Ultra-au-féminin

L'été rêvé 2006


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  •  Photos étapes 21 à 36 (Bretagne "Manche")
  •  Photos étapes 37 à 57 (Bretagne "Atlantique")
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Trail de la côte d'Opale

De caps en caps…d’une année à l’autre

27 juin 2006 – Au soir de la 2ème étape de mon périple sur le littoral français qui m’a fait longer la côte d’Opale de Oye-Plage à Ambleteuse, je titre mon compte-rendu du jour « Sous la pluie, tous les caps sont gris ».

21 octobre 2007 - Quelque 16 mois plus tard, je retrouve le même décor, mais sous un angle quelque peu différent.

D’abord, les conditions météo ne sont pas les mêmes et les saisons semblent avoir été inversées. Pluie et fraîcheur en juin, soleil resplendissant et chaleur diurne en octobre.

Sur le trail de la côte d’Opale, le trajet va rentrer beaucoup plus dans les terres, et si la mer restera toujours à ma droite, je garderai le plus souvent une distance respectable avec elle.

Je viens là un peu en reconnaissance, animée peut-être du désir de renouveler une partie de l’expérience avec le même sentiment de liberté, dans des paysages que j’avais su apprécier.  C’est pourquoi j’aborde cette course sans aucun esprit de compétition ni objectif chronométrique, même si de fait j’ai une petite idée du temps que je pourrais réaliser pour aborder les 50 km et 800m de D+ annoncés.

Sans esprit de compétition ? Et pour preuve, s’il en fallait une :

«  - Madame, vous n’avez pas de puce ?

- ????????????????

Après un instant d’hésitation :

- ben… euh... non »

Tout d’un coup, je réalise et me souviens avoir lu dans le règlement parcouru la veille au soir dans la petite chambre d’hôtel réservée pour l’occasion et remis avec l’ensemble du paquetage lors du retrait du dossard qu’il était question d’une puce à accrocher à sa chaussure !

Autant dire que la puce ne m’a pas démangée une seule seconde durant toute la course. Inutile donc d’aller chercher mon classement dans les résultats de la course, puisque du fait de cet oubli, mon nom n’apparaît pas. Je n’en tire ni chagrin, ni amertume, ni regret. Au mieux, je « ris sous cap(e)» de cet oubli qui ressemble fort à un bel acte manqué.

Je ris de cette belle journée ensoleillée que l’automne généreux mais bien présent a laissé filtrer.

Le trail de la côte d’Opale offre deux options : l’une de 29 km, l’autre de 50 km, avec chacune le même point de départ au pied du cap Blanc Nez. Les quelque 1100 concurrents  (respectivement 800 et 300 sur chacune des deux courses) se retrouvent là après voir fait le trajet depuis la ville de Marquise, lieu d’arrivée dont la place centrale est occupée par un véritable village de course, et passage obligé la veille pour y récupérer son dossard et sa…puce. La logistique mise en place et l’animation qui y règne témoignent d’une organisation quasi-professionnelle et de moyens certains, surprenants pour une première édition d’une course tout de même locale. Rassembler plus de 1000 participants pour une course inédite n’est pas à la portée de n’importe quel organisateur et la communication dont a bénéficié l’événement n’y est pas pour rien.

Depuis Marquise, des bus sont affrétés le matin de la course pour permettre aux concurrents de rejoindre le départ. Deux horaires différents sont proposés à chacun : 7h ou 8h. Nous sommes nombreux à avoir choisi le deuxième horaire. La température qui durant la nuit est descendue au-dessous de 0°C,  tarde au petit matin à reprendre de la hauteur. Gants et bonnets ou buffs sont de rigueur. J’essaie de repérer mais en vain un visage ou une silhouette connus parmi les groupes trépignant sur place pour se réchauffer en attendant les dernières navettes qui arriveront avec vingt bonnes minutes de retard. Les bus déversent moins d’une demi-heure plus tard leur flot de coureurs au milieu du village d’Escalles, à environ 1 km du lieu réel de départ. J’emprunte alors la petite route qui descend du village vers la plage. J’y croise deux dames rencontrées la veille au restaurant de l’hôtel qui pour la première fois enfilent un dossard. Deux personnes au tempérament complémentaire : la plus jeune, volontaire, offensive et optimiste, la seconde plus prudente et moins sûre de ses capacités à finir ce premier trail (le 29 km), en mal de questionnements et conseils. Son regard la veille au soir parcourait la salle, quêtant encouragements et approbations à son initiative. Je lui renouvelle les derniers conseils de prudence au départ, sans savoir aujourd’hui si elle a pu finir sa course dans de bonnes conditions.

La journée s’annonce belle

La ligne de départ se situe sur la plage et les caprices de la marée juste descendante ont nécessité de reculer l’horaire initial d’un quart d’heure afin que les concurrents ne se retrouvent pas les pieds dans l’eau. Pour ses prochaines éditions, ce trail devra jouer avec les contraintes de la marée s’il veut maintenir les mêmes horaires de départ. Je ne sais si c’est la raison du changement de date annoncé pour 2008, à savoir le 14 septembre.   

Deux options se présentent pour parcourir les 300 m au-delà de l’accès à la plage via un escalier étroit et glissant sur les dernières marches, et rejoindre le rassemblement des coureurs qui se forme : par le haut de la plage sur des galets instables et humides ou plus bas sur le sable où quelques filières d’eau de mer subsistent encore, qu’il faut franchir à grandes enjambées à moins de vouloir immédiatement noyer les chaussures. J’ai choisi celle « au plus près de la mer », zigzaguant comme bon nombre des concurrents au gré des coulées d’eau pour rechercher l’itinéraire le moins…sportif.

Je ne regrette pas ma polaire ni mon buff qui me protègent encore de la fraîcheur matinale alors que le soleil commence à réchauffer l’atmosphère.

Je n’ai besoin de piétiner que quelques minutes avant que le signal de départ soit donné et que le flot des coureurs commence déjà à s’étirer, autant d’ailleurs en longueur qu’en largeur, chacun recherchant l’option la plus efficace pour reprendre l’escalier au plus vite en évitant au maximum les pièges d’eau ou de galets, et échapper au premier goulot d’étranglement…inévitable, excepté pour les tout premiers. S’ensuit un large chemin herbeux et très pentu pour rejoindre l’obélisque érigée quelque 140 m plus haut, qui permet d’étirer la masse des concurrents dont la plupart économisent leurs forces en marchant. Là-haut, les photographes s’en donnent à cœur joie, et j’aperçois bientôt le mien en grande conversation avec un coureur qui n’est autre que l’ami Thierry qui repart avant que je n’arrive à leur hauteur. Je le retrouve quelques mètres plus loin, à la faveur d’un arrêt pour revêtir une tenue plus légère. Cette première ascension a au moins eu le mérite de nous faire gagner une température corporelle confortable, et l’on sent déjà sérieusement que la froideur du matin va vite se transformer en souvenir. Je dépasse Thierry, lui promettant qu’il me rattrapera quand j’estimerai le moment venu pour moi de troquer le collant long et la polaire contre short et maillot manches courtes… UFO, cela va sans dire. J’attends pour cela que la montée soit totalement terminée.  Je n’ai besoin que de quelques centaines de mètres pour parvenir au plus haut point et…au deuxième goulot d’étranglement formé au niveau d’une chicane donnant accès à un chemin. Plutôt que d’aller me faire écraser immédiatement par les coureurs impatients de franchir cette frontière, je m’écarte sur le côté et me livre au changement de tenue vestimentaire. Ma manière d’opérer me vaudra les sobriquets de quelqu’une qui passait par là, qui croyant que j’enlève ma polaire par le bas, ne se doute pas que je l’utilise à l’occasion  pour ne pas dévoiler la couleur secrète de mes sous-vêtements une fois le collant enlevé et le short non encore enfilé !

