19 avril 2009 dans mégatoff 2009 | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
De caps en caps…d’une année à l’autre
27 juin 2006 – Au soir de la 2ème étape de mon périple sur le littoral français qui m’a fait longer la côte d’Opale de Oye-Plage à Ambleteuse, je titre mon compte-rendu du jour « Sous la pluie, tous les caps sont gris ».
21 octobre 2007 - Quelque 16 mois plus tard, je retrouve le même décor, mais sous un angle quelque peu différent.
D’abord, les conditions météo ne sont pas les mêmes et les saisons semblent avoir été inversées. Pluie et fraîcheur en juin, soleil resplendissant et chaleur diurne en octobre.
Sur le trail de la côte d’Opale, le trajet va rentrer beaucoup plus dans les terres, et si la mer restera toujours à ma droite, je garderai le plus souvent une distance respectable avec elle.
Je viens là un peu en reconnaissance, animée peut-être du désir de renouveler une partie de l’expérience avec le même sentiment de liberté, dans des paysages que j’avais su apprécier. C’est pourquoi j’aborde cette course sans aucun esprit de compétition ni objectif chronométrique, même si de fait j’ai une petite idée du temps que je pourrais réaliser pour aborder les 50 km et 800m de D+ annoncés.
Sans esprit de compétition ? Et pour preuve, s’il en fallait une :
« - Madame, vous n’avez pas de puce ?
- ????????????????
Après un instant d’hésitation :
- ben… euh... non »
Tout d’un coup, je réalise et me souviens avoir lu dans le règlement parcouru la veille au soir dans la petite chambre d’hôtel réservée pour l’occasion et remis avec l’ensemble du paquetage lors du retrait du dossard qu’il était question d’une puce à accrocher à sa chaussure !
Autant dire que la puce ne m’a pas démangée une seule seconde durant toute la course. Inutile donc d’aller chercher mon classement dans les résultats de la course, puisque du fait de cet oubli, mon nom n’apparaît pas. Je n’en tire ni chagrin, ni amertume, ni regret. Au mieux, je « ris sous cap(e)» de cet oubli qui ressemble fort à un bel acte manqué.
Je ris de cette belle journée ensoleillée que l’automne généreux mais bien présent a laissé filtrer.
Le trail de la côte d’Opale offre deux options : l’une de 29 km, l’autre de 50 km, avec chacune le même point de départ au pied du cap Blanc Nez. Les quelque 1100 concurrents (respectivement 800 et 300 sur chacune des deux courses) se retrouvent là après voir fait le trajet depuis la ville de Marquise, lieu d’arrivée dont la place centrale est occupée par un véritable village de course, et passage obligé la veille pour y récupérer son dossard et sa…puce. La logistique mise en place et l’animation qui y règne témoignent d’une organisation quasi-professionnelle et de moyens certains, surprenants pour une première édition d’une course tout de même locale. Rassembler plus de 1000 participants pour une course inédite n’est pas à la portée de n’importe quel organisateur et la communication dont a bénéficié l’événement n’y est pas pour rien.
Depuis Marquise, des bus sont affrétés le matin de la course pour permettre aux concurrents de rejoindre le départ. Deux horaires différents sont proposés à chacun : 7h ou 8h. Nous sommes nombreux à avoir choisi le deuxième horaire. La température qui durant la nuit est descendue au-dessous de 0°C, tarde au petit matin à reprendre de la hauteur. Gants et bonnets ou buffs sont de rigueur. J’essaie de repérer mais en vain un visage ou une silhouette connus parmi les groupes trépignant sur place pour se réchauffer en attendant les dernières navettes qui arriveront avec vingt bonnes minutes de retard. Les bus déversent moins d’une demi-heure plus tard leur flot de coureurs au milieu du village d’Escalles, à environ 1 km du lieu réel de départ. J’emprunte alors la petite route qui descend du village vers la plage. J’y croise deux dames rencontrées la veille au restaurant de l’hôtel qui pour la première fois enfilent un dossard. Deux personnes au tempérament complémentaire : la plus jeune, volontaire, offensive et optimiste, la seconde plus prudente et moins sûre de ses capacités à finir ce premier trail (le 29 km), en mal de questionnements et conseils. Son regard la veille au soir parcourait la salle, quêtant encouragements et approbations à son initiative. Je lui renouvelle les derniers conseils de prudence au départ, sans savoir aujourd’hui si elle a pu finir sa course dans de bonnes conditions.
