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L'été rêvé 2006


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Desert Cup 2000 : 168 Km non stop dans le désert jordanien

Je ne voulais absolument pas rater cette édition n°1 de la Desert Cup, qui allait se révéler être ma première expérience de course non stop au-delà des 100 km, et ma seconde course dans le désert après le Marathon des Sables en 1999.

J’aime participer aux premières éditions d’une épreuve. Comme s’il s’agissait quelque part d’être partie prenante dans la pose des premières pierres d’un édifice appelé à durer dans le temps. Une façon sans doute d’être pionnière, en défrichant de nouveaux horizons et de nouveaux espaces.

La Desert Cup est une épreuve de course à pied non stop de 168 Km en individuel ou en équipe, se déroulant dans un délai maximum de 62 heures. Cette première édition a eu lieu en Jordanie.

Démarrant de Wadi Rum, l’itinéraire passe par les plateaux du Rift qui dominent la vallée du Jourdain, Desertcup400x133pour rejoindre vers l’arrivée le site extraordinaire de Petra, cité troglodyte riche de 800 temples. Balisé d’un bout à l’autre, le parcours traverse les massifs de grès rouge et ocre et les étendues sablonneuses aux couleurs saisissantes. Très sélectif, il comprend successivement 104 km de sable, 23 km de pistes vallonnées et 41 km de pistes de montagne, avec des dénivelés pouvant atteindre 12%, et une altitude maximum de 1 540 mètres.

La compétition est vécue en totale autonomie alimentaire : chaque concurrent transporte dans son sac à dos tout ce qu’il faut pour vivre et bivouaquer le temps de l’épreuve, selon sa propre stratégie. Chaque concurrent détermine à l’avance l’objectif horaire qu’il estime tenir : 24h, 36h, 48h, ou 62h. L’organisation lui impose alors, en fonction de l’objectif horaire fixé, le transport dans son sac d’un nombre minimal de calories, auquel il doit systématiquement ajouter 2000 calories qui correspondent à une ration de secours, en cas de problème.

Desertcup52x70Cette première édition, qui s’est déroulée du 7 au 9 novembre 2000 comptait 172 partants dont 18 femmes : 134 d’entre eux, dont 12 femmes, ont franchi la banderole d’arrivée.

Lire le récit de cette course dans les notes suivantes.

06 mai 2006 dans Desert Cup 2000 | Lien permanent | Commentaires (0)

Desert Cup 2000 : en route vers la Jordanie

Dimanche 5 novembre 2000. Nous roulons en direction de l’aéroport. Je suis étendue à l’arrière de la voiture afin de préserver mon dos qui me fait souffrir depuis mercredi. J’ai vu mon médecin vendredi qui m’a prescrit des anti-douleurs, après avoir détecté un « nœud » en bas du dos. J’ai fait mon ultime entraînement mercredi : 2 h de jogging tranquille avec mon sac à dos. Dans l’après-midi qui a suivi, c’est en voulant me relever du fauteuil où j’étais assise que mon dos a coincé. Et depuis, dès que je passe de la position assise à la position debout, je ressens la même difficulté à me redresser. J’ai tenté samedi de consulter un ostéopathe pour soulager mes douleurs, mais je n’ai pu obtenir de rendez-vous. Il ne me reste qu’à avaler mes médicaments pour éviter le pire.

Ne pas dramatiser

J’ai depuis l’apparition de mes douleurs dorsales une crainte effroyable de ce voyage. Alors, en prévision des 10 heures de voyage prévues ce jour, 1 h 30 pour rejoindre l’aéroport, puis 5 h d’avion et enfin 3 h 30 de car, je fais tout mon possible pour économiser au maximum mon dos. La partie s’annonce difficile avec ce problème inattendu, dont je me serais évidemment bien passée. J’ai pourtant longuement préparé cette épreuve. Dès que j’ai eu connaissance de la création de la Désert Cup, j’ai voulu à tout prix participer à la première édition. Et rien ne m’a fait reculer. J’ai suivi en cela une préparation quasi identique à celle que j’avais mise en place pour le Marathon des Sables, tant au niveau physique et des kilomètres parcourus qu’au niveau du protocole de préparation des pieds que j’ai une nouvelle fois appliqué à la lettre. Mon expérience précédente m’a aussi encouragée à me fabriquer des guêtres destinées à empêcher l’intrusion du sable dans mes chaussures. Cela m’apparaissait d’autant plus indispensable que cette fois, c’est 104 km de sable que je vais devoir parcourir d’une traite.

Je suis donc a priori dans d’assez bonnes conditions, mais pourtant je n’éprouve pas tout à fait la même impatience. Est-ce mon mal de dos ? Une certaine fatigue due aussi à la mise sur pied d’un trail sur deux jours le week-end précédent, qui me prive d’une certaine énergie ? un stress non avoué ? J’ai sans aucun doute négligé le stretching et le renforcement musculaire (le club de gym où j’allais à deux pas de mon lieu de travail a fermé ses portes), mais est-ce une explication suffisante ? Je sens que  ma famille est tout aussi inquiète que moi, mais j’essaie malgré tout de ne pas dramatiser.

Nous atteignons l’aéroport sans encombre. Dès notre arrivée au lieu précis de rendez-vous, j’aperçois Marie (la femme de l’organisateur, Patrick Bauer) qui distribue les billets d’avion en même temps que le road-book. Je retrouve là un concurrent qui m’avait appelée le jeudi précédent. Il me proposait de constituer une équipe avec lui et un 3ème concurrent, en m’indiquant qu’il se rapprochait d’AOI (Atlantide Organisation Internationale, l’association organisatrice de l’épreuve) pour soumettre sa demande. Malheureusement, il est trop tard pour s’organiser en équipe, toutes les infos concernant les participants à la 1ère édition de la Désert Cup ont déjà été communiquées par AOI à la presse.

Ambiance bon enfant

Ma famille m’accompagne jusqu’au moment où je rejoins les concurrents qui patientent pour prendre possession de leur carte d’embarquement. Dans la file d’attente, arrive un coureur qui se présente. « Bonjour, Jean-Paul » dit-il en me saluant, et en attendant de connaître mon prénom. A mes côtés, Axelle décline également son identité. Il y a des retrouvailles entre coureurs, et l’ambiance est bon enfant.

Dans la salle d’embarquement, je reconnais des coureurs qui ont participé avec moi au 14ème MDS (Marathon des Sables) ; et je partage différentes conversations avec plusieurs d’entre eux. Michel Bach se fait taquiner sur ses maux habituels : il ne peut effectuer une course sans être pris de vomissements !!!! Je me demande comment cela est possible, et m’interroge sur la part de réalité qu’il faut accorder à ces propos.

Dans l’avion, pour mon plus grand bonheur, je me retrouve en bordure d’allée, et je vais donc pouvoir bouger à mon aise. Pour cette fois, j’accepte sans problème d’être éloignée du hublot qui est la place que je convoite habituellement, tant je trouve que la terre vue du ciel recèle de vues merveilleuses et d’enseignements. Je lie conversation avec mon voisin, et finit par découvrir que nous nous étions rencontrés au 14ème MDS. De l’autre côté de l’allée, c’est Sylvette qui bavarde de tous les côtés, tant avec moi qu’avec le passager assis devant moi qu’elle questionne très fréquemment, et avec celui assis à sa gauche, tout contre le hublot. Au bout d’un moment, ce dernier comprend que je viens de Normandie et réalise mon identité. Il devait m’appeler depuis plusieurs jours car un ami commun, habitué du MDS, lui avait donné mes coordonnées. François m’avoue qu’il les a perdues et qu’il n’a donc pas pu me joindre. Il n’est pas trop tard pour faire connaissance de toute façon. Lui est un concurrent qui a toutes les chances de bien se placer sur la course. Il est l’un des favoris.