Malgré cette pause, les coureurs sont loin d’être tous passés et je vais une nouvelle fois jouer un peu des coudes pour dépasser cette barrière en compagnie de Thierry qui m’a rejointe. La course va pouvoir réellement commencer. Nous allons parcourir une dizaine de kilomètres de concert sur les hauteurs à travers les collines qui ondulent, le plus souvent sur des chemins agricoles assez larges qui permettent si besoin de doubler, avec toujours sur la droite le panorama ouvert sur la mer du Nord. Notre conversation est essentiellement tournée sur nos sorties respectives de course à pied depuis notre dernière rencontre autour de Cherbourg lors de mon périple littoral de l’été 2006 et sur les toutes récentes performances des Ufos au grand raid de la Réunion. Nous conservons un rythme semblable et confortable sans se mettre dans le rouge tout en dépassant régulièrement quelques concurrents. L’alternance de sentiers et parties courtes bitumées, de montées et descentes sous le soleil rend le parcours agréable et varié. Thierry prend le plus souvent les devants quand il s’agit de doubler, et j’adopte son allure sans effort particulier, décidée à me maintenir le plus possible à sa hauteur et à ne pas le perdre de vue. Alors qu’il me devance de quelques mètres dans un chemin bordé de haies, je le vois s’arrêter afin de vérifier un problème au niveau de ses chaussures. Je poursuis sachant qu’il va pouvoir me rejoindre rapidement, une fois son problème réglé. A la faveur d’une nouvelle montée, je franchis le mont de Couple (163 m) sous les huées de vététistes hurlant qui ont déposé les vélos pour encourager bruyamment les coureurs à grimper le raidillon final. Leurs cris cadencent mon avancée et rythment mes foulées martelées par leur déferlement sonore. L’ascension du Mont de Couple est pour les traileurs de la côte d’Opale ce qu’est la montée de l’Alpe d’Huez pour les coureurs du Tour : sous les vivats et les encouragements.   

Je me laisse guider par le flot des coureurs, la présence du balisage me signalant lors de mon passage que nous suivons l’itinéraire prévu, jusqu’à ce que le groupe que je suis s’interrompe brutalement. Du regard, nous cherchons tous vainement les bouts de rubalise qui pourraient nous rassurer. Après un premier retour en arrière, nous revenons sur nos pas pour finalement rebrousser chemin une nouvelle fois jusqu’à une intersection de chemins où nous aurions dû bifurquer à droite. Je compte sur cet incident pour que mon compagnon du début de course puisse me rattraper.

Un trail peut en cacher un autre

Le premier ravitaillement situé au km 18 à Audembert se profile. Je recharge rapidement ma poche à eau, engouffre quelques biscuits et verres de coca. Peu après, les coureurs des 29 et 50 km se séparent, les premiers poursuivant sur la route et les seconds empruntant un chemin agricole. Brutalement, je me retrouve vraiment seule apercevant de loin en loin quelques coureurs tout aussi isolés. Le parcours devient alors plus monotone, serpentant entre les champs si ce n’est que par deux fois nous longerons la plage. La première incursion d’environ 2,5 km permet de profiter d’un sable dur offert par un large estran amplement découvert. Chacun navigue à sa guise dans ce vaste espace ouvert. Sans doute sera-ce là l’un de mes moments favoris sur cette course, qu’aucune nostalgie ne viendra altérer, me laissant simplement bercer par l’instant présent. Mais plus encore, la deuxième portion sur la plage après le passage du deuxième ravitaillement au km 33 me ravira. Là, sur un peu plus d’1 km, il faut jouer sur les rochers glissants, chercher et anticiper ses appuis. Sur une si courte distance, ce n’est qu’amusement, bien qu’à en juger par certains commentaires échappés de la bouche de quelques concurrents sur cette partie, cet avis ne soit pas partagé par tous. Pour moi, c’est une véritable partie de plaisir, nourri des souvenirs que m’évoque le front de mer à Ambleteuse (terme de la 2ème étape de mon périple littoral). Effet garanti pour le moral qui semble décuplé à ce moment et auquel le physique semble répondre parfaitement. Cet élan de bonheur me fait passer les kilomètres suivants presque sans m’en apercevoir, jusqu’à ce que qu’une silhouette attire mon regard. J’ai la surprise de rattraper Thierry dont je ne savais plus s’il était devant ou derrière. La seule explication plausible est qu’il a dû passer devant à la faveur de mon erreur d’aiguillage. Il se débat avec des soucis intestinaux qui ont assombri son humeur et fermé son visage autant que son débit vocal. Il reprendra bientôt ma roue, et nous finirons tranquillement, en adaptant mes foulées aux siennes, grimpant ensemble les 3 km qui mènent au village de Bazinghen puis parcourant les 5 km finaux jusqu’à Marquise, essentiellement sur bitume et petites routes. Le charme des 18 premiers kilomètres de course très escarpés a totalement disparu et l’on a l’impression d’avoir changé de nature de course sur les 2/3 restants.

Le soleil radieux et le temps exceptionnel de ce 21 octobre ont donné à ce trail un goût heureux et parfumé qu’une météorologie moins clémente pourrait sans doute entacher et ternir d’autant que ses qualités (organisation, logistique, balisage) rivalisent avec ses défauts (parcours irrégulier avec les 2/3 du dénivelé sur le premier 1/3 de la course, goulots d’étranglement, longues portions de routes).   

Thierry et moi avons finalement réalisé le chrono que nous avions secrètement escompté (6h) en franchissant la ligne ensemble en 6h 01mn 15s.

D’une année à l’autre, rien n’a réellement changé J’ai effectué ce parcours avec la même lucidité calme, et la même patience que toutes les étapes de mon périple littoral, en humant le plaisir d’avancer sans difficulté et de simplement profiter du moment présent et offert comme un divin cadeau.   

27 janvier 2008 dans Littoral Français en Courant 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Du nouveau à la SNSM

La Société Nationale des Sauveteurs en Mer (SNSM) à laquelle j’avais dédié mon « littoral français en courant » adopte une nouvelle lettre d’information Téléchargement lettre_dinformation_snsm_mars_07.pdf dont le premier numéro est paru en mars 2007. C’est l’occasion de se tenir au courant de manière régulière de la vie de l’association, de ses stations et de ses Centres de formation, des projets à venir,… Elle y publie également les statistiques de sauvetage du mois.

Sans ses membres associés, bienfaiteurs et donateurs, les Sauveteurs en Mer ne pourraient accomplir leurs missions puisque les subventions publiques ne couvrent que le tiers de leur budget. C’est pourquoi les stations multiplient les initiatives de toute sorte (vente d’objets et de vêtements à l’effigie de la SNSM, organisation de tombolas ou de soirées à  thèmes,…) pour recueillir les fonds dont elles ont besoin. Outre leur fonctionnement courant (local, gazole,…), chaque station se doit de renouveler son canot environ tous les 20 ans. Un canot tout temps coûte quelque…700 000 euros. Si les collectivités locales contribuent à soulager financièrement les stations dans cet investissement, les subventions n’y suffisent pas. Aujourd’hui, c’est la station SNSM du Havre en Seine-Maritime qui doit procéder à l’acquisition d’une nouvelle vedette de sauvetage (vedette de 1ère classe de nouvelle génération).
En vue de compléter le financement lié à cet achat, une soirée cinéma est organisée à 20 h le vendredi 13 avril 2007 au Théâtre de l'Hôtel de Ville (730 places disponibles) mis gracieusement à disposition par la Ville du Havre. Il y sera projeté le film d'Y. Bourgeois "Le secret des déferlantes", 3ème volet des recherches sur le naufrage de Lapérouse à Vanikoro. Le film comporte des images inédites et sera diffusé en haute définition sur grand écran. L'amiral Lagane, président national de la SNSM et M. Rufenacht, maire de la Ville du Havre, seront présents. La réussite de cette soirée repose bien évidemment sur la présence nombreuse des sympathisants du sauvetage.

Tarif : 8 € pour les adultes, 5 € pour les enfants (moins de 14 ans). Les places sont à retirer les mardi 10, mercredi 11, jeudi 12 (de 14 à 18h) et vendredi 13 avril (de 14 à 20h) dans le hall du Théâtre de l'Hôtel de Ville.

31 mars 2007 dans Littoral Français en Courant 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Dernière interview

Ufomag37134x189_3Trois jours après mon retour à Rouen, soit le 5 octobre 2006, je recevais Philippe Billard, rédacteur en chef d’Ultrafondus magazine qui me questionna durant tout un après-midi sur mon périple estival. Parmi les nombreuses interviews que j’ai accordées, celle-ci fut sans conteste la plus longue et la plus centrée sur les questions relatives à la pratique de l’ultrafond. Et pour cause, le magazine Ultrafondus et le site www.ultrafondus.fr auquel il est lié ne traitent exclusivement que de ce sujet-passion. Vous trouverez, à travers l’article paru dans le n° 37 d’Ultrafondus magazine daté de novembre/décembre 2006, ce que ce journaliste lui-même passionné et pratiquant de l'ultra, retint de notre longue conversation : Téléchargement interview_ultrafondus.pdf

31 mars 2007 dans Littoral Français en Courant 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Ma perception du littoral français

Mon voyage inédit sur le littoral français (97 jours en courant du 25 juin au 29 septembre 2006) a constitué une expérience exceptionnelle et superbement enrichissante. Les conditions de ce périple furent quasi idéales. J’ai eu la chance incroyable et inespérée d’être accompagnée durant les 14 semaines de mon avancée par celui qui partage ma vie depuis de nombreuses années, et qui s‘est investi totalement dans ce projet qui n’était plus le mien, mais est devenu très vite le nôtre. Nos rôles étaient parfaitement délimités et complémentaires. J’avais pour « tâche » et plaisir de courir tandis que lui s’occupait de toutes les fonctions connexes qui devaient me faciliter l’existence. Il a assuré avec merveille et talent ce que je n’aurais pu attendre d’aussi réussi de la part de quelqu’un d’autre. Il m’a dégagé de tout souci d’intendance, m’a accordé la plus grande confiance sans émettre aucun jugement. J’étais libre de faire et d’agir sous son œil bienveillant et hautement complice. Il a donné à mon projet l’envergure et la qualité que seule je n’aurais pu apporter. Chacun à notre façon, nous nous sommes investis dans «le littoral en courant » qui restera pour moi un concentré de bonheur. 