La journée s’annonce belle
La ligne de départ se situe sur la plage et les caprices de la marée juste descendante ont nécessité de reculer l’horaire initial d’un quart d’heure afin que les concurrents ne se retrouvent pas les pieds dans l’eau. Pour ses prochaines éditions, ce trail devra jouer avec les contraintes de la marée s’il veut maintenir les mêmes horaires de départ. Je ne sais si c’est la raison du changement de date annoncé pour 2008, à savoir le 14 septembre.
Deux options se présentent pour parcourir les 300 m au-delà de l’accès à la plage via un escalier étroit et glissant sur les dernières marches, et rejoindre le rassemblement des coureurs qui se forme : par le haut de la plage sur des galets instables et humides ou plus bas sur le sable où quelques filières d’eau de mer subsistent encore, qu’il faut franchir à grandes enjambées à moins de vouloir immédiatement noyer les chaussures. J’ai choisi celle « au plus près de la mer », zigzaguant comme bon nombre des concurrents au gré des coulées d’eau pour rechercher l’itinéraire le moins…sportif.
Je ne regrette pas ma polaire ni mon buff qui me protègent encore de la fraîcheur matinale alors que le soleil commence à réchauffer l’atmosphère.
Je n’ai besoin de piétiner que quelques minutes avant que le signal de départ soit donné et que le flot des coureurs commence déjà à s’étirer, autant d’ailleurs en longueur qu’en largeur, chacun recherchant l’option la plus efficace pour reprendre l’escalier au plus vite en évitant au maximum les pièges d’eau ou de galets, et échapper au premier goulot d’étranglement…inévitable, excepté pour les tout premiers. S’ensuit un large chemin herbeux et très pentu pour rejoindre l’obélisque érigée quelque 140 m plus haut, qui permet d’étirer la masse des concurrents dont la plupart économisent leurs forces en marchant. Là-haut, les photographes s’en donnent à cœur joie, et j’aperçois bientôt le mien en grande conversation avec un coureur qui n’est autre que l’ami Thierry qui repart avant que je n’arrive à leur hauteur. Je le retrouve quelques mètres plus loin, à la faveur d’un arrêt pour revêtir une tenue plus légère. Cette première ascension a au moins eu le mérite de nous faire gagner une température corporelle confortable, et l’on sent déjà sérieusement que la froideur du matin va vite se transformer en souvenir. Je dépasse Thierry, lui promettant qu’il me rattrapera quand j’estimerai le moment venu pour moi de troquer le collant long et la polaire contre short et maillot manches courtes… UFO, cela va sans dire. J’attends pour cela que la montée soit totalement terminée. Je n’ai besoin que de quelques centaines de mètres pour parvenir au plus haut point et…au deuxième goulot d’étranglement formé au niveau d’une chicane donnant accès à un chemin. Plutôt que d’aller me faire écraser immédiatement par les coureurs impatients de franchir cette frontière, je m’écarte sur le côté et me livre au changement de tenue vestimentaire. Ma manière d’opérer me vaudra les sobriquets de quelqu’une qui passait par là, qui croyant que j’enlève ma polaire par le bas, ne se doute pas que je l’utilise à l’occasion pour ne pas dévoiler la couleur secrète de mes sous-vêtements une fois le collant enlevé et le short non encore enfilé !
Malgré cette pause, les coureurs sont loin d’être tous passés et je vais une nouvelle fois jouer un peu des coudes pour dépasser cette barrière en compagnie de Thierry qui m’a rejointe. La course va pouvoir réellement commencer. Nous allons parcourir une dizaine de kilomètres de concert sur les hauteurs à travers les collines qui ondulent, le plus souvent sur des chemins agricoles assez larges qui permettent si besoin de doubler, avec toujours sur la droite le panorama ouvert sur la mer du Nord. Notre conversation est essentiellement tournée sur nos sorties respectives de course à pied depuis notre dernière rencontre autour de Cherbourg lors de mon périple littoral de l’été 2006 et sur les toutes récentes performances des Ufos au grand raid de la Réunion. Nous conservons un rythme semblable et confortable sans se mettre dans le rouge tout en dépassant régulièrement quelques concurrents. L’alternance de sentiers et parties courtes bitumées, de montées et descentes sous le soleil rend le parcours agréable et varié. Thierry prend le plus souvent les devants quand il s’agit de doubler, et j’adopte son allure sans effort particulier, décidée à me maintenir le plus possible à sa hauteur et à ne pas le perdre de vue. Alors qu’il me devance de quelques mètres dans un chemin bordé de haies, je le vois s’arrêter afin de vérifier un problème au niveau de ses chaussures. Je poursuis sachant qu’il va pouvoir me rejoindre rapidement, une fois son problème réglé. A la faveur d’une nouvelle montée, je franchis le mont de Couple (163 m) sous les huées de vététistes hurlant qui ont déposé les vélos pour encourager bruyamment les coureurs à grimper le raidillon final. Leurs cris cadencent mon avancée et rythment mes foulées martelées par leur déferlement sonore. L’ascension du Mont de Couple est pour les traileurs de la côte d’Opale ce qu’est la montée de l’Alpe d’Huez pour les coureurs du Tour : sous les vivats et les encouragements.