J’évite de rester de trop longs moments dans la position assise, et je me lève fréquemment de mon siège. Mon dos est toujours douloureux, mais malgré tout c’est moins insupportable que je ne l’avais prévu. J’ai la chance que l’avion ne soit pas plein, et je trouve le moyen de m’étendre une heure environ en m’installant à l’arrière du Boeing sur deux sièges contigus qui ne sont pas occupés. Le reste du temps, je le passe à moitié assise, à moitié debout à côté de ma place tout en conversant avec mes voisins.

Difficultés de lecture

Quand nous atterrissons à Aman, il fait déjà nuit, et je ne découvre rien de ce pays inconnu. Dès l’arrivée dans l’aérogare, les passagers sont tout de suite arrêtés par une personne chargée apparemment de s’assurer de l’identité des voyageurs. Au bout d’un long moment, celle-ci commence à appeler par intermittence et avec les difficultés de la lecture de noms étrangers, quelques concurrents. Cela prend un temps infini qui s’annonce interminable si elle doit appeler chacun des concurrents. Puis elle s’absente soudainement, et probablement sur une suggestion de Marie qui détient le listing des voyageurs, revient réclamer le passeport de chaque individu. Nous sommes invités à rejoindre le hall de l’aéroport où au bout d’une heure, elle revient restituer les passeports mais avec les mêmes difficultés de lecture des noms. Chaque concurrent parvient tout de même à récupérer son passeport, et nous rejoignons les cars qui doivent nous emmener au bivouac.

Je suis assisse à côté de Sylvette qui a une grande expérience des raids et me décrit ses expériences passées : Mauritanie, Amazonie…J’ai alors le sentiment d’en être à mes premiers essais dans le domaine de la course à pied. Elle m’explique aussi ses difficultés quotidiennes pour parvenir à financer ses projets. Elle a vécu plusieurs années dans les DOM et n’envisage pas de ne pas parcourir le monde en courant. C’est sa seule façon de pouvoir supporter des conditions de vie qu’elle considère par ailleurs peu enrichissantes. Je suis absorbée par son discours qu’elle interrompt de temps en temps pour jeter un œil à l’extérieur. La nuit nous empêche de voir le paysage, et nous devinons très rarement quelques îlots d’habitations. Je pense de moins en moins à mon mal de dos, car celui-ci s’est progressivement atténué. C’est une surprise heureuse.

Vraiment impressionnant

Le trajet en car est interrompu vers 9h pour prendre le repas du soir dans un restaurant où nous sommes attendus. C’est visiblement un lieu à destination de touristes, car le restaurant jouxte une boutique où l’on peut acheter des souvenirs, de goût divers. Je suis attablée en face de trois concurrents qui ont l’air de bien se connaître. Je découvre qu’ils ont, tout comme Sylvette, participé à la 1ère édition du raid de Mauritanie qui s’est déroulée il y a juste un an, et aussi pour deux d’entre eux à la Badwater (traversée de la vallée de la Mort aux USA), sans doute l’une des épreuves qui nécessite le plus fort mental. J’avais lu un reportage dans un magazine spécialisé, et j’avais trouvé le projet fou, mais il ne m’avait pas laissé insensible. Un jour peut-être…Le coureur qui me fait face est le plus bavard et fait part de ses expériences à François, installé juste à sa gauche. Celui qui est le plus à ma gauche engloutit plusieurs assiettes de nourriture, et cela  tranche avec sa silhouette « affûtée » et son visage creusé, stigmates des coureurs les plus rapides. Au menu, plusieurs plats à base de riz et de viande et de nombreuses entrées, les fameuses homos et quelques crudités, et également des desserts. Je goûte à différents plats, sans avoir une grande faim. Il est pourtant recommandé d’absorber de grandes quantités de nourriture et surtout de glucides, en prévision de l’effort qui nous attend.

Nous reprenons les cars qui au bout d’un moment s’arrêtent sur un vaste parking. Il y a là un nombre impressionnant de véhicules 4/4 qui attendent, et qui semblent flambant neufs. Rien à voir avec les camions qui avaient transporté les concurrents du 14ème MDS sur la piste qui menait au bivouac, et dans lesquels nous étions entassés debout, chevauchant nos bagages. C’est vraiment impressionnant. Les coureurs s’embarquent à raison de trois ou quatre par véhicule et c’est un ballet incessant de voitures qui vont et viennent, qui démarre. Je me retrouve à nouveau avec Sylvette. Notre 4/4 fonce sur la piste, double tous les autres véhicules, évite à coup de volants les voitures qui arrivent en face. Sylvette adore et j’ai beau moi aussi prendre plaisir à ce jeu de piste inattendu, je me cramponne aux deux poignées à ma disposition, auxquelles je me suspends littéralement pour éviter que mon dos ne soit trop malmené et que mon corps ne retombe brutalement sur la banquette. J’ai le souci immédiat de protéger mes vertèbres et mon dos !!!! Je scrute la route pour prévenir tant bien que mal les sauts du véhicule. Cela ne dure qu’un petit laps de temps, pour une distance que j’évalue entre 3 et 5 km environ.

Surprise du lendemain

Il est minuit quand nous atteignons le bivouac. Je devine à la clarté de la nuit que le site est encadré de reliefs dont il m’est difficile de mesurer la hauteur. Ce sera la surprise demain. Le bivouac est composé de grandes tentes sombres où nous nous répartissons à notre guise. Je soulève le pan à l’entrée de l’une d’entre elles, pour apercevoir un coureur en train de s’installer et lui demande s’il y a de la place disponible. Il m’invite avec gentillesse à prendre possession du lieu, et oh merveille des merveilles, il y a des matelas au sol !!!. J’ai l’impression d’être dans un 4 étoiles, tant l’idée de dormir à même le sol m’avait tracassée en raison de mon mal de dos. La tente est quasi inoccupée pour l’instant. Je choisis un des matelas et commence à préparer mon installation pour la nuit. C’est un moment délicat : je crains de faire trop de bruit en défaisant mon sac, et de déranger les quelques occupants du lieu. Et périlleux : je veille à ne pas diriger par inadvertance ou maladresse la lumière de ma lampe torche vers mon voisin, et m’applique à un usage limité mais efficace de cet ustensile encombrant mais indispensable.

06 mai 2006 dans Desert Cup 2000 | Lien permanent | Commentaires (0)

Desert Cup 2000 : journée d’acclimatation dans le désert jordanien

Lundi 6 novembre 2000. Oh surprise ! Pendant mon sommeil, la tente s’est remplie et pratiquement chaque matelas est maintenant occupé. La nuit a été courte, mais pas trop mauvaise, bien que j’ai la sensation de m’être retournée maintes fois dans mon duvet. A un certain moment, j’ai eu froid et je me suis saisie de la couverture (il y en avait une par matelas), et ensuite j’ai eu un peu trop chaud.

J’ai comme voisins les plus proches quatre Japonais et Japonaises qui à mon réveil, sont déjà en train de s’affairer et trois Français, ceux-là même qui racontaient pendant le repas de la veille leurs dernières courses.

Marge de manoeuvre

Je découvre le site sous le soleil matinal qui laisse place encore à cette heure à une certaine fraîcheur. Les tentes du bivouac sont installées au pied de reliefs qui, ce Dc6nov400x178matin, m’apparaissent dans toute leur splendeur. La majesté de ces crêtes leur confère une force devant laquelle l’homme apparaît bien fragile. Je me sens grandement impressionnée devant ces masses qui nous dominent et forcent le respect.

Le petit déjeuner est préparé par les Jordaniens et nous faisons la queue devant le buffet, avant de rejoindre les tables basses autour desquelles nous nous accroupissons pour nous sustenter. Cette position m’est assez inconfortable, en raison de la fragilité de mon dos qui aurait apprécié de trouver un appui.

