatement qu'ils sont nettement plus agiles que la veille. Me voici rassurée, au moins sur ce point-là.

Grande vigilance

L'étape du jour est particulièrement ardue. Elle débute avec 15 km de dunes, autrement dit un vrai calvaire. Nous sommes en train de préparer le feu quand France 3 Normandie réapparaît. Nous revoyons Abdel et François peu avant le départ de l'épreuve, aux abords des dunes où nous leur expliquons la manière dont nous comptons aborder l'étape du jour. Les dunes de l'erg Chebbi qui semblent toutes Mds9avr168x250 proches sont distantes d'environ 3 km du départ de l'étape et sont précédées de dunettes. Comme dans toutes les portions de sable, les balises sont absentes, et il faut se repérer à la boussole pour bien suivre le cap indiqué et éviter de dévier de la trajectoire prévue. Abdel et François (France 3 Normandie Rouen) souhaitent prendre des vues des concurrents normands et nous indiquent la dune au sommet de laquelle ils envisagent de se positionner pour  filmer les Fennecs et les Vikings pendant l'effort.

Les coureurs redoutent cette étape très difficile qui présente un dénivelé cumulé important compte tenu de la hauteur des dunes et de leur nombre. De plus, l'effort à produire dans le sable est important car le pied glisse et ne trouve pas d'appui stable. Pour ma part, je crains fortement le sable, et j'envisage même à un certain moment de courir directement en chaussettes. Mes coéquipiers essaient de m'en dissuader, argumentant sur l'importance de la chaussure qui est plus adhérente et a donc plus de prise au sol. J'hésite longtemps, et comme à l'habitude me range à leurs connaissances et à leur sagesse.

Je démarre cette étape en douceur, et très vite, je me trouve en compagnie de Yann. Le choix de la trajectoire est délicat : le mieux est de repérer à l'avance les endroits Mds9avrbis250x166 où le sable est le plus dur, afin de trouver les appuis les plus performants ; et en même temps, il faut veiller à choisir les dunes qui éviteront des montées et des descentes trop raides. Ce double exercice exige une grande vigilance, et n'est pas toujours suivi de l'effet escompté. Malgré tout, j'apprends au fur et à mesure de ma progression et je navigue de mieux en mieux, empruntant les endroits les plus appropriés pour ne pas trop m'enfoncer dans le sable. Le rythme est forcément réduit, les montées se font à toutes petites foulées ou même en marchant, et les descentes permettent de récupérer partiellement une foulée plus rapide. Je suis extrêmement concentrée sur ce parcours et mon regard attiré inexorablement vers le sol. De dunes en dunes, le paysage ne s'ouvre que sur les dunes suivantes.

Foulée rasante

Le 1er point de contrôle est profondément caché dans les dunes, et la moindre déviation de trajectoire présente le risque de passer à côté. J'y retrouve Yves Seri, en grande souffrance à cause de ses pieds blessés, mais bien décidé à aller au bout. Nous faisons un bout de chemin ensemble et je m'étonne et admire son courage. Sa foulée rasante et douloureuse est entraînée par un  moral qui ne faiblit pas.

Mds9avrter172x250 Brutalement, les dunes laissent place à un plateau caillouteux où  apparaissent plantées là quelques habitations. Je suis prise d'une émotion soudaine, en proie au souvenir de paysages similaires vus 2 années plus tôt, dans des conditions bien différentes. Je n'ai pas le temps de me laisser emporter par mes larmes, que j'aperçois François et Abdel. L'instant de vider mes chaussures, je leur livre mes impressions. J'ai pendant cette traversée de dunes appris à mieux poser le pied et gagné en efficacité. J'ai expérimenté une technique, qui consiste à prendre appui plutôt sur l'arrière du pied et qui s'est avérée bénéfique en limitant l'intrusion du sable dans les chaussures que je n'ai dû vider  que 5 fois, alors que j'avais imaginé le faire beaucoup plus souvent, et j'en éprouve une grande satisfaction.

Cela me redonne de l'énergie durant les 11 km suivants, durant lesquels je trotte agréablement en compagnie de Yann, à travers un plateau caillouteux. Je sens ensuite mes forces diminuer. Je recherche en vain  un rythme régulier, et faute d'y parvenir, j'alterne marche et course. Je me désespère de cette situation dont je ne parviens pas à sortir. Pour la première fois depuis le début de ce Marathon des Sables, le plaisir de courir me fait défaut, et atteint sérieusement mon moral. J'ai hâte d'en finir et aspire au seul repos du bivouac. Pour autant, jamais l'idée d'abandonner ne me traverse l'esprit. Je sais que j'irai au bout, même dans ces conditions.

Force magique

Je suis rattrapée par un concurrent qui m'encourage et avec qui je fais route un moment. Rien ne me distrait de l'effort que je dois assurer, et tout alors me devient indifférent. La fin d'étape m'est particulièrement désagréable. Le terrain est constitué d'éboulis, de grosses pierrailles très sombres, presque noires.  Nous franchissons une succession de reliefs cahotiques, derrière lesquels se cache forcément le bivouac. Habituée sur les étapes précédentes à le repérer au loin, je m'attends après chaque relief à l'apercevoir. Mais toujours, une autre barrière de cailloux se profile, identique à la précédente. Environ 3 km avant l'arrivée, je rencontre une voiture de l'organisation stationnée en plein désert. Un concurrent est allongé au sol, inerte et visiblement très mal en point. Mon regard s'échappe vite de cette image qui m'accompagne et renforce mon propre mal-être du moment.

Enfin, j'aperçois la banderole d'arrivée de l'étape et soudainement, à la vision de cette délivrance prochaine, une force magique me propulse en avant. Les errements de mon moral précédemment affaibli n'ont plus prise, et c'est dans une course folle et légère que je franchis le terme de cette 5ème étape. Ce finish heureux, sous l'oeil de la caméra de France 3 Normandie Rouen,  me libère de toutes les tensions accumulées.

6 h 13 mn au total. Miraculeusement, je me retrouve au classement général presque en même position qu'à l'issue de la 3ème étape, 255ème.

Je voudrais bien avoir gratté quelques places au classement féminin. Classée 23ème après la 3ème étape, j'étais remontée 20ème après la 4ème.

Kilomètres parcourus ce jour : 42

Kilomètres parcourus depuis le départ : 215,5

07 mai 2006 dans Marathon des Sables 1999 | Lien permanent | Commentaires (0)

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