Le littoral français en courant, ce fut un chemin qui aurait pu être fait de multiples66arrive_de_la_16me_tape_sur_la_plage_de  embûches, mais qui s’est révélé au contraire source d’enrichissements multiples. J’y ai d’abord découvert les innombrables facettes des côtes françaises, mais j’y ai aussi puisé du point de vue de la course à pied une mine d’enseignements qui a enrichi à jamais ma connaissance et ma pratique de coureuse d’ultrafond.

Je me limiterai ici à évoquer les différents visages du littoral tels qu’ils me sont apparus, les étonnements et les surprises que ce voyage a suscités, et les questions sur lesquelles je m’interroge encore aujourd’hui. Les enseignements que j’en ai tirés en tant que coureuse d’ultrafond font l’objet d’une autre note.

De Dunkerque à Hendaye, puis de Cerbère à Menton, les côtes françaises ont défilé presque trop rapidement. Ce périple que l’on pouvait craindre immodérément lent s’est avéré extraordinairement mouvant, fuyant sous les semelles. Le fait même d’un voyage ininterrompu et permanent procure une incroyable sensation de rapidité. Si pourtant le rythme des mes foulées n’avait rien de spectaculaire, le mouvement permanent fait que chaque nouveau pas modifie sensiblement le paysage environnant qui se dérobe et se découvre alors sous un angle légèrement transformé. Ce qui est vu une fois ne l’est pas deux. L’avancée perpétuelle génère et accompagne le sentiment frustrant de l’irréversibilité de cette fuite en avant, accompagné parfois de regrets pour cette impression d‘éphémère que rien n’arrête, en laissant derrière soi une singularité unique. Une multitude d’instants et d’images fugaces qu’il est difficile de toutes retenir et dont certaines s’impriment plus fortement que d’autres.

Un trait de côte fluctuant

Ce que j’ai perçu du littoral français s’arrête à un trait de côte extrêmement étroit. Des plages où je courais, le champ visuel se limitait au ruban de sable qui s’étend parfois à perte d’horizon ou qui peut être interrompu par un quelconque obstacle naturel (cap, promontoire,…), avec l’immensité de la mer à droite et les barrières dunaires sur la gauche. Sur les sentiers littoraux en surplomb, c’est le dessin des échancrures de la côte qui composait mon principal paysage avec celui des flots en contrebas. Un regard toujours projeté vers l’avant et ouvert sur l’océan, limité vers l’intérieur des terres, exception faite des incursions que les aléas de mon cheminement m’ont imposées.

Le rivage n’est pas une ligne franchement délimitée.  Entre la terre et la mer, les frontières sont imprécises, floues, mouvantes et mobiles, avec un jeu perpétuel de va-et-vient de l’eau, que l’amplitude des marées accentue.

La largeur de l’estran est sans commune mesure d’une région à l’autre. D’une2plage_de_braydunes_59250x168  ampleur généreuse, voire à perte de vue au Nord et dans la Manche, l’estran s’étiole considérablement ailleurs jusqu’à devenir quasi inexistant en Méditerranée. Les estrans dont la profondeur peut dépasser le kilomètre, se noient dans l’horizon et produisent parfois à même le sable une végétation qui rend cette délimitation encore plus incertaine et improbable comme sur les plages du Nord ou du platier d’Oye. Cet  effet de confusion entre le maritime et le terrestre s’accentue dans les baies profondes des estuaires (mollières de la Somme, herbus de la baie du Mont Saint-Michel et autres prés salés), ainsi qu’au niveau des abers, des anses, des deltas. Sur le littoral aquitain, le phénomène des baïnes entraînent la création et le déplacement perpétuel de poches d’eau de mer qui modifient à chaque marée la physionomie de la plage. Avec la présence des étangs sur la côte languedocienne, l’imbrication entre terre et eau devient extrême.

La protection des espaces semi-maritimes, marais, polders, à l’aide de digues contre l’effet envahissant voire dévastateur de la mer, ne suffit pas toujours à tracer une frontière nette entre terre et eau. La digue protectrice correspond à l’ultime limite que la mer est empêchée de franchir, comme celle édifiée pour isoler le marais de Sébastopol à Noirmoutier. De même les enrochements tant sur le littoral atlantique qu’en Méditerranée constituent la dernière barrière sur laquelle vient buter la mer à marée haute.

Le trait de côte est de plus en plus repoussé vers l’intérieur des terres, comme l’attestent l’éboulement des falaises de craie du Pays de Caux ou du Pays de Retz, et l’impressionnant recul dunaire. Le phénomène est constatable sur l’ensemble du littoral, avec le grignotement et l’effondrement des dunes qui conduisent à l’édification d’aplombs sableux pouvant parfois atteindre plusieurs mètres de hauteur en Vendée 155a_proximit_de_plouescat_29250x168 ou en Médoc. Les protections dunaires légères telles que les ganivelles, ces palissades en piquets de bois de châtaignier attachés entre eux par du fil de fer,  ne résistent pas à l’attaque des eaux et à l’érosion dunaire.

Enfin, tous les épis aménagés perpendiculairement à la plage sont victimes d’ensablement. Ils finissent par disparaître totalement sous l’effet piégeant de l’amas de sable. 

Le phénomène des marées modifie considérablement la physionomie des espaces littoraux où le flux et le reflux sont très prononcés, générant une semblable différence entre un alpage enneigé en hiver et le même, verdoyant sous le soleil d’été ; mais ici le changement de paysage s’opère avec une rapidité déconcertante, à vue d’œil.

Le littoral constitue à tous ces égards un milieu extrêmement vivant, mais aussi fragile et emprunt d’incertitude. Il revêt l’apparence d’un milieu paisible, à la tranquillité trompeuse si l’on en juge par les dangers représentés par les baïnes, ces poches d’eau que la mer vient envahir et dans lesquelles se forment des courants, ou par la vitesse de montée des eaux à chaque marée dans les zones où la mer découvre le plus. Les sauveteurs en mer de la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) n’ont eu de cesse de me rapporter quelques-unes de leurs interventions au secours de pêcheurs à pied imprudents, attendant trop longuement pour rejoindre le rivage.

A chaque littoral son charme

La nature particulière de certaines portions du littoral français, l’extrême variété des configurations de la côte, les spécificités de la végétation, l’architecture propre à certaines régions et bien d’autres facteurs encore définissent une palette et une multiplicité de paysages. Certaines franges littorales demeurent typiques et il est impossible de les retrouver ailleurs.

Plus qu’un littoral, ce sont des littoraux bien différents les uns des autres que ce voyage m’a révélés. Quoi de commun entre les immenses plages parfaitement rectilignes à perte de vue du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme, du Débarquement en Normandie, de la côte ouest de la Manche, du Médoc et des Landes, et les côtes rocheuses et déchiquetées avec les falaises de craie de la Côte d’Albâtre, les escarpements granitiques de Bretagne, les corniches vendéennes ou202pointe_de_lugunez_beuzeccapsizun_2925  basques, ou encore celles du Var ou de la Côte d’Azur ? Plages et falaises sont entrecoupées par toutes les formes d’estuaires, des plus larges aux plus étroits et profonds, avec les valleuses, les havres, les abers, les anses jusqu’aux graus et deltas de la Méditerranée.

Contrastées, multiformes et rapidement changeantes, les côtes apparaissent d’une étonnante et fantastique diversité, ce qui a constitué sans doute l’un des grands agréments de mon périple estival.

On m’a souvent demandé quelle région littorale j’avais préférée. Je suis bien incapable de répondre à cette question, tant chacune déploie des charmes et atouts différents. J’ai aimé l’indéfinissable langueur, la vacuité et l’immobilité des plages du Nord, empreintes de mystère pour les nostalgiques ; j’ai apprécié le caractère souvent sauvage du Pas-de-Calais ; j’ai admiré la robustesse et la majesté des 27pointe_de_la_courtine_etretat_76250x16 falaises de craie de la côte d’Albâtre qui durant mon avancée ensoleillée, se sont révélées sous leur plus éclatante blancheur. Dans leurs valleuses viennent se nicher les petites stations littorales au charme incomparablement et irrésistiblement désuet.