Cette journée est consacrée à l’acclimatation au désert et au contrôle technique des sacs, qui débute à 10 h. Tous les concurrents s’affairent dans la préparation des sacs. Chacun essaie d’y loger un maximum de choses indispensables, tout en s’efforçant de limiter le poids de la charge. Pour l’alimentation, des normes ont été imposées par l’organisation, en fonction des objectifs de temps que chaque concurrent s’est fixés. Pour un objectif de moins de 24 h, 2 000 calories minimum sont exigées, pour moins de 36 h, 3 000 calories, pour moins de 48 h, 4 000 calories et pour moins de 62 h correspondant au temps limite pour être classé, 5 000 calories. Pour chaque concurrent, une réserve supplémentaire de 2 000 calories est rendue obligatoire par l’organisation, ainsi qu’une réserve d’eau de 1 litre à répartir en 2 bidons de 50 cl. J’ai longuement hésité sur le choix de mon objectif personnel, sachant que plus celui-ci est ambitieux, plus il permet de réduire la charge à porter. J’étais tentée par 36 h, mais je savais que je prenais un risque et j’ai joué la prudence en optant pour 48 h. Je me donnais ainsi une marge de manœuvre sans me créer trop de pression inutile, et rien ne m’empêchait de toute façon de me rapprocher des 36 h.

Tristesse indéfinissable

Ce moment de préparation me permet de faire plus ample connaissance avec mes voisins de tente. Le coureur qui m’a accueilli la veille au soir à l’entrée de la tente n’est autre que René Heintz, le vainqueur de la Transmauritanienne, une course non-stop de 333 km dont la première édition s’est déroulée un an plus tôt. Il y a également Marc Perrier et Gérard Verdenet, qui ont eux de plus participé à la Badwater du mois d’août précédent. Ils sont tous trois très accaparés par la préparation de leur sac, et commentent leurs difficultés à faire contenir tous leurs effets dans leur sac à dos. Nous échangeons quelques rares paroles. Pour ma part, je ne me sens pas l’âme à de grands discours, et j’ai comme au fond de moi une sorte de tristesse indéfinissable. Je n’arrive pas à être vraiment joyeuse, alors que me voici pourtant arrivée presque au terme de mon rêve : courir la 1ère édition de la désert Cup. Je ne me sens pas au mieux de ma forme : je suis un peu absente avec un grand point d’interrogation que je n’arrive pas à dépasser et que je regarde indéfiniment. J’ai l’esprit vagabond qui n’arrive pas à se poser sur les choses, une sorte d’âme errante.

Je m’aperçois alors qu’il me manque quelques épingles à nourrice (10 sont obligatoires). Je m’en étonne car je suis bien sûre de les avoir emportées avec moi jusqu’aux portes du désert. Combien de fois ai-je vérifié avant de quitter mon domicile que mon équipement était complet ? Combien de fois ai-je recompté tous mes effets ? René me donne gentiment les 5 épingles qui me font défaut. « A charge de revanche, lui dis-je… ». Nous comparons nos provisions respectives qui sont constituées de mets très différents. René et ses amis ont opté pour une grande part de fruits secs, me précisant qu’à poids égal avec d’autres aliments réputés très glucidiques, ceux-ci ont une plus haute valeur énergétique. J’ai préparé des sachets de semoule, de pâtes, de céréales diverses qui ne me mettent pas plus en appétit que les repas de mes voisins de bivouac.

Dc6novbis250x177_1 Avant que ne démarrent réellement les contrôles administratifs, Patrick Bauer entreprend au préalable un discours d’accueil des concurrents, accompagné d’Alison qui assure la traduction en anglais pour les coureurs étrangers. Tous deux sont juchés sur le toit d’un 4/4 et donnent les différentes consignes, puis répondent à quelques questions des coureurs qui portent essentiellement sur la sécurité et l’organisation. C’est aussi le moment propice pour faire éventuellement quelques derniers achats. Les organisateurs vendent ici quelques articles à l’effigie de la Desert Cup. J’hésite un moment sur l’acquisition d’un « buff » que je finis par acheter. J’avais remis cet achat depuis le Marathon des Sables, et c’est maintenant l’occasion, sans avoir à passer par une commande, l’envoi d’un chèque, etc. Le buff présente l’avantage d’usages multiples. Il s’agit en fait d’un cylindre de tissu que l’on enfile par la tête, et qui, selon la manière dont on le porte peut très bien servir de cache-col, de foulard, de bonnet. J’ai même vu quelques coureurs qui les ont utilisés comme guêtres en les collant autour de leurs chaussures…mais je crois que cela était d’un usage nouveau et imprévu par le fabricant…

Un grand vide

J’ai la chance de passer parmi les premières au contrôle technique, et à 11 h 17, je suis de retour dans la tente. René réapparaît alors en quête du couteau obligatoire sur lequel il n’arrive plus à remettre la main. René a été tiré au sort parmi d’autres concurrents qui apparaissent comme les vainqueurs potentiels de la course, pour un contrôle approfondi de son sac. Tout est alors pesé, soupesé, vérifié. Aucun écart au règlement n’est toléré. Le sac est complètement vidé et chaque élément est décompté, la nourriture mesurée. Je lui remets mon couteau le temps du contrôle, sachant pertinemment qu’il remettra forcément la main sur le sien ultérieurement. Et en effet, après la vérification, il réaménage son sac et retrouve l’objet égaré un moment.

Pour les autres concurrents, le sac n’est même pas pesé, si bien qu’à mon grand regret, je partirai sans connaître réellement la charge de mon sac. J’ai en revanche utilisé comme bidons de 50 cl tout simplement deux bouteilles d’1/2 litre achetées en France et pas encore ouvertes. Axelle me dira plus tard combien elle regrettait que cette idée simple ne lui soit pas venue à l’esprit, elle qui s’était contrainte à l’acquisition de 2 bidons supplémentaires pour répondre aux exigences de l’organisation. Mes 2 bidons sont scellés par mes contrôleurs en les enveloppant de bandes serrées de rubans adhésifs, de même que mes rations de survie. Impossible donc d’y toucher sans y laisser de traces…Seule l’extrême urgence exigera d’y recourir.

Ce lundi, mon dos va mieux et je ne ressens plus aucune douleur. Par contre, j’ai le moral triste, une espèce de grande lassitude dont je n’arrive pas à déterminer l’origine. Dois-je l’assimiler à une forme de fatigue ? Il est vrai que j’ai été absorbée pendant les jours précédents à deux choses : d’une part, l’organisation de l’édition 0 du chasse-marée (trail sur  deux jours) et d’autre part à la vente de tee-shirts devant me permettre de financer ma participation à la Désert Cup. Les deux m’ont accaparée et demandé une énergie folle que j’ai dépensée sans compter. J’ai vécu d’inoubliables moments, fait des rencontres multiples et enrichissantes, consolidé mes liens avec l’AFM (Association Française contre les Myopathies). Je suis passée encore vendredi au local de l’AFM, où rendez-vous avait été prévu avec la presse pour donner le signal de mon départ. J’y ai passé un agréable moment avec les malades et l’équipe de bénévoles, et la bonne humeur était au rendez-vous.

Tout cela m’a pris les forces qui me font défaut maintenant, et me laisse un grand vide alors que j’ai tant besoin que la force et l’énergie renaissent en moi.

06 mai 2006 dans Desert Cup 2000 | Lien permanent | Commentaires (0)

Desert Cup 2000 : journée de calvaire dans le désert

Mardi 7 novembre 2000. Ce matin, je ne suis pas vraiment dans mon assiette ...

Le désert ceinturé de montagnes est pourtant majestueux, mais mes intestins me jouent de vilains tours depuis hier et sans que je veuille vraiment m’y soustraire, ils accaparent en grande partie mes pensées. Il faut me l’avouer, je suis bel et bien malade. J’ai la bouche pâteuse, le goût à rien, et je le crains, le regard caverneux.

A moitié hébétée

8h30. Le départ est donné à l’heure précise et les 172 concurrents présents passent sous la banderole de départ sans grande précipitation : 168 Km de désert à avaler ; il n’y a pas lieu de s’affoler maintenant, et mieux vaut partir en douceur.