Je me laisse guider par le flot des coureurs, la présence du balisage me signalant lors de mon passage que nous suivons l’itinéraire prévu, jusqu’à ce que le groupe que je suis s’interrompe brutalement. Du regard, nous cherchons tous vainement les bouts de rubalise qui pourraient nous rassurer. Après un premier retour en arrière, nous revenons sur nos pas pour finalement rebrousser chemin une nouvelle fois jusqu’à une intersection de chemins où nous aurions dû bifurquer à droite. Je compte sur cet incident pour que mon compagnon du début de course puisse me rattraper.
Un trail peut en cacher un autre
Le premier ravitaillement situé au km 18 à Audembert se profile. Je recharge rapidement ma poche à eau, engouffre quelques biscuits et verres de coca. Peu après, les coureurs des 29 et 50 km se séparent, les premiers poursuivant sur la route et les seconds empruntant un chemin agricole. Brutalement, je me retrouve vraiment seule apercevant de loin en loin quelques coureurs tout aussi isolés. Le parcours devient alors plus monotone, serpentant entre les champs si ce n’est que par deux fois nous longerons la plage. La première incursion d’environ 2,5 km permet de profiter d’un sable dur offert par un large estran amplement découvert. Chacun navigue à sa guise dans ce vaste espace ouvert. Sans doute sera-ce là l’un de mes moments favoris sur cette course, qu’aucune nostalgie ne viendra altérer, me laissant simplement bercer par l’instant présent. Mais plus encore, la deuxième portion sur la plage après le passage du deuxième ravitaillement au km 33 me ravira. Là, sur un peu plus d’1 km, il faut jouer sur les rochers glissants, chercher et anticiper ses appuis. Sur une si courte distance, ce n’est qu’amusement, bien qu’à en juger par certains commentaires échappés de la bouche de quelques concurrents sur cette partie, cet avis ne soit pas partagé par tous. Pour moi, c’est une véritable partie de plaisir, nourri des souvenirs que m’évoque le front de mer à Ambleteuse (terme de la 2ème étape de mon périple littoral). Effet garanti pour le moral qui semble décuplé à ce moment et auquel le physique semble répondre parfaitement. Cet élan de bonheur me fait passer les kilomètres suivants presque sans m’en apercevoir, jusqu’à ce que qu’une silhouette attire mon regard. J’ai la surprise de rattraper Thierry dont je ne savais plus s’il était devant ou derrière. La seule explication plausible est qu’il a dû passer devant à la faveur de mon erreur d’aiguillage. Il se débat avec des soucis intestinaux qui ont assombri son humeur et fermé son visage autant que son débit vocal. Il reprendra bientôt ma roue, et nous finirons tranquillement, en adaptant mes foulées aux siennes, grimpant ensemble les 3 km qui mènent au village de Bazinghen puis parcourant les 5 km finaux jusqu’à Marquise, essentiellement sur bitume et petites routes. Le charme des 18 premiers kilomètres de course très escarpés a totalement disparu et l’on a l’impression d’avoir changé de nature de course sur les 2/3 restants.
Le soleil radieux et le temps exceptionnel de ce 21 octobre ont donné à ce trail un goût heureux et parfumé qu’une météorologie moins clémente pourrait sans doute entacher et ternir d’autant que ses qualités (organisation, logistique, balisage) rivalisent avec ses défauts (parcours irrégulier avec les 2/3 du dénivelé sur le premier 1/3 de la course, goulots d’étranglement, longues portions de routes).
Thierry et moi avons finalement réalisé le chrono que nous avions secrètement escompté (6h) en franchissant la ligne ensemble en 6h 01mn 15s.
D’une année à l’autre, rien n’a réellement changé J’ai effectué ce parcours avec la même lucidité calme, et la même patience que toutes les étapes de mon périple littoral, en humant le plaisir d’avancer sans difficulté et de simplement profiter du moment présent et offert comme un divin cadeau.
27 janvier 2008 dans Littoral Français en Courant 2006 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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