Si le littoral du département de la Manche se révèle plus complexe et multiforme, il dévoile une authenticité profonde et sauvage à la pointe de La Hague et sur tout son versant ouest. Il s’offre aux vents ou au soleil avec la même splendeur, sans rien renier de sa beauté, dans une rusticité que rien ne vient ébranler.

Sur les côtes en dentelles de la Bretagne délivrant un itinéraire de rêves et un foisonnement de merveilles pour les amoureux des randonnées, tout devient magnificence, provoquant un enchantement permanent. Le parcours invite à la patience avec son dédale de cheminements tourmentés dans une végétation souvent buissonneuse. Cette côte déchiquetée avec ses rochers arrachés qui parsèment la mer dont les îles innombrables constituent les éléments les plus imposants, s’offre avec la fierté qu’ont les Bretons de cette terre aux multiples richesses. Le contour de cette Bretagne très vivante procure un sentiment vif de liberté et une jouissance infinie.

L’Atlantique arbore ses trésors de façon épisodique, avec les délices insulaires aux maisons basses et colorées, les petits ports ostréicoles et les quelques corniches327port_ostricole_du_chateaudolron_17250  calcaires. La longueur rectiligne des plages de l’Aquitaine convie au sentiment d’éternité.

La Méditerranée est tout autre, et si ce ne sont les adorables stations de la côte ouest, de Cerbère jusqu’à Argelès-sur-Mer, elle soumet dans une frénésie débordante les plus majestueux sites naturels à une occupation galopante. Si la côte de l’Esterel reste relativement préservée, le Var et les Alpes Maritimes regorgent de sites naturels incomparables grignotés sauvagement par la fièvre démesurée de la construction. Tout y prend une ampleur démentielle, tant la concentration et la densité de l’habitat que le foisonnement des richesses. J’étais autant saisie par la beauté majestueuse et naturelle des sites qu’époustouflée par l’incroyable déploiement de l’opulence.

J’ai découvert, là où il m’a été donné d’échanger avec les résidents, un littoral où les gens étaient amoureux de leur région, fiers et heureux d’y vivre ou d’y avoir des racines. J’ai souvent entendu « on est bien ici », tel un leitmotiv que tous les résidents des côtes se répèteraient à l’unisson. De même, les coureurs locaux qui parfois m’ont accompagnée durant mon périple m’ont vanté avec passion les charmes de ce littoral qui leur était cher.

Délices sensoriels

Mon voyage a été nourri de silence. Dès les premières étapes débutées sur les plages du Nord, le silence fut mon premier compagnon. Il avait l’intensité et l’immensité des espaces que j’arpentais, et je pouvais l’investir de toutes mes 297dpart_7_heures_sur_la_digue_du_polder pensées vagabondes et décousues. Il a aussi guidé la plupart de mes départs d’étape au petit matin. Il s’emplissait parfois du ronflement des bateaux à moteur en partance pour la pêche, et au hasard du souffle du vent, du clapotis des vagues ou de l’écho de la mer grondeuse en bas des rochers. Il résonnait de toutes les symphonies que laisse entendre la mer et dont je pouvais suivre l’humeur changeante, au gré des configurations de la côte ou des conditions météorologiques. J’ai le souvenir précis dans le Morbihan, de mon entrée dans la baie d’Etel, quand le ressac des vagues le long du cordon dunaire de Gâvres s’est mué en un léger clapotis. Je me rappelle à l’inverse, quand la mer silencieuse du Golfe du Morbihan, telle un lac immobile s’est gonflée du tumulte des vagues agitées aux abords de l’océan retrouvé. Ou encore mon arrivée sur la côte sauvage au sortir de l’estuaire de la Seudre en Charente-Maritime, quand le calme plat a cédé la place 338les_rouleaux_de_locan_surgissent_la_p au grondement des rouleaux rageurs des vagues, grondement qui ne m’a guère plus quittée jusqu’à Hendaye. J’ai aussi été étourdie, du côté de la pointe de la Hague, par le vacarme étourdissant et amplifié par le vent des flots déchaînés, renforcés par un temps de tempête, qui venaient se fracasser en contrebas sur les rochers.

Parfois, les oiseaux mêlaient leurs cris et leur bruissement d’ailes au chant des vagues, comme ce jour dans le Médoc quand mon arrivée sur la plage où ils étaient rassemblés en nombre, les a fait s’envoler pour se poser plus loin en amont sur le sable.

Je me suis aussi délectée des odeurs qui tout à coup saisissent les sens, comme cette senteur résineuse qui m’a submergée en entrant dans la forêt de La Barre-de-Monts, ce bouquet parfumé de chèvrefeuille au détour d’un jardin ailleurs, ou encore l’effluve profonde de l’eucalyptus en rejoignant le port des Corbières à l’ouest de Marseille. A contrario, j’ai goûté l’odeur âcre de la végétation calcinée au niveau du cap Fréhel en Bretagne ou sur les hauteurs du cap Camarat dans le Var, le relent nauséabond des marais de Pesquier à l’entrée de la presqu’île de Giens dans le Var, l’haleine prégnante et tenace des raffineries de pétrole de Fos dans les Bouches-du-Rhône.

Je me suis régalée de spectacles intensément colorés. Ceux que confère naturellement la variété géologique du littoral français avec son calcaire blanc, son granit rose, gris, ou blanc du fait d’inclusions de feldspath, ses schistes sombres, ses porphyres rouges, et auxquels se combine la gamme étonnante de la teinte de la mer.101mer_meraude_sur_la_cte_demeraude_2225 Aussi grise que le ciel par temps pluvieux, la mer sous le soleil décline sa palette vert-bleu. J’ai été éblouie par l’émeraude transparente aux alentours du cap Fréhel. Là, dans les criques que je surplombais du haut des falaises, je distinguais parfaitement le corps des baigneurs qui évoluaient dans l’eau. Le plus souvent, la mer resplendit d’un bleu éclatant et profond, que renforce par contraste, la blancheur des falaises de craie sur la côte d’Albâtre, ou en Bretagne et en Méditerranée, le blanc des coques des bateaux amarrés dans les baies, les ports, les anses ou naviguant toutes voiles déployées. En Aquitaine c’est l’écume rageuse des vagues déferlantes qui vient trancher sur le bleu de l’eau. La vague en se déployant est elle-même sujette à des variations de teinte étonnantes. J’ai vu la vague en s’élevant devenir émeraude, ou l’écume bouillonnante se colorer de rose au soleil343rouleaux_de_locan_atlantique_hourtinp  levant du matin. Sous la force des rayons du soleil, la mer étale se perle de lumière, devient d’argent et laisse alors exploser une myriade d’étoiles éblouissantes.   

La végétation de bord de mer vient enrichir cette palette teintée : ici, les bruyères et landes pigmentent de taches mauves et jaunes les hauteurs du cap Fréhel, là la christe-marine, ce fenouil maritime, vient nicher son jaune verdâtre au creux des rochers grisâtres de la côte du Finistère, là l’oyat recouvre les dunes de son vert tendre, ailleurs les pins offrent leur vert soutenu.

Variations sur le sable

La plage n’est pas toujours un long chemin facile. L’idéal pour moi était de courir à marée basse, sur un sable dur. J’ai bénéficié très souvent, compte tenu de la durée des étapes (8 à 9h en moyenne), de ces avantages. J’ai ainsi découvert la diversité de la praticabilité des estrans, de ceux offrant le même confort qu’une piste d’athlétisme au sol ferme et rebondissant, jusqu’à ceux présentant un sable apparemment dur où je me m’enfonçais cependant parfois jusqu’à la cheville. Les immenses plages du Médoc et des Landes, marquées par un fort dévers demeurent très instables pour la foulée, comme celles, à un moindre degré, de la Méditerranée.

9sable_ondul_stellaplage_62250x168 De même, les dessins subtils du sable qui se forment à la surface de l’estran donnent des terrains diversement agréables à fouler : sol ridé semblable à de la tôle ondulée où le pied ne trouve aucune stabilité, terrain bosselé de manière irrégulière qui n’offre pas un meilleur confort, avec ses parties alternativement fermes ou molles. Mon œil exercé finissait par repérer ces différences afin d’emprunter les meilleures portions.

Comme la plage demeurait en tout état de cause mon terrain de prédilection, je restais parfois jusqu’à l’extrême limite de la marée montante, à frôler les vagues en profitant des quelques centimètres de sable humide laissé le temps du reflux de la dernière vague, quitte à mouiller les chaussures, ce qui m’arriva bien sûr plus d’une fois.   