Dc7nov250x178Le soleil est là et illumine le sable et les montagnes aux teintes orangées. Avec une charge sur le dos qui avoisine les 9,5kg, ma vitesse ne peut être que réduite. Je m’essaie à prendre une foulée tranquille, mais je ressens rapidement une douleur qui me scie le ventre et m’oblige à adopter une autre stratégie. Je suis contrainte à la marche…Ce qui me semble étonnant, c’est que de nombreux concurrents marchent eux aussi. Il y a Sylvette qui me pose une devinette : « On m’appelle la grenouille, pourquoi ? » Tout simplement parce qu’elle est équipée d’une combinaison verte dont je me dis que ça ne doit pas être très pratique, pour notamment satisfaire des besoins naturels…

J’avance sans grande énergie sur cette immense ligne droite, et suis bientôt obligée d’abandonner la file des coureurs pour soulager mes intestins. Je ne m’affole pas, même si je constate que mon état n’est pas des plus réjouissants. J’ai réussi à grand peine à avaler ce matin une minime poignée de céréales, et j’ai eu beaucoup de mal à ingurgiter le repas de la veille au soir, dont je me suis délestée rapidement. Je suis affreusement nauséeuse.

Le premier CP (point de contrôle où les concurrents reçoivent leur ration d’eau) se profile. J’en profite immédiatement pour réclamer au médecin des médicaments pour améliorer mon état. Je n’ai pas le temps de les avaler que je me mets à vomir à grand bruit toute l’eau que j’ai pris grand soin de boire durant les 13 Km parcourus. Je crois que ça va vraiment mal pour moi. J’ai les larmes aux yeux, tant je me sens malheureuse de mon état. Je me lamente sur mon impuissance à faire mieux.

Je reprends ma route à moitié hébétée par ce qui m’arrive. J’ai à peine conscience de ce qui m’entoure. Le sable est plutôt rouge et les reliefs environnants apparaissent déchiquetés. J’aborde une dune de sable qui donne accès à une passe, puis je Dc7novbis400x143bifurque à gauche comme indiqué par les repères en place. Il n’y a pas risque de se perdre. Les balises sont bien visibles depuis le départ, et pour l’instant, les concurrents ne sont pas encore très éloignés les uns des autres.

Le kilomètre 25  marque le 2ème CP. Là, un concurrent est en train de se faire perfuser, tandis qu’un second tremble de froid sous les rayons d’un soleil maintenant plus ardent. Je regarde effarée la scène, sans vouloir tout à fait comprendre. L’épreuve démarre à peine, et déjà il y a un soupçon d’hécatombe. Je suis abasourdie par ce qui m’arrive. Je m’assieds à l’ombre de la tente, le temps de réclamer une nouvelle fois les soins des médecins. Patrick Bauer, l’organisateur de la course, est là également, et inspecte les concurrents les moins vaillants. Lui reste interrogatif quant à un problème qui viendrait de la nourriture fournie par l’organisation. En effet, seuls des coureurs sont malades mais aucun membre de l’équipe organisatrice, alors que tout le monde est soumis au même régime alimentaire.

Lui et le médecin me scrutent longuement. C’est comme un temps interminable suspendu à leur verdict menaçant. Le médecin m’examine les yeux, palpe la peau de mon cou, avec des « hum,  hum,.. ». Alors monte en moi un cri étouffé, comme une fureur d’avancer : « Non, non, non, non, non !!!! ». Des images défilent à la vitesse de l’éclair dans ma tête. Des visages de ceux qui m’ont soutenue dans cette entreprise, les derniers moments à l’AFM…Est-ce mon regard qui change, un simple geste que j’aurai accompli, la transparence de ma détermination féroce qui ébranle mes deux examinateurs ? Le médecin me fixe et sort deux sachets de mixture réparatrice à diluer dans mon eau. Il m’avoue que le goût n’est pas fameux, et m’enjoint de l’avaler malgré tout. Il peut compter sur moi. Je ne faillirai pas à ses recommandations.

Comme une somnambule

J’ai l’esprit ragaillardi, et c’est suffisant pour avancer. Je repars du CP 2 et rejoins Jean-Paul (c’est lui qui s’était présenté à l’aéroport) vers 14 h 30 je crois, qui s’aide d’un bâton pour avancer (je découvrirais plus tard qu’il est âgé de 66 ans). Nous lions conversation et faisons route ensemble. Je suis sans force. Le soleil déclinant nous accompagne. J’ai à peine entamé le déjeuner que je m’étais prévu. Je ne supporte pas la moindre nourriture. J’essaie de manger mon couscous à la tomate qui devait cuire naturellement par l’effet conjugué de l’absorption de l’eau, et de la chaleur. J’ai incontestablement mal dosé la quantité d’eau et le couscous est très tassé. En me forçant, je parviens à peine à avaler quelques bouchées et je me sépare du restant. Par prudence, je prépare malgré mon absence totale d’appétit, mon repas du soir selon le même procédé (pâtes aux légumes, hum !!!!).

Dc7novter400x142 Jean-Paul me rappelle qu’il faut être impérativement avant minuit au 5ème CP (Km 59), sous peine d’être disqualifiée. Je parviens tant bien que mal au 3éme CP, soit au Km 36 vers 17 h. Faute de pouvoir me sustenter, j’absorbe un cachet énergétique. Je sens que le sable commence à pénétrer doucement dans mes chaussures, signe que les guêtres que je me suis fabriquées, connaissent quelques défaillances. Je vide pour la 1ère fois mes chaussures. Je suis néanmoins plutôt heureuse d’avoir réussi à parcourir près de 40km sans avoir eu à vider mes chaussures, ce qui aurait sans nul doute nui à l’état de mon moral. Là, j’aide Jean-Paul à se déchausser, et durant cette simple opération, il est brutalement pris de crampes. Sa douleur m’impressionne terriblement, d’autant que je me sens responsable d’avoir eu un geste mal approprié.

Il y a là aussi Thierry qui fait route avec Patricia et un autre coureur. Et puis Axelle qui à chaque CP répète inlassablement le même rituel. Elle se déchausse, enlève ses chaussettes, s’essuie délicatement les pieds. Elle avale un peu de nourriture, prend quelques notes, se rechausse et repart.

Je marche avec Jean-Paul jusqu’au CP suivant. Au 4ème CP (Km 47), il est déjà 20 h, et je ne souhaite pas prendre le moindre risque d’un retard. Inutile d’essayer de se nourrir. Mon estomac vide n’émet aucune demande. Je repars sans plus attendre, d’autant qu’une perfusion s’imposerait et qu’elle me ferait perdre irrémédiablement une heure. Jean-Paul préfère quant à lui s’accorder un peu de temps. Je plonge dans la nuit du désert de sable, comme une somnambule. Je suis tranquille avec moi-même et avance au gré des balises lumineuses. Chaque balise rejointe est une victoire sur le temps qui s’égrène. Je marche maintenant seule, dans la nuit d’une pleine lune empreinte de douceur. Je me suffis de la lumière de cet astre qui veille sur moi.

La route immédiatement

Je parviens en toute quiétude au point fatidique du CP 5. Il est environ 23 h. Il est prudent que je m’accorde maintenant un temps de repos. J’ai les épaules complètement endolories par le poids du sac. Valérie m’y accueille. Je la reconnais immédiatement (mais à l’inverse elle a du mal à remettre mon visage) pour être la personne qui  avait pris les Vikings (l’équipe à laquelle j’appartenais) en photo lors du 14ème MDS et je l’en remercie. Elle me signale que si je veux tenir mon objectif, il faut que je reparte dans une heure. Je préfère ne pas y penser. Je n’ai qu’un seul souci : avaler des médicaments pour stopper ma diarrhée, ou plutôt deux souhaits car je souhaite également ardemment me laver les pieds. J’enlève chaussures et guêtres (pas très pratique) et me soigne une ampoule en y apposant un « Compeed ». Puis je plonge dans mon duvet.