De la frontière belge à l’Italie, la grosseur du grain du sable et sa couleur prennent des aspects étonnamment différents selon les régions. D’une extrême finesse et158plage_de_guissny_29250x164  blancheur sur les plages du Finistère, il atteint la taille du galet, blanc sur la côte d’Albâtre, ou gris en Méditerranée. Si la couleur ocre ou le doré dominent le plus souvent (les Sables-d’Or-Les-Pins en Bretagne méritent amplement leur nom), il peut prendre une teinte très orangée comme à Châtelaillon-Plage où il venait de recevoir la pluie. A Banyuls-sur-Mer, au pied des Pyrénées Orientales, le sable avait des aspects de gravillons de chantier. Prenant par la suite en Méditerranée des aspects plus avenants, il est resté relativement grossier sur la plupart des plages, souvent artificielles, jusqu’à devenir galet à Nice. 

Le petit monde de la plage

Vastes espaces ou criques enserrées entre les rochers, les plages que l’on dit surpeuplées à la saison estivale le sont bien inégalement. Globalement, plus on se dirige vers le sud, plus la densité touristique augmente, à l’exception toutefois des Landes qui conservent de grandes étendues vierges. Ces lieux que l’on peut croire investis par les touristes ne le sont par ailleurs que partiellement. Seules les stations touristiques concentrent les plagistes, laissant de vastes espaces incroyablement peu fréquentés.

Les plages ne s’éveillent guère avant midi pour les estivants. Pour autant, elles sont dès le petit matin le terrain d’activités diverses. Elles sont d’abord fortement investies par les pêcheurs de toutes sortes. Les pêcheurs à la ligne, en nombre impressionnant, exhibent tout un arsenal de matériel plus ou moins important et sophistiqué, avec parfois plusieurs cannes à pêche à surveiller pour un même individu. Le pêcheur reste un personnage concentré, silencieux, qui concède du bout des dents une réponse à un bonjour, debout derrière sa canne ou assis sur son siège de toile ou de plastique, à attendre que le poisson morde. Je me glissais alors sous les lignes jetées et tendues vers l’eau, sous le regard inquiet, méfiant ou interrogateur de leurs propriétaires. 

Dans les zones favorables, les pêcheurs à pied profitent abondamment des larges estrans découverts à marée basse pour ramasser coques, palourdes, tellines,…On reconnaît à l’allure et au matériel les vrais pêcheurs des simples amateurs. J’ai vu à mon arrivée à Cherrueix en Ille-et-Vilaine un couple silencieux dont le comportement traduisait l’habitude de la pêche. Ils ramenaient deux paniers emplis de palourdes. 

73blainvillesurmer_50_les_tracteurs_inve L’ostréiculture donne lieu parfois à une activité particulière sur les estrans où se cultive l’huître. Dans la Manche en particulier, les tracteurs vont et viennent en un ballet tournoyant et incessant sur l’estran à basse mer où ils accèdent par les cales de béton, afin de se rendre sur les lieux de production. Dès que la mer remonte, ce curieux véhicule de plage disparaît progressivement. J’ai assisté à ce changement spectaculaire durant lequel au fur et à mesure que la marée montait et que le mouvement des tracteurs s’amenuisait, les vacanciers reprenaient possession des lieux.

Les  plages sont aussi le lieu privilégié d’activités en vogue. Les kitesurfeurs qui ont largement supplanté les planchistes quasi disparus, s’exécutent partout où la vague et le vent sont de nature à répondre à leurs espérances. Je les ai vus rechercher et 64kite_surf_dans_lanse_de_vauville_clair attendre les yeux rivés sur la mer que celle-ci fasse naître de belles vagues prometteuses, les ai regardés évoluer, danser, glisser et sauter sur leurs crêtes, dessinant de leurs cerfs-volants des arabesques multicolores. J’ai pris le temps d’admirer leurs prouesses, quêtant avec eux le mouvement des vagues afin de m’offrir le spectacle le plus virtuose. Le littoral du Nord, de la Manche et de la Bretagne ne sont pas avares ni de lieux propices à ce sport haut en voltiges, ni de larges estrans sableux où les chars à voile s’adonnent à leur ronde tournoyante, dessinant l’empreinte de leurs routes sinueuses et virevoltantes sur le sable dur. L’apprentissage de la voile reste d’actualité comme l’attestent les écoles de voiles présentes encore en nombre, et la baignade demeure l’attrait premier, quel que soit le niveau de danger de la mer. 

La plage est encore un terrain merveilleux pour les amoureux des balades : à cheval dans le Nord et la Manche, à pied pour les joggeurs en mal de grands espaces. Elle délivre quelques images insolites dont certaines restent imprégnées dans ma mémoire : celle d’un cheval qui semblait courir sur l’eau, évoluant au loin sur l’estran lumineux dans quelques centimètres d’eau, celle d’un homme jouant une danse saccadée, celle d‘un golfeur répétant inlassablement un geste de frapper de balle. J’ai vu cette même scène dans la baie de la Sienne où deux golfeurs s’essayaient, au milieu des moutons, à leur activité favorite sur un terrain moelleux comme du gazon.

Les plages sont enfin le lieu de rassemblement d’oiseaux. Au petit matin, au départ de mon étape à Ambleteuse, je me suis vue  traverser une immense zone où les déjections des oiseaux se mêlaient à un désordre impressionnant de plumes et de doux duvets, spectacle que j’ai retrouvé plus tard dans la baie de la Canche. 

La plage : traitements divers

Il est partout agréable de constater combien la plage fait l’objet d’un soin particulier. Les efforts pour l’entretien et la propreté des plages sont très visibles. On y remarque l’installation de poubelles sur tous les lieux à forte fréquentation touristique ; celles-ci sont vidées tous les matins et les sacs pleins sont enlevés et remplacés par des sacs neufs, soit par du personnel municipal, soit par des jeunes à l’occasion de boulots saisonniers. De plus, chaque jour, le sable lui-même est nettoyé et damé à l’aide de139collecte_des_algues_vertes_sur_le_grv  tracteurs. C’est ainsi l’occasion de restituer un sable propre aux touristes. Dans les Côtes-d’Armor, le travail de lutte contre l’invasion et la prolifération des algues vertes liées à la présence de nitrates, contraint les municipalités à ce nettoyage quotidien au risque de voir les estivants déserter les plages.

Mais ces vastes étendues vierges, vécues et investies comme espace de détente et de loisir, font les frais de l’occupation plus ou moins heureuse de structures temporaires dédiées à satisfaire sur place les besoins des plagistes durant l’été. Les aires de jeux pour enfants, les piscines pour l’apprentissage de la natation, sont apparues plus présentes en Manche et sur le littoral atlantique, en raison sans doute des dates de mon passage en pleine saison estivale sur ces côtes. Ces structures légères qui apportent leurs notes de couleurs et leur animation provisoire, se concentrent en haut de la plage, tout comme les postes de secours, excepté en Languedoc Roussillon où ces derniers se répartissent régulièrement au milieu de la plage. Il en va tout autrement des bars et restaurants qui parfois envahissent jusqu’à la totalité de la plage, notamment sur la Côte d’Azur. La plage, quand elle devient privée, est installée sur plancher de bois et s’étend jusqu’à la limite de l’eau. Elle permet à ceux qui disposent des moyens adéquats, de louer un transat, sans avoir à traîner son matériel de plage. Stigmate d’une césure entre fortunés et moins riches, elle abandonne à ces derniers des zones réduites et moins centrales.

Fronts de mer : traditions et audaces

De la plage, on a une perception et une vision particulières des fronts de mer. Le fait de courir en bas de la plage donne un recul qui permet d’appréhender de façon globale et plus détachée la ligne des constructions, avec une perspective plus réduite des hauteurs, et l’adoucissement des effets massifs. Ainsi, les stations balnéaires des côtes vendéennes, ces « Merlin plages » tant décriées lors de leur apparition dans les années 70, m’ont beaucoup moins effrayée que je ne l’aurais imaginé. Seule la station de Saint-Jean-de-Monts se dessinait de loin, comme posée dans le désert environnant  A peine si je percevais du bas de la plage un peu plus loin les bâtisses 387la_grandemotte_vue_du_grauduroi_34250 de Sion-sur-l’Océan. Ces stations gardent néanmoins un côté humain, comparées  à certains fronts de mer méditerranéens : La Grande Motte, la marina de la Baie des Anges à Villeneuve-Loubet sont autrement impressionnantes. Quant aux stations de la côte languedocienne comme Saint-Cyprien-plage, Canet-plage, Port-Leucate, ces villes «légo» construites à des seules fins de tourisme industriel, elles m’ont laissé un goût amer de désolation architecturale.