J’ai le paysage d’une nuit étoilée comme dernière image avant de fermer les yeux. Je m’éveille vers 2 h du matin, les épaules encore courbaturées et décide de reprendre la route immédiatement.

06 mai 2006 dans Desert Cup 2000 | Lien permanent | Commentaires (0)

Desert Cup 2000 : journée presque parfaite

Mercredi 8 novembre. Oh surprise ! La nuit est maintenant complètement noire, la lune a disparu derrière les montagnes. J’avance à l’aide de la lampe torche, puis de la lampe frontale (les piles de la 1ère ont rendu l’âme). Même avec la lampe, j’ai du mal à évaluer les imperfections du sol, et surtout à en mesurer l’ampleur. Si bien que parfois, je « tombe » d’une marche et j’en ressens des secousses dans le dos, lequel lui maintenant va très bien. J’imagine maintenant que peut-être mon époux pense à moi en s’inquiétant de mon dos. Et ma fille, qui en plus était affolée par les affres des conflits des régions voisines.

Immense récompense

Dc8nov400x142 Je rejoins sans peine le CP 6 vers 5 h du matin juste avant que la nuit ne cède la place au jour. Je ne m’attarde pas, et poursuit mon chemin. L’idée d’accompagner l’aurore naissante me remplit d’un bonheur tranquille. Mon sommeil a été bénéfique et je peux avancer à plus vive allure. Pour ne pas perdre de temps, j’ai avalé tout en marchant mon reste de petit déjeuner de la veille constitué de céréales. Je suis rattrapée, le temps d’une photo, par Bernard qui porte un drapeau breton, et que j’apercevais depuis longtemps, mais nous avancions séparément tout en conservant le même écart.

Nous échangeons quelques mots, et je profite de son rythme pour lui emboîter le pas. Nous arrivons au CP 7, situé au pied d’une arche creusée dans le roc que je prendrais en photo avant de repartir me dis-je, tant l’image est belle. Je vide pour la troisième fois mes chaussures, prend un léger petit déjeuner et m’accorde une pause sommeil d’une ½ h. Génial : reposant et complètement récupérateur. Une immense récompense.

Changement de cap. Nous traversons une immense plaine avec en point de mire un village au pied des rochers, avant de reprendre vers l’est. L’expérience du désert m’a appris à apprivoiser les distances, et je ne m’étonne pas de l’approche si lente du village qui, en d’autres temps m’aurait semblé interminable. Je passe sous des lignes haute-tension qui émettent un bruit d’enfer, un intense sifflement qui envahit tout l’espace silencieux du désert. Je me demande si les premiers concurrents ont déjà terminé. C’est Patrick Bauer qui m’annonce la victoire de Marco Olmo en...21 h !!!!

Je croise puis me fait doubler par « my doctor » qui roule en 4/4. Il me donne des médicaments, rit avec moi du mieux-être que je ressens depuis ce matin, y ajoute généreusement de l’eau car je n’en ai plus (je suis proche du prochain CP). Je commence  en effet à revivre et à pouvoir regarder autour de moi. Hier, ça m’était totalement impossible tant mes malaises et ma volonté de dominer ma faiblesse envahissaient tout moDc8novbis400x104n être. J’aperçois une route : c’est celle qui mène de Aman à Aqaba. Nous passons sous la route, et l’endroit n’est pas terrible. Le CP apparaît au loin, mais cette fois je trouve le temps et la distance interminables pour l’atteindre. Il est vrai que la distance que je viens de parcourir constitue la plus longue qui sépare deux CP.

Je rejoins le CP 8 vers 11 h 30. Thierry arrive également et se fait soigner une ampoule, plus grosse que mon pouce. Il « jongle ». Il me dit qu’à partir de là, le sable devient dur. Tant mieux, parce que cette étape-là a été très longue et très éprouvante. Je mange enfin avec un semblant d’appétit des pâtes et je prépare à nouveau mon repas pour le soir. Plus qu’une étape de sable. Super. J’ai envie d’autre chose et d’aller au bout. La pêche est revenue, et c’est la meilleure chose qui pouvait m’arriver. J’ai hâte de changer de décor pour découvrir la montagne jordanienne.

Bonheur retrouvé

Le cap est toujours le même jusqu’au CP suivant. Une longue ligne droite jusqu’à la montagne. Là aussi, la notion des distances est à appréhender en toute connaissance. La montagne qui se profile et semble apparemment toute proche se dérobe pourtant à chaque pas, et semble toujours inatteignable, malgré l’allure que j’adopte et le temps qui défile. Je croise la voiture de « my doctor » : Oh, my doctor ! « How are you ?”, s’enquiert-il auprès de moi. « Very well » puis-je lui répondre presque sincèrement. Ces quelques paroles échangées sur le ton de la plaisanterie nous font rire mutuellement, et participent à mon bonheur retrouvé.

Dc8novter400x142 Le CP 9 au Km 104 marque la limite entre le désert de sable et la montagne. J’ai bien rattrapé le retard pris hier et je sais que j’atteindrai le CP suivant bien avant l’heure fatidique (et éliminatoire) de minuit. J’ai maintenant en plus toutes les chances de tenir mes objectifs. Il est environ 15 h et pour passer sous la barre des 48h que je me suis fixées comme durée maximum de la course, je peux me contenter de suivre ce rythme et m’accorder si besoin 2 petites heures de sommeil. La vie est redevenue belle : j’ai faim et j’ai pu avaler mon déjeuner. Il y a là deux concurrents qui ont également connu des problèmes de diarrhée. François, l’un des favoris de la compétition, est arrivé à minuit hier à ce CP et il a été contraint au repos forcé, après être tombé deux fois avec perte de connaissance. Il dit que pour lui, c’était inimaginable de continuer l’épreuve en marchant. Il a préféré abandonner. Il est évidemment très très déçu. Je ne peux lui répondre, j’ai pour ma part fait un autre choix : finir, quoiqu’il arrive et avec l’espoir encore présent de tenir mes objectifs de temps. Et puis Maurice, un grand bavard  qui propose à qui veut l’entendre de partager son paquet de cacahuètes. Il insiste pour que j’en prenne, mais franchement, je n’en ai pas envie. Et puis, autant l’avouer, compte tenu des conditions d’hygiène, cela ne me semble pas prudent que chacun plonge ses doigts dans le même sachet, au risque de partager aussi ses microbes. Merci pour moi, j’ai déjà donné !!!

Nouvelle aventure

Puis réapparaissent Axelle, Bernard et Thierry mais cette fois sans Patricia. Thierry dit que lui et son copain ont préféré continuer sans elle depuis le CP 7 car elle n’en finissait pas de se préparer,  son sac étant  peu pratique et mal rangé, ce qui dans le cas présent leur faisait perdre à chaque halte un temps  précieux.

C’est presque une nouvelle aventure qui commence dans des terrains inconnus : 13 Km de piste. Il nous a été dit que pour les quelques 40 participants de l’édition 0 courue l’année précédente, cette portion avait été reconnue la plus éprouvante moralement.  Je suis prête. J’ai à nouveau vidé mes chaussures. Autant les guêtres ont été efficaces, même si la colle a cédé sur le côté droit de la chaussure droite, autant c’est compliqué à enfiler en raison de l’étroitesse et du manque de  maniabilité.

Dc8novqter400x137 Je repars vers 15 h 25 sans même attendre Bernard et Axelle qui se préparent à reprendre la route. Mon objectif de temps n’étant pas complètement perdu, je ne veux pas traîner. C’est  ici presque la fin de journée : le soleil va décliner, et je me sens joyeuse. C’est le moment de la journée que je préfère car le soleil couchant charge les paysages de couleurs orangées et rend les choses plus douces. J’imagine déjà que je vais à la rencontre de lumières incomparables.