Les promenades aménagées en front de mer de certaines stations littorales,  permettent une approche moins distanciée du bâti. Ces promenades, par ailleurs fort agréables et confortables pour la coureuse que j’étais, sont toujours l’occasion de constater l’étrange imbrication, dans des proportions variables d’une ville à l’autre, entre un habitat récent et un bâti plus ancien. Ce dernier porte les marques de l’architecture locale ou de la richesse associée à la notoriété de la station. L’immense remblai courbe de La Baule laisse apercevoir quelques rares anciennes demeures coincées entre les immeubles récents et dont on peut se demander combien de temps encore elles échapperont à l’appétit des promoteurs immobiliers. J’ai été autant émue devant les villas du début du 20ème siècle de Mers-les-Bains dans la Somme, qu’impressionnée par la majesté des grandes demeures de Cabourg et époustouflée devant la richesse que renvoyaient certains grands hôtels le long de la promenade des Anglais à Nice. 

Pêche et plaisance : des évolutions contraires

La flotte de la pêche en mer se réduit considérablement, au grand dam de la profession qui voit dépérir son activité. Si par exemple le port du Guilvinec dans le Finistère, celui de La Turballe en Loire-Atlantique où j’ai assisté de la fenêtre de la station SNSM à la rentrée au port des bateaux de pêche, ou encore celui de Sète,385chalutiers_et_thoniers_au_port_de_ste  affichent toujours quelques unités, le développement actuel des ports n’est dû qu’à la forte montée en puissance de la plaisance. La densité de l’occupation des innombrables ports de plaisance est ahurissante, tout comme le nombre des bateaux au mouillage dans les baies et les anses. Et plus surprenant le faible nombre d’éléments navigants. En dehors des compétitions qui ont pu se jouer sous mes yeux, comme le tour du Finistère à la voile au départ de Douarnenez, ou des bateaux quittant en matinée le port de Saint-Martin-de-Ré, la mer est restée étrangement vide de voiliers. C’est là un signe indéniable et visible du faible nombre de jours de sortie en mer des bateaux. Quand on imagine l’importance des investissements réalisés pour l’accueil des bateaux, les aménagements nécessaires et l’impact sur le littoral, il y a sérieusement de quoi s’interroger.

Le défaut de pratique de la navigation renforce les risques encourus par les plaisanciers. Les sauveteurs en mer que j’ai rencontrés se sont souvent fait l’écho de cette situation qui modifie considérablement la nature de leurs interventions, et interroge le modèle ancien de l’équipe des sauveteurs en mer. C’est jusqu’à la chaîne de solidarité qui est touchée, le cœur même de l’existence de ces stations de sauvetage nées pour aller sauver les frères marins en danger. On devine là une fracture douloureuse dans les zones à forte tradition de pêche, où la mer est ressentie et vécue comme un métier et non comme un loisir. J’ai constaté notamment chez les sauveteurs bretons, pour la plupart issus du milieu marin professionnel, une profonde nostalgie pour une époque quasi révolue. Aujourd’hui, les interventions se multiplient en faveur des plaisanciers dont la connaissance du milieu marin n’a rien de379vedette_snsm_de_gruissan_devant_portl  comparable avec celle des marins pêcheurs locaux qui fréquentaient la mer quasi quotidiennement et en connaissaient les moindres rochers et dangers. La composition des équipes de sauveteurs est condamnée à évoluer, avec à l’avenir une plus faible représentation des membres issus du milieu des marins pêcheurs. La Bretagne semble moins prête à anticiper cette mutation que ne l’est la Méditerranée, qui a pris pleinement conscience que les stations de sauveteurs ne survivront qu’avec la capacité d’assurer le renouvellement des troupes. Celles-ci misent déjà sur la jeunesse et la formation des nouvelles recrues issues de tout milieu professionnel. 

   

Le sentier littoral : bonheurs et surprises

Outre les plages, c’est le sentier littoral qui a supporté le plus grand nombre de mes foulées. En dehors des sentiers de grande randonnée (GR du littoral dans le Nord, GR 120 dans la Somme, GR 21 en Haute-Normandie, GR 223 en Basse-Normandie, GR 34 en Bretagne,…), j’ai découvert au fur et à mesure de mon avancée l’existence insoupçonnée de sentiers littoraux. Ce constat fut une de mes meilleures surprises pour mon avancée au plus près de la mer, tout comme le soin apporté à la réhabilitation de cheminements disparus. Ainsi, des portions de GR semblaient243sur_le_sentier_de_la_cte_sauvage_de_l  nouvellement rétablies, comme du côté de Cherbourg, tandis que des sentiers venaient récemment d’être aménagés comme par exemple entre les Sables-d’Olonne et le Payré, ou entre Guétary et Hendaye. Les unes et les autres attestent de la volonté de remettre à disposition des marcheurs et randonneurs des itinéraires perdus au fil du temps, ou d’en créer de toutes pièces afin que la population puisse s’approprier de nouveau l’espace littoral. Cette ambition est doublée du souci apporté à la préservation de l’espace littoral. S’il s’agit plus souvent de réparation, c’est-à-dire de restaurer un espace dégradé, que d’apporter une protection contre des menaces futures, il ne saurait pourtant être question de bouder ce regain d’intérêt écologique.

Des cheminements piétonniers sont reconstitués afin de circonscrire les parcours autorisés, en vue de préserver les falaises ou les dunes sommitales du piétinement excessif qui détruit la végétation et condamne le renouvellement de certaines espèces végétales, comme par exemple au Cap Fréhel ou entre les Sables-d’Olonne et le Payré. Par ailleurs, la  présence du Conservatoire du Littoral est très marquée sur l’ensemble des côtes françaises pour protéger les espaces naturels qui constituent pour la plupart de véritables réserves faunistiques, floristiques et ornithologiques. J’ai été fortement étonnée par la contiguïté des propriétés du Conservatoire du littoral jouxtant la zone industrialo-portuaire de Dunkerque, avec l’emprise immédiate du Conservatoire dès l’usine pétrochimique passée. Si le franchissement d’une zone à l’autre était physiquement net et franc, mon esprit restait encore imprégné des odeurs et des bruits d’usine, alors que mes jambes m’avaient déjà permis de quitter le lieu de l’origine des nuisances. J’avais les sens encore soumis aux contingences de l’activité industrialo-portuaire, alors que le corps était déjà transporté ailleurs.

La volonté générale de réappropriation pour tous de l’espace littoral se heurte  parfois aux acquis et privilèges individuels. Ainsi, si la servitude de passage qu’impose la « loi littoral » du 3 janvier 1986, aux propriétaires riverains de la plage a quelquefois parfaitement rempli sa mission, la règle reste encore trop souvent bafouée. 258au_coeur_du_golfe_du_morbihan250x168 L’application stricte de la loi supposerait que les propriétés immédiatement en bord de plage, bâties antérieurement à cette obligation, concèdent une partie de leur terrain pour permettre la servitude de passage. Si j’ai le souvenir précis de quelques cas (Bretagne, golfe du Morbihan) où il apparaissait nettement que les propriétés avaient été amputées en application de la loi, il n’en était pas de même aux alentours de Cherbourg. Là, les ruptures dans l’aménagement en cours du sentier littoral laissaient au contraire bien apparaître les difficultés liées aux propriétaires récalcitrants. Par ailleurs, dans certains endroits comme la baie de Barfleur, du fait de la présence des constructions qui ont un accès direct et privé sur la baie, le GR invite à emprunter la grève. Or, à marée haute, il devient inaccessible et contraint à contourner les propriétés en cause. Pire et moins acceptable est le fait que des constructions neuves puissent actuellement encore s’édifier en s’aménageant des accès privatifs à la mer. J’ai fait cet amer constat en amont de Saint-Tropez par exemple. La Méditerranée semble la plus soumise à ce genre de pratiques dérogatoires.

Un autre élément qui rompt la continuité du sentier littoral, c’est la présence même de dangers naturels. En certains endroits comme sur la Côte d’Albâtre, le sentier littoral est fortement déconseillé, voire formellement interdit à la circulation pédestre en raison du risque d’éboulement. J’ai constaté par ailleurs à mes dépens des effondrements non signalés qui m’ont contrainte à rebrousser chemin comme à Piriac-sur-Mer. Dans les deux cas, il m’a fallu rechercher puis emprunter en remplacement d’autres itinéraires, avec l’immense frustration d’être privée durant ce laps de temps de l’objet principal de mon voyage, à savoir la vue sur la mer.

Le littoral demain

Cette note n’est qu’un aperçu condensé des impressions que le littoral français m’a laissées. Elle n’avait pas la prétention d’en faire une description complète et exhaustive, ni de traiter même superficiellement la totalité des innombrables sujets qui le touchent.