Le sentier est très sinueux et me fait rencontrer les premiers dénivelés. Les montées plus ou moins rudes sont entrecoupées de descentes de même nature. C’est un vrai désert de rocailles, complètement dénué de végétation. Je m’y sens parfaitement à mon aise, et je me sens presque des ailes. J’ai un moral à franchir des montagnes, ce qui convient parfaitement au moment présent. J’ai décidé de courir cette étape si je le pouvais et oh miracle, je COURS. Je peux enfin allonger la foulée, et sans souffrir. Bonheur. Le sentiment que le monde m’appartient. Je sais que la nuit va me rattraper en cours de route, et cela me plaît. La nuit remplace effectivement bientôt le jour, et je peux avancer comme la veille à la seule lumière du clair de lune. La journée a été très belle et bonne pour moi, et c’est en toute sérénité que j’affronte cette portion du parcours. Dans le silence et la plénitude de la nuit, des hurlements de chiens se font entendre tandis que j’approche du CP 10. Les aboiements se rapprochent et je distingue les bêtes hurlantes de chaque côté de la piste où sont installées de grandes tentes sombres de bédouins, à l’image de celles qui ont abrité les deux premières nuits des concurrents, avant le départ de la course. J’ai l’espoir que ces  fauves ne se jetteront pas sur moi, et presse malgré tout le pas, tout en évitant de courir pour ne pas les inviter à me poursuivre. Je souhaite dépasser au plus vite cet endroit gardé par des animaux dont je ne mesure ni la taille, ni la férocité réelle. J’avance avec détermination, et je laisse bientôt les aboiements derrière moi tandis que j’aperçois les lumières du CP.

Piste de montagne

J’atteins le CP 10 situé au Km 119 avec 6h d’avance sur l’heure limite fixée à minuit, qui contraint à l’arrêt définitif de la course. Mon bonheur est grand d’arriver là avec l’envie de poursuivre encore, et d’avoir si bien vécu cette journée. Je m’oblige à prendre le dîner que je me suis préparé. Il est froid et je l’avale pour partie, mais sans appétit, ni plaisir. Je rencontre là un concurrent qui a dû abandonner. Il est allongé dans un duvet trop léger. Il a voulu limiter le poids de son sac, et sait maintenant qu’il va grelotter toute la nuit. Quand je m’apprête à repartir, arrivent Bernard et Axelle. Je propose à Axelle de l’attendre, mais elle m’enjoint de n’en rien faire, car Bernard qui pensait un moment se reposer longuement à ce CP, décide finalement de faire route avec elle.

Puis Maurice surgit brutalement qui veut prendre immédiatement la route avec moi. Il inonde  les concurrents présents de paroles et d’informations sur la course. Il annonce que 46 abandons ont déjà été enregistrés. Je me demande d’où il tient ces données et n’y accorde qu’une croyance mesurée.  Il conforte néanmoins des bruits qui circulent ici sous la tente.  Il se dit que le vent est si violent dans la montagne que les tentes prévues pour le repos des coureurs aux 2 CP suivants se sont envolées, et que les concurrents ne peuvent y faire halte. Cela signifierait qu’il faut parcourir 25 km de montagne sans pouvoir se reposer à aucun moment. Je suis décidée à avancer au moins jusqu’au CP suivant, mais j’imagine mal ne pas m’y arrêter, d’autant qu’il me semblerait raisonnable d’y prévoir un repos réparateur. J’ai pris soin de me couvrir chaudement, sachant que nous allons au-devant du froid et du vent.

19 h 32 mn : je repars donc avec Maurice à mes côtés, puis bientôt derrière moi. Il se plaint de mon allure trop rapide. Je ralentis. La route goudronnée que nous avons empruntée laisse rapidement place à une piste de montagne, et Maurice se munit de cailloux alors que nous entendons des aboiements et que nous distinguons en contrebas les deux yeux d’un chien hurlant, comme deux menaces lumineuses. Je ne souhaite pas pour ma part avoir à affronter l’assaut éventuel de cet animal. L’attitude de Maurice et ses commentaires me laissent comprendre qu’il est peu rassuré face à cette éventualité. Pour ma part, je préfère ne pas  l’envisager, d’autant que Maurice me semble assez inquiet et peu maître de ses réactions.  A mon grand soulagement,  il n’a pas à utiliser ses munitions.

Ultime geste de sollicitude

Le vent commence à souffler et Maurice a froid. Il ne porte qu’un short et un léger vêtement sur son tee-shirt. Je l’oblige à s’arrêter pour enfiler des vêtements plus chauds. Il décide simplement de remonter le col de sa veste et d’enfiler un collant, mais ne veut pas d’un sweat-shirt. Je sens imperceptiblement que son moral faiblit en même temps que son allure. Il avance péniblement, transi de froid, et je l’oblige une seconde fois à défaire son sac pour y prendre les vêtements adéquats. Je me demande bien alors ce que je fais dans la montagne avec ce grand gaillard d’1,85 m qui a toute l’apparence d’une personne solide et sur lequel il me faut veiller. Le personnage qui fanfaronnait tout à l’heure a laissé place à un être démuni, en proie à l’inquiétude et à la peur. J’ai parfois envie de le brusquer, mais je ne peux en réalité que me soumettre à l’assister du mieux que je peux.

Le sentier est grimpant, et Maurice avance de plus en plus lentement. Nous croisons à deux reprises des voitures d’assistance qui nous enjoignent de prendre garde aux changements de direction. Les balises lumineuses ont été volées par les bédouins et il ne demeure que quelques repères peints en rose sur les rochers. Nous sommes à un moment rejoints par deux concurrents étrangers à un endroit où nous les voyons bifurquer tout à coup, alors que nous-mêmes poursuivons sur la piste. Nous les entendons héler 2 nouveaux coureurs pour leur  donner le signalement. J’aperçois effectivement des balises lumineuses sur un chemin grimpant derrière nous  qui avaient échappé à mon regard. J’indique à Maurice qu’il nous faut  légèrement revenir sur nos pas, mais lui ne me croit pas. Je dois user de détermination et de fermeté pour le convaincre, et je finis par trouver à l’aide de ma lampe frontale deux marques peintes en rose sur les pierres qui confirment  le changement de cap.

Nous avons alors un talus à escalader pour reprendre la piste plus haut, et  Maurice ne sait comment s’y prendre. Il dit que c’est impossible, qu’il n’y arrivera pas. Il n’y a pas d’hésitation à avoir, d’autant qu’aucune autre solution ne se présente à nous.  Je grimpe tant bien que mal, à moitié accrochée à la rocaille. J’enjoins à Maurice de bien placer ses pieds au  sol. Peur, fatigue ?  Il ne prend pas le temps de chercher ses appuis et inévitablement   chute, et de surcroît se met à râler. Au risque de glisser avec lui, je lui tends la main pour l’aider, et en s’y agrippant, il parvient à se hisser à mes côtés. Il ressemble maintenant à un petit garçon. Le vent souffle violemment. Maurice avance à tous petits pas, et je sens sa peur grandir. Il me semble parfois l’entendre gémir. Une sorte de panique s’installe en lui, et je sens imperceptiblement qu’elle risque de me contaminer. Je lutte de toutes mes forces. J’entends ses lamentations tout en me refusant à y répondre. J’ai un grand moment d’hésitation. Je sens que nous sommes entrés dans une véritable galère. Je ne veux pas succomber à ses craintes, je ne veux pas me laisser envahir par sa propre peur. Une envie furieuse de fuir sa peur avant qu’elle ne s’empare de moi, un besoin vital de me protéger à mon tour. Sa peur devient envahissante, un vrai fardeau qui me devient de plus en plus insupportable. Je dois me sauver, et ne pas me laisser entraîner dans sa folie. Je comprends qu’il ne pourra pas parvenir au CP suivant. Je ne pourrai pas résister longtemps si je reste auprès de lui. Je ne suis pas assez forte, sa panique va finir par me gagner, et la course sera finie pour moi aussi. J’ai de la colère au fond de moi, je veux me sortir de cette galère où il cherche à m’entraîner. Je n’ai pas vraiment conscience alors de la décision que je prends. Comme un ultime geste de sollicitude, je lui laisse un cachet énergétique, et je commence à m’éloigner de lui. J’ai froid moi aussi, notre allure était très ralentie, et je ne me sens pas très fière de l’abandonner en pleine détresse. Mais à rester auprès de lui, dans quelques instants je n’aurais plus été capable de lui être d’une quelconque assistance. 

Continuer à avancer

Imperceptiblement, je m’éloigne de lui, comme si mes jambes plus que ma tête avaient fait le choix. Je fuis sa peur. Je me retourne de temps à autre, et je vois sa grande silhouette qui danse comme une ombre dans la nuit. Je crains à certains moments qu’il ne tombe en contrebas de la piste, tant il semble peu assuré sur ses jambes. Je n’entrevois qu’une seule issue. Avancer au plus vite maintenant pour prévenir que Maurice est en danger. Je me rends compte alors que j’ai froid moi aussi. Le vent est toujours de plus en plus fort, et le sentier est grimpant. J’avance avec férocité. Je croise enfin (mais à quelle distance ?) une voiture d’assistance, et c’est presque en hurlant que je donne à ses 2 occupants les indications nécessaires pour rejoindre Maurice. La voiture me doublera un moment plus tard avec Maurice à son bord. Il  me semble alors découvrir un vieillard. Maurice parle d’une voix très faible, dit qu’il a eu très peur, qu’il a failli tomber, qu’il s’est assis deux fois, qu’il ne pouvait plus avancer. Je suis partagée entre la pitié et la colère. Comment pouvait-il s’imaginer, après avoir subi les effets dévastateurs d’une gastro-entérite, enchaîner sans repos intermédiaire les deux plus longues et pénibles étapes de ce périple ? Qui plus est, en omettant de respecter des consignes sur la nourriture et en faisant fi des conseils quant  aux  conditions  météorologiques ?

La voiture repart, me laissant seule dans la nuit et dans le vent. Ne pas penser. Continuer à avancer. Je vois la lumière des phares qui danse dans la montagne, la voiture qui disparaît au détour d’une courbe, puis réapparaît, puis disparaît à nouveau, toujours plus haut et de plus en plus petite. J’avance péniblement contre le vent. J’ai l’impression de ballotter dans les bourrasques. J’ai froid et à nouveau, je ressens des douleurs au ventre. J’ai le corps en détresse et l’âme en déroute. Je crois que les ennuis de la veille reviennent au grand galop. Le froid sans doute a de nouveau assailli mes intestins ; j’en ai déjà presque les larmes aux yeux. Je titube sous la force du vent et quoiqu’il arrive, au CP suivant il faudra bien que je me repose.

Le vent souffle à 100 Km/h quand j’arrive enfin au CP 11. La tente est aux 2/3 effondrée et quelques bénévoles s’essaient à reconstruire avec quelques moyens de fortune l’abri des concurrents. Je suis accueillie par Alison, d’une grande, grande gentillesse. Ce périple m’a épuisée, tant moralement que physiquement. Mon premier souci est de réclamer des médicaments, avant de m’enfermer dans mon duvet. Le froid s’est porté sur mes intestins et oh catastrophe, c’est reparti pour la diarrhée et les maux de ventre.

06 mai 2006 dans Desert Cup 2000 | Lien permanent | Commentaires (0)

Desert Cup 2000 : nouvelle journée de galère avant la délivrance

Jeudi 9 novembre. Le vent se déchaîne toujours quand je m’éveille vers 1 heure du matin. Plus personne autour de moi, sinon deux personnes au fond de la tente. Je demande à Alison s’il s’agit de la personne portant le dossard 104, à savoir Axelle. Sa réponse positive me rassure. J’hésite à repartir maintenant. J’avais imaginé pouvoir me contenter d’un repos de 2 heures, mais je me sens extrêmement faible, et le vent de son côté n’a pas désarmé. Tenir mes objectifs de temps demeure toutefois encore possible à condition de reprendre la route de suite. Je passe un grand moment à peser le pour et le contre. Je finis par me ranger à la prudence car  partir seule dans la nuit pour une nouvelle étape à lutter contre le vent me semble au-dessus de mes forces fortement entamées à nouveau par la diarrhée, et demande une énergie qui me fait défaut. Je  me range donc à l’idée d’attendre le départ d’Axelle et de Bernard. L’important consiste maintenant à prendre toutes les assurances pour pouvoir terminer l’épreuve. Je me rendors avec difficulté, en raison du froid qui transperce mon duvet et me glace les pieds. Nouveau réveil vers 5h du matin. Axelle et Bernard sont en pleins préparatifs de départ et acceptent que je me joigne à eux.

Contrarier mes maux

Dc9nov400x138 Je connais les mêmes ennuis que le premier jour, quand nous démarrons juste avant le lever du jour. Je n’ai rien pu avalé avant de partir, et je tiens à la main un sachet de céréales que j’essaie de grignoter de temps à autre. Je sens que je n’ai pas beaucoup de force. Nous assistons au lever du jour dans les montagnes qui surplombent la vallée du Jourdain, avec en fond de paysage les montagnes d’Israël. Nous nous faisons expliquer le décor par les occupants d’une voiture d’assistance qui s’émerveillent avec nous de la beauté du lieu. Le site est majestueux, revêtu d’un léger voile de brume.

Nous traversons pour la 1ère fois un village où les enfants partent pour l’école et nous regardent curieusement. Je les salue toujours d’un « hello » qu’ils me renvoient timidement. J’ai affreusement mal au ventre, et je tiens maintenant soulevée en permanence ma ceinture ventrale de manière à ce qu’elle ne pèse pas sur mes intestins soumis à rude épreuve. J’intercepte  une voiture d’assistance pour obtenir des médicaments. Je pleure, j’ai trop mal au ventre. Pourtant, même si je ne parviens pas à tenir mes objectifs de temps, je dois aller au bout. A moins de 20km de l’arrivée, ça serait fou d’être contrainte à l’abandon. Non, non, je poursuis quoiqu’il arrive. Parfois, Axelle et Bernard sont en avance, parfois je les rattrape et les distance.

Malgré mes souffrances, j’arrive en avance sur eux  au CP suivant que j’atteins en pleurant autant de douleur que de déception. La  déception est terrible. Les tentes se sont effondrées sous l’effet du vent et ici, elles n’ont pas été remontées. Alors, moi aussi, je m’effondre en pleurs. Le réconfort que peut offrir un simple abri nous est refusé. Le vent souffle, la poussière vole. Il est impossible de se reposer un instant à l’abri du vent qui nous pompe une énergie démentielle. A peine si nous pouvons trouver un peu de répit à l’abri des véhicules d’assistance. Pourtant, les médecins s’occupent de moi et  me proposent à nouveau de la poudre à diluer dans mes bidons d’eau pour contrarier mes maux. Avec les comprimés énergétiques, c’est la seule chose qui puisse continuer maintenant à me faire avancer. Je suis également profondément triste car j’ai conscience que cet instant correspond à l’heure à laquelle j’aurais dû franchir la ligne d’arrivée pour tenir mes objectifs. Il ne me reste maintenant qu’à avancer vaille que vaille. Avec cette nouvelle diarrhée qui me déchire aussi le cœur, j’ai perdu la moitié de la bataille, et cela me vaudra comme le stipule le règlement une heure de pénalité.

Bien maigre réconfort

Dc9novbis400x140 19 Km nous séparent maintenant de l’arrivée. Nous repartons à nouveau à trois. Je souffre vraiment, je pleure en marchant. J’ai la plus grande difficulté à retenir mes larmes, tant mes intestins sont à vif.  Nous finissons par contourner la montagne, et pouvons enfin nous libérer du souffle du vent, peu avant la traversée du village de Taiyiba, à 10 Km de l’arrivée. C’est un véritable soulagement, un immense réconfort comme un espace de paix et de tranquillité  longtemps oubliées. Nous pouvons progressivement nous délester du coupe-vent, puis du sweat-shirt et retrouver ainsi une aisance plus grande. Nous empruntons alors pendant environ  5 Km sous la chaleur, la route aménagée en promenade qui monte et surplombe les abords de Pétra avant de rejoindre le dernier CP. Je suis incapable d’échanger la moindre parole avec mes compagnons de route, tant je suis à nouveau accaparée par mes douleurs. Je me rends compte qu’eux aussi finissent l’épreuve avec difficulté.