Ce qui sans doute m’interroge le plus aujourd’hui, c’est de savoir quel devenir attend le littoral français. Tantôt resté sauvage et peu prisé par l’homme, tantôt très convoité, il témoigne du modelage que l’homme lui imprime, tout en restant fortement soumis aux lois de la nature. Les multiples attentions dont il fait l’objet témoignent de l’intérêt qui lui est porté. A la fois enjeu économique et espace sensible, ses atouts autant que sa fragilité semblent le rendre aujourd’hui encore plus précieux.

Ce dont je puis avoir l’intime conviction, c’est que le visage des côtes françaises est appelé à évoluer. Si je devais renouveler un jour ce voyage le long des côtes françaises, nul doute qu’elles m’apparaîtraient alors transformées. En cela, ce voyage inédit demeurera unique.

Photos : © Yann Saint Caradec

15 janvier 2007 dans Littoral Français en Courant 2006 | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

Triste nouvelle

J’ai appris hier le décès de Jean-Jacques Giboteau. Il était le président de la station locale de la SNSM des Sables d’Olonne. Je l’avais rencontré le 24 août dernier, lors du 16ème point presse organisé en sa station, après 3173 km le long des côtes Etape_61_024250x174 françaises. Je m’étais trouvée face à un homme curieux de comprendre la motivation qui m’avait amenée à entreprendre mon périple littoral et à le dédier aux  5000 sauveteurs de la SNSM. Il était resté très à l’écoute des réponses que je fournissais aux journalistes présents, cherchant à percer ce mystère. Il avait tenu à prolonger notre rencontre d’abord autour d’un verre, puis chez lui autour d’un repas commun. Mon accompagnateur et moi avions découvert un homme passionné. Quand il parlait de sa première passion, la plongée qui lui avait permis de s’intégrer au sein de la SNSM, son regard lumineux partait rejoindre le fond des océans. Il nous avait également montré ses trésors, tous ces instruments de marine qu’il avait précieusement amassés et dont tous lui évoquaient des souvenirs précis, en raison des circonstances de leur récupération. Il avait de véritables talents d’artistes, comme en attestaient les toiles peintes de sa main qui meublaient les murs de sa maison, mais dont il trouvait toujours quelques défauts. Et puis il y avait l’étonnante maquette de bateau qui l’avait occupé de nombreuses heures l’hiver précédent, confectionnée avec patience et minutie, dont lui seul pouvait dire qu’il manquait encore quelques petites pièces pour qu’elle soit réellement achevée.

Jean-Jacques Giboteau était vraiment un passionné de la mer, et son activité professionnelle comme ses loisirs lui étaient consacrés. 

Nous nous associons à l’ensemble des sauveteurs et à sa famille pour lui rendre un dernier hommage.

[Photo : Jean-Jacques Giboteau attentif aux propos d'Annick lors de son point presse du 24 aout 2006 - © Yann Saint Caradec]

06 décembre 2006 dans Littoral Français en Courant 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Au bout du…compte

Une fois sortie la tête de l’eau, je peux m’adonner à un bilan tout en chiffres, sans trop craindre de m’y noyer. 

Le littoral en 3 D : distances, durées, dénivelés

Le littoral français en courant, c’est d’abord :

- une distance totale réalisée de 5 007 km, parcourue en 97 étapes du 25 juin au 29 septembre 2006, en longeant les côtes de 10 régions, de 23 départements et celles de la Principauté de Monaco, pour environ 10 millions de foulées.

- une durée cumulée des étapes de 840 heures, soit l’équivalent de 35 jours non stop

- un dénivelé cumulé positif de 56 000 m, et autant en dénivelé négatif, soit l’équivalent de plus de 6 Everest,

En moyennes journalières (abstraction faite de la dernière étape de 15 km le 29 septembre), cela donne une distance de 52 km quotidiens, pour un temps moyen par étape de 8 h 40 mn, et un dénivelé positif moyen de 580 m.

Au jeu des records, la palme revient et de loin à La Bretagne avec :

- l’étape la plus longue en distance avec 67,3 km parcourus le 18 août (55ème étape entre Saint-Gildas-de-Rhuys et Arzal dans le Morbihan),

- l’étape la plus longue en durée avec 11 h 22 mn le 12 août (48ème étape entre Le Courégant et Gâvres dans le Morbihan),

- l’étape la plus courte tant en temps qu’en durée (hormis la dernière étape de 15 km) avec seulement 37,7 km réalisés en 5 h 54 mn le 6 août (43ème étape entre Penhors et Lesconil dans le Finistère),

- l’étape avec le plus fort dénivelé avec 2 166 m le 4 août (41ème étape entre Kervel et la Pointe de Brézellec dans le Finistère),

- le plus fort dénivelé cumulé pour une même région, soit 32 600 m,

- le nombre de jours passés dans une même région, pour les 37 jours courus sur son littoral dont 17 jours consacrés au seul département du Finistère.

A l’inverse, moins d’un jour m’aura suffi pour parcourir le littoral du Nord et seulement 1,5 jour pour celui de la Somme.

Solitude et solidarité

J’avais décidé de réaliser ce périple en solitaire tout en signalant que j’acceptais la compagnie de coureurs qui souhaiteraient joindre leurs foulées aux miennes. Au final, j’ai effectué :

- 60 étapes en solo,

- 23 étapes partiellement seule. Mes compagnons de route étaient présents entre, au minimum, 30 mn (62ème étape) et au mieux les 10/11ème  de la distance totale de l’étape (15ème étape).

- 14 étapes en étant accompagnée du début à la fin.

Au total, ce sont 54 coureurs dont 12 femmes qui sont venus partager un bout de littoral à mes côtés. Les coureurs les plus assidus à mes côtés furent Gérard Denis, pendant quatre jours consécutifs, dont deux étapes entières, et Olivier Hacquin, durant quatre jours entre les 5 et 15 juillet dont également deux étapes entières. C’est au cours de la 57ème étape entre Piriac-sur-Mer et Saint-Marc (Loire-Atlantique), que j’ai été entourée par le plus grand nombre de coureurs, avec essentiellement les membres de l’association « Courir à La Baule » qui avaient organisé 5 relais au cours de l’étape. Quant au peloton le plus fourni, il s’est formé entre La Forêt-Fouesnant et Concarneau (Finistère), morceau de la 45ème étape sur lequel nous constituions un groupe de 7 coureurs.

Littoral tout terrain

Entre les plages à l’infini (Pas-de-Calais, Vendée, Gironde, Landes, Hérault) et les petites criques enserrées entre les falaises (Bretagne, Côte d’azur), le sable plus ou moins fin et les galets, les falaises de calcaire ou de granit, les marais et les zones humides, les stations touristiques et les villes portuaires, toute la riche palette du littoral français s’est offerte à mes yeux, et sous mes pas.

Selon le principe « au plus près de la mer » que j’avais adopté, j’ai toujours privilégié de courir sur la plage quand la marée, la qualité du sable et la configuration de la côte le permettaient. A défaut, j’ai emprunté des sentiers, des chemins et en dernier ressort des routes, quand restait cette seule possibilité. Le passage des estuaires sous toutes leurs formes (canches, abers, avens, graus, …) et des marais (Moëze-Oléron, Camargue,…) m’a le plus souvent contrainte à faire des incursions dans les terres, en empruntant au mieux sentiers ou au pire la route.

Bien que n’ayant pas tenu une comptabilité précise de la nature des sols foulés, je crois pouvoir estimer la décomposition de l’itinéraire parcouru de la manière suivante : 50% sur sentier, 25 % par la plage, 20% sur chemin et 5% sur route.

Caprices météorologiques

Qui dit périple estival, dit soleil. Celui-ci a largement été présent  avec 59 journées de grand soleil, 31 jours où il se disputait aux nuages, et malgré tout 7 jours de pluie. J’ai connu la journée la plus chaude le 5 septembre (73ème étape) avec une température atteignant les 35°C entre Cap-Ferret et Gujan-Mestras (Gironde).

A contrario, la journée la plus humide fut celle du 13 septembre (81ème étape) avec une pluie qui n’a pas cessé de tomber entre Port-la-Nouvelle (Aude) et Valras-Plage (Hérault).

Le 29 août (66 ème étape) fut la journée la plus ventée avec des rafales venant de côté à plus de 80 km/heure qui m’ont obligée à m’accrocher au garde corps du pont de Martrou lors de la traversée de la Charente à Rochefort (Charente-Maritime).

Médiatisation et blog à part

J’ai dédié mon défi aux 5 000 sauveteurs bénévoles de la Société Nationale de Sauvetage  en Mer (SNSM). Préalablement à mon départ, un fichier presse de 500 journalistes (presse écrite, radio, télé) avait été constitué dans la perspective des 28 points presse programmés sur le littoral (1 ou 2 par département). Au total, j’ai été accueillie par 35 stations SNSM, là où j’ai rencontré entre 150 et 200 sauveteurs, et aussi quelques édiles locaux. Les points presse ont été organisés dans les stations SNSM afin de valoriser les actions des sauveteurs auprès du grand public. A cet égard, la presse a parfaitement relayé le message.