J’atteins à nouveau le CP 13 en pleurant. Pas de tente pour se reposer. Juste une Dc9novter250x167 voiture au bord de la route avec les bénévoles parmi lesquels je reconnais à nouveau Valérie, qui assistent les coureurs. Nous nous asseyons à même le sol et nous adossons au véhicule. Bien maigre réconfort !!! Je retrouve là également « My doctor », étonné de me voir à nouveau aux prises avec la diarrhée. Il constate que je suis un peu déshydratée et me redonne à nouveau de la poudre anti-diarrhée. Valérie trouve normal que certains concurrents soient  malades. Pour elle, les principales causes en sont le stress, la fatigue et le froid. Je continue à pleurer, mais je sais que l’arrivée est maintenant proche, et que ce calvaire va prendre fin.

Dès après le CP 13 que nous quittons vers 12 h 20, nous abordons un étroit sentier de montagne qui descend de manière abrupte. C’est sans conteste la partie la plus technique de la course. Je prends grand soin à bien poser mes pieds afin de ne pas glisser sur les cailloux. La descente est raide et dangereuse et je me demande comment ont pu l’aborder de nuit certains concurrents. Le sentier se poursuit par une piste sinueuse qui remonte vers le plateau, que nous quittons pour reprendre une piste en descente vers le canyon. Nous sommes doublés par trois concurrents à l’allure plus soutenue que la nôtre. Je ferme la marche.

Trop d’émotions

Dc9novqter79x250Nous abordons alors la descente des 570 marches qui nous projettent dans le site merveilleux de Pétra. A coup sûr, il faut visiter cet endroit. Pas question de nous y attarder pour l’instant, même si nos regards sont inexorablement attirés par l’incroyable majesté et beauté du site. Nous croisons des touristes qui s’étonnent ou questionnent. Je remercie mes compagnons pour le bout de route que nous avons fait ensemble. Je pleure maintenant de crainte de l’arrivée. Trop d’émotions. Après être passés devant le Temple du Trésor, c’est l’entrée dans le Siq, gorge étroite qui au bout de 2 Km, nous mène à l’arrivée. Nous bavardons à nouveau et nous nous amusons des informations contradictoires qui nous sont données sur la distance qui nous sépare de l’arrivée : 3 km, puis 1 km, plus loin 1,5 Km, puis encore plus loin 300 m, puis à nouveau 1,5 km, mais cela nous semble à tous trois effectivement très long.

Et nous parvenons malgré tout à franchir ensemble la ligne d’arrivée, comme nous en avions convenu un moment plus tôt. Rien à voir avec le délire de l’arrivée du Marathon des Sables. Seuls quelques concurrents sont là pour accueillir les nouveaux arrivants et échanger les impressions. Il y a là Patrick qui me dit que nous aurions été classés troisième équipe si nous avions pu constituer une équipe. Lui a mis 30 h. Il est heureux. Je le comprends. Je ne peux m’empêcher de pleurer dès que je veux lui parler de ce que je viens de vivre. Il me dit que l’important est d’avoir terminé l’épreuve. Cela fait 54 h 16 mn que le départ a été donné.

Pascale Martin vient également nous accueillir. Elle est ravissante de simplicité. Elle termine 1ère féminine en 27 h. Elle a peu marché, juste un peu pendant la nuit. Elle raconte qu’elle n’a pas voulu se déchausser du tout, alors qu’elle sentait qu’elle avait les pieds abîmés. Résultat : de nombreuses ampoules, mais un moral au beau fixe et une  bien belle récompense pour elle.

Commence alors l’attente d’une navette pour nous emmener vers nos hôtels. Je suis la seule  du groupe des derniers arrivants à être dirigée vers le Forum Hôtel. J’ai la chance de me retrouver dans une chambre que je n’aurais pas à partager. J’ai besoin de me retrouver seule et de ne pas avoir à subir de contraintes. Bain, soin des pieds (pied gauche intact, pied droit avec 3 ampoules) avant de plonger durant 3 heures dans le sommeil. J’ai rangé immédiatement mes vêtements sales que je ne veux plus manipuler avant mon retour à Rouen.

Je me réveille encore fatiguée, et descends à la salle à manger. Je me retrouve attablée en face d’un allemand qui a couru aussi, et marche difficilement. Nous nous  réjouissons chacun que l’autre ait accompli sa course. Puis à nouveau retour dans la chambre et sommeil.

06 mai 2006 dans Desert Cup 2000 | Lien permanent | Commentaires (0)

Desert Cup 2000 : journée de repos à Pétra

Vendredi 10 novembre. Réveil vers 5 h. J’entends le vent qui souffle au dehors. Je décide de poursuivre le récit de ma course, puis d’aller déjeuner avant de visiter Pétra. Je pleure en écrivant mon journal qui me renvoie à toutes mes douleurs et mes souffrances. Je suis meurtrie dans mon corps et mon âme. Lors du petit déjeuner, je retrouve quelques bénévoles et pouvoir échanger quelques paroles avec eux me fait du bien. Eux aussi viennent de passer une première nuit à peu près normale car pendant l’épreuve, ils ont été fortement sollicités par l’organisation et ont peu dormi. Je n’ai pas encore retrouvé l’appétit et surtout j’ai la sensation d’avoir perdu le goût des aliments.

Satisfaisant pour lui

Dc10nov118x250 Impossible de me chausser comme je l’avais imaginé pour visiter le site de Pétra. Mes pieds sont gonflés et  logent avec difficulté dans  mes baskets. Dès le début de ma visite, alors que je lis un panneau explicatif, j’entends : « alors, la Normande ? » C’est Marc que je n’ai pas revu depuis le départ. Je me mets à raconter ma course, et j’ai de gros sanglots tant l’émotion est encore présente en moi. Je lui dis combien ça a été terrible et éprouvant pour moi. Lui a fort bien couru en 30 h. Il se classe 11éme au général. Bravo. Puis arrive Gérard. Grosse déception pour lui : 41 h. Il dit qu’il était trop fatigué au départ de l’épreuve. Il a les traits tirés et surtout le regard très triste. Surgit dans mon dos Jean-Paul qui a arrêté sa course au 93ème km. Il a 66 ans, considère que c’est satisfaisant pour lui. Il voulait voir Pétra qu’il va enfin pouvoir découvrir.

Cette journée de visite me donne l’occasion de retrouver nombre de concurrents, et de bénévoles. Le plus étonnant est de croiser René, encore en tenue de coureur, qui arpente le site depuis l’aube. Il a le visage très blanc et les traits tirés. Mais son moral est sauf. Je mesure durant cette journée l’étendue de  mon épuisement. Je ne peux que marcher doucement, et j’ai même dû réduire mes ambitions : quand j’ai voulu monter les marches du théâtre de Petra, je me suis alors sentie extrêmement faible et me suis obligée à avaler quelque nourriture. Malgré cela, j’éprouvais une sorte de vertige qui m’a  contrainte à  limiter mon ascension.

La remise des trophées se déroule à 17 h. Emotion de Patrick Bauer qui remercie les concurrents de lui avoir fait confiance. Il a craint le désistement des participants en raison des évènements dans les régions voisines.

Je suis classée 113ème sur 172 participants parmi lesquels on compte 34 abandons, et 9ème femme sur les 12 arrivées. Temps officiel : 55h 31mn (1h de pénalité pour ne pas avoir respecté l’objectif annoncé). Je n’ai pas atteint cette fois-ci mon objectif, mais je sais qu'il est tout à fait réalisable dans des conditions normales. Il me reste à le démontrer. Ce sera peut-être pour une autre fois.

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