In fine, mon défi aura été couvert par une centaine de journalistes : 60 articles parus dans la presse écrite (nationale, régionale, départementale, locale), 32 interviews retransmis par les radios (nationale, régionale, locale), 11 reportages télé réalisés (France 3 régions et 3 télés privées) et un plateau télé (France 3 Normandie) effectué à mon retour à Rouen.

Chaque jour, sauf incident technique, mon compte rendu de l’étape et les photos de la veille étaient publiés sur ce blog. Soit une centaine de notes et 1 100 photos légendées et éditées, sur les 6 500 qui ont été prises au cours des trois mois du défi.

Au total 17 000 pages de texte et 65 000 pages de photos auront été visualisées par les internautes au cours des trois mois du périple. Vous avez été 120 à m’adresser sur mon blog 260 messages d’encouragement et de sympathie. Encore merci.

Tous comptes…faits

Le budget du défi s’élève au total à 15 700 € (165 € par jour). Le poste le plus important correspond à la location du camping-car (53 %) et à son alimentation en gazole (10 %) pour les 10 000 km qu’il a effectués. Vient ensuite le poste alimentation (21 %), soit mon principal carburant physiologique journalier, à raison d’une forte part accordée aux produits frais (poissons, huîtres, fruits…) et de l’importante quantité de liquides nécessaire. J’ai absorbé pas moins de 7 litres de boissons (eau plate ou gazeuse, coca, yaourt à boire, café, lait de soja, voire une bière en fin d’étape) et 6 ou 7 fruits par jour. Mon accompagnateur et moi-même avons goûté à toutes les huîtres produites par les régions traversées (sauf celles de l’Etang de Thau), notre préférence allant aux huîtres de Normandie (Manche), de la Baie de Bourgneuf et de Marennes-Oléron.

Enfin, tout ce qui concerne la cartographie (logiciel et autres cartes) représente 7% du budget, et la communication (téléphonie, Internet) 6 %.

Le compte est bon

Au global, des chiffres livrés ici un peu bruts qui témoignent néanmoins d’une certaine réalité du littoral français en courant, et qui peuvent éclairer ses faces les moins visibles ou exposées. Ils ne donnent bien entendu qu’un aperçu imparfait et surtout incomplet du bilan global de ce périple littoral. Car l’aventure vécue ne peut se résumer à des chiffres et à l’état d’un compte…courant.

C’est bien le vécu qui toujours l’emporte, avec ici un solde plus que largement positif, riche de l’expérience nouvelle, des rencontres, des amitiés, des émotions, des images.

28 octobre 2006 dans Littoral Français en Courant 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Retour au quotidien

Trois semaines déjà que mon périple estival a pris fin, sous le soleil de Menton. Comme si c’était hier, ou une éternité.

Hier parce que des images sont bien encore là, fraîches et colorées, les kilomètres parcourus encore inscrits dans un corps qui se souvient, des moments particuliers encore en mémoire, des visages et des rencontres très présents à mon esprit, et…des bruits retrouvés qui m’indisposent fortement. 

Ou une éternité, tant le passage au quotidien fait basculer dans un monde différent dans lequel les occupations journalières accaparent le temps et l’esprit, et limitent le temps du souvenir, tant le rythme retrouvé des journées de bureau fut aisément repris, tant l’avancée des 50 km quotidiens me semble presque déjà de l’histoire ancienne, tant les 5000 km avalés durant les  quatorze semaines de mon périple sont presque apparemment digérés, tant les paysages que j’ai vu défiler se superposent les uns aux autres dans un grand livre d’images désordonné, tant les rencontres riches et multiples se confondent parfois pour ne laisser dominer que les impressions majeures.

Le regard que je porte aujourd’hui sur cette épopée ne me procure ni enthousiasme débordant, ni regret déplacé. Comme une parenthèse dans mon espace-temps qui, quoiqu’elle ne me laisse pourtant pas indifférente, n’engendrerait aucun changement fondamental. Je n’en sors « ni tout à fait la même, ni pourtant tout à fait une autre ». Sans doute ma pratique de l’ultra s’en trouvera enrichie et m’ouvrira peut-être de nouveaux horizons. Sans doute les rencontres tant du côté des coureurs que des sauveteurs de la SNSM, m’ont plus appris que je ne peux l’imaginer encore sur la générosité et l’engagement humains. Les mois et années à venir seront là pour engranger tout le bénéfice de la récolte de ces fruits-là.

Ce dont je peux être heureuse, c’est d’avoir réalisé ce cheminement littoral sans souci majeur. Sans aucun doute, est-ce le résultat et le fruit des expériences passées dans lesquelles les difficultés m’auront bien plus appris que les réussites Ceci pour parvenir à une forme d’alchimie sinon parfaite, du moins optimale, de mon savoir-faire (imparfait bien entendu) dans l’ultra, et de mes propres capacités tant physiques que mentales. Il n’est pas dit pour autant que cet état de « grâce » se reproduise et m’accompagne dans mes courses futures.

La qualité principale du littoral français en courant, c’est de l’avoir fait existé, de l’avoir intégré comme une bulle dorée et ensoleillée dans mon univers, de lui avoir donné sa saveur maximum. Il est inscrit à tout jamais dans la mémoire de quelques millions de foulées qui, sans nul doute me porteront vers de nouveaux horizons d’ultras. Trop tôt pour dire aujourd’hui, où quand et comment, mais à coup sûr vers des expériences nouvelles et inédites pour moi.

Pour l’instant, je laisse une large part à la récupération qui fait partie intégrante de la pratique de l’ultra. Celle-ci n’empêche nullement de rechausser les baskets. Je commence à retrouver progressivement une meilleure allure au fil des quelques petites sorties que j’ai pu faire. 

22 octobre 2006 dans Littoral Français en Courant 2006 | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)

L’été rêvé

Avec l’Italie comme ultime frontière

Avec l’automne naissant comme prélude à l’hiver

Après un si long vagabondage qui dura tout l’été

Avec si peu de nuages et tant d’éblouissante clarté

De la Mer du Nord jusqu’à la Méditerranée

Avec pour seule musique celle des vagues et du vent

Avec tant de sable foulé et de sentiers arpentés

Ce merveilleux voyage chaque jour renouvelé

Tel un livre d’images parcouru en rêvant

C’était en courant le littoral français.

02 octobre 2006 dans Littoral Français en Courant 2006 | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)

En vacance de mouvement

Dimanche 1er octobre 2006, sur la route du retour. Etrange sensation que cet état cotonneux dans lequel je me trouve, comme un état de convalescence vaporeuse, après une maladie quelconque. Le seul mouvement qui s’opère, c’est celui du camping-car qui remonte tranquillement vers la Normandie. Le retour est prévu sur  deux jours, le temps nécessaire pour absorber sans précipitation les quelques 1100 kilomètres qui nous séparent de notre domicile. Il est encore bien tôt pour tirer toutes les conclusions de cette expérience aux multiples facettes. J’y reviendrai sans doute, pour livrer plus en détail la richesse de cette épopée littorale. Mais d’emblée et sans hésiter, deux points forts : la solidité de l’équipe que nous avons formée, Emile et moi, grâce à son assiduité à la tâche pourtant rude, lourde et parfois ingrate, et l’engagement sans faille de tous les bénévoles de la SNSM dans leur mission de sauvetage. La dernière équipe que j’ai rencontrée à Menton me semble hautement représentative de toutes les qualités que j’ai pu rencontrer chez ces hommes et ces femmes, pour lesquels la solidarité des gens de mer est loin d’être une valeur usurpée. Ils m’auront plus appris qu’ils ne peuvent l’imaginer. Leur avoir dédié mon projet me donne la plus grande des fiertés.

01 octobre 2006 dans Littoral Français en Courant 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

Message de l’Amiral Yves Lagane, Président de la SNSM

Vendredi 29 septembre 2006, Menton (Alpes-Maritimes). A mon arrivée à Menton, il m’a été remis le message suivant, daté du 21 septembre 2006, du Président de la SNSM, l’Amiral Yves Lagane :

« Madame,

Je me fais l’interprète de tous les sauveteurs en mer pour vous remercier chaleureusement de leur avoir dédié votre projet sportif si original.

J’ai vu que les retombées médiatiques avaient été très conséquentes. Votre action a donc contribué à faire mieux connaître l’action de nos bénévoles au grand public.

Je vous prie chère madame, de bien vouloir croire en l’expression de mes respectueux hommages ».

01 octobre 2006 dans Littoral Français en Courant 